Pensée dès le milieu du XIXᵉ siècle par Mgr Tepano Jaussen, et consacrée le 23 décembre 1875, la cathédrale Notre-Dame de Papeete est le fruit de compromis successifs. Un lieu chargé d’histoire, qui a traversé les décennies, survécu au bombardement de 1914, et s’est progressivement « polynésianisé » au fil des restaurations. Portrait d’un monument historique avec notre partenaire Radio 1 Tahiti.
En 1844, les Marquises sont séparées du reste de la Polynésie, et le missionnaire picpucien Étienne (Tepano) Jaussen est nommé vicaire apostolique d’un territoire couvrant Tahiti, les Gambier, les îles Cook, l’île de Pâques et Pitcairn.
Dès 1851, il évoque dans ses courriers son projet de cathédrale à Papeete. Trois ans plus tard, le 8 décembre 1854, la première pierre est officiellement posée, en présence du gouverneur du Bouzet, sur le terrain actuel de la cathédrale. Les ambitions sont alors considérables : l’édifice imaginé devait être « encore plus grand que la cathédrale de Rikitea ».

Des ouvriers mangareviens sont recrutés, le terrain -marécageux- est consolidé par des tonnes de pierres, et les murs commencent à s’élever. Mais après trois années de travaux, le chantier s’interrompt. Le sol doit se stabiliser, les ouvriers souhaitent rentrer aux Gambier, et surtout, les finances manquent, souligne Père Christophe. À cela s’ajoutent des tensions politiques croissantes.
« Le gouverneur La Roncière propose alors que l’on détruise ce qui existe et que l’on construise une église plus petite, mais en l’espace de deux ans et du coup aux frais de la colonie », résume Père Christophe. « Et donc la cathédrale actuelle est cette deuxième construction, inaugurée le 23 décembre 1875. »
La cathédrale n’appartient pas à l’Église catholique, mais à la commune de Papeete
Le fait que la construction ait été faite par la colonie explique un point souvent mal compris : la cathédrale n’appartient pas à l’Église catholique, mais à la commune de Papeete, et « ça n’a rien à voir avec la séparation de l’Église et de l’État », insiste Père Christophe, rappelant que cette loi nationale de 1905 ne s’applique pas en Polynésie française, car « oubliée du champ d’application ».
Construite par la colonie, la cathédrale a été transférée à la commune lors de sa création, en 1890, avec obligation de mise à disposition du culte catholique. Aujourd’hui encore, les gros travaux relèvent de la mairie, tandis que l’Église assume l’aménagement intérieur et prend en charge l’électricité.
Fermée plusieurs années dans les années 1960 pour raisons de sécurité, rénovée à plusieurs reprises -notamment en 1980 et en 2005, lorsqu’elle retrouve sa couleur jaune d’origine- la cathédrale demeure aujourd’hui un repère religieux, patrimonial et historique unique en Polynésie française. Et un repère géographique aussi, puisqu’elle marque le P.K.0 de l’île de Tahiti.
« Lors du bombardement, on pense qu’il y a eu une volonté de ne pas atteindre la cathédrale »
Un point fort de son histoire reste la Première Guerre mondiale. Lors du bombardement de Papeete en 1914, par la marine allemande, la cathédrale ressort intacte, alors qu’autour d’elle, tout est détruit. Une survie qui alimente encore les hypothèses et des légendes.
Ancien marin, le père Christophe rappelle que « les marins, contrairement à ce qu’on pense, ça vise très précisément, et un bateau, ça sait viser juste », explique-t-il. « Du coup, on pense qu’il y a vraiment eu une volonté de ne pas atteindre la cathédrale, parce qu’il a tout détruit autour. Tu prends toute la rue Jeanne d’Arc, tout était détruit, le marché était détruit, il y a même eu des obus qui sont allés jusqu’à La Mennais… et la raison c’est que l’amiral était catholique. »
La cathédrale s’est progressivement « polynésianisée »
Au-delà des bombardements, la cathédrale a surtout été le théâtre de moments civils et religieux majeurs, comme le départ des Poilus tahitiens en 1914, après une bénédiction solennelle et une remise de médailles. Mais aussi des funérailles de personnalités marquantes comme celles d’une princesse Pomare devenue catholique.
Transformée au fil des décennies, la cathédrale s’est aussi progressivement « polynésianisée ». « Dès les années 60, quand il y a eu les travaux de la cathédrale, tu as le baptistère qui commence déjà à prendre une couleur plus polynésienne, et puis viennent les vitraux réalisés par Deanna de Marigny, mais aussi une copie du tableau de Rubens, refaite en 2000 par le peintre Ioane », raconte Père Christophe. » Il l’a polynésianisé, parce que Rubens c’est très sombre, mais là il y a des couleurs. Et puis ensuite, on a aussi la Vierge marquisienne à l’entrée. »
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Nanihi Laroche pour Radio 1 Tahiti























