Santé mentale en Guyane : de fortes inégalités dans l’agglomération de Cayenne, constate Santé publique France

Santé mentale en Guyane : de fortes inégalités dans l’agglomération de Cayenne, constate Santé publique France

Santé publique France publie aujourd’hui un rapport consacré aux « Inégalités de santé mentale dans la population générale de l’agglomération de Cayenne en Guyane », en collaboration avec le Centre d’investigation clinique de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (CIC Inserm) et le Centre hospitalier universitaire (CHU) de Guyane à Cayenne. Outre la prévalence de diverses pathologies mentales dans la plupart des groupes sociodémographiques, l’enquête montre que les plus précaires sont touchés par des épisodes dépressifs.

Les recherches ont été menées entre mars et août 2021 dans six communes constituant la communauté d’agglo­mérations du centre littoral (Cayenne, Macouria, Matoury, Roura, Montsinéry-Tonnégrande et Rémire-Montjoly). Neuf cents personnes âgées de plus de 17 ans ont été interrogées individuellement par des enquêteurs formés, en français, créole guyanais, ainsi qu’en en portugais et en anglais, considérant les nombreux immigrants résidant en Guyane. Au final, 881 questionnaires ont été retenus et étudiés.

Sur ces dernières personnes analysées, 43% étaient originaires de Guyane, 20% d’Haïti, 16% de l’Hexagone, et 14% avaient un revenu familial mensuel inférieur à 840 euros. « Au total, 151 sur 881 personnes, soit 17,1%, souffraient d’un épisode dépressif actuel et 70 sur 881 personnes (7,9%) souffraient d’une dépression récurrente. Les plus précaires étaient plus touchés par la dépression actuelle et, bien que cela ne soit pas significatif, par les épisodes dépressifs récurrents. Les psychoses étaient significativement plus fréquentes chez les personnes ayant moins de 840 euros de revenus », précise l’enquête. Par ailleurs, les jeunes et les femmes sont les plus concernés par ces pathologies.

Les jeunes adultes et les personnes en situation de précarité étaient particulièrement affectés : plus de 30% des 18‑25 ans traversaient un épisode dépressif au moment de l’étude. La pauvreté, l’insécurité alimentaire et la monoparentalité — le plus souvent assumée par des femmes seules — constituent autant de facteurs qui aggravent le risque. Plus de la moitié des enfants grandissent aujourd’hui dans une famille monoparentale en Guyane, 64% d’entre eux vivent sous le seuil de pauvreté, et cette situation vers l'âge de 14 ans apparaît comme l’élément le plus déterminant d’anxiété et de dépression à l’âge adulte.

Les femmes étaient également plus touchées, un phénomène « qui peut en partie s’expliquer par leur plus grande exposition à la précarité dans un contexte où 39% des familles reposent sur une mère célibataire dont 54% n’ont pas d’emploi. Chez les étudiantes, l’insécurité alimentaire était fortement liée à la dépression », selon Santé publique France. Autre exemple, les syndromes de stress post-traumatique sont plus fréquents chez les femmes (10,1%) que chez les hommes (moins de 5%).

On observe ainsi un véritable cercle vicieux entre pauvreté et santé mentale : des conditions de vie difficiles fragilisent la santé psychique, ce qui réduit ensuite la capacité des personnes à affronter leurs problèmes. L’enquête a également mis en évidence une forte prévalence de troubles psychiatriques en milieu carcéral. Dans un contexte où les professionnels de santé mentale sont en nombre insuffisant, cela soulève la question de l’institutionnalisation de personnes nécessitant des soins vers le système pénitentiaire plutôt que vers les secteurs de santé.

« Seules 33,7% des personnes avec un épisode dépressif actuel avaient consulté un profes­sionnel de santé, et 20% un médecin généraliste. Le recours était plus faible parmi les plus pauvres. (…) Moins de 20% prenaient un traitement médicamenteux, 25% bénéficiaient d’une prise en charge (médicaments ou psychothérapie) », souligne le rapport. En outre, il est aussi intéressant de constater que 35,7% des personnes dépressives avaient recours à la médecine traditionnelle, particulièrement les femmes, et que 11% avaient consulté une personne religieuse, souvent un pasteur. En ce qui concerne le risque suicidaire, peu de gens sont concernés dans la région étudiée (84,22%). La situation est différente pour les populations amérindiennes et Bushinengué vivant essentiellement dans l’intérieur de la Guyane, où le taux de suicide est le plus élevé des Amériques. 

En général, la dépression (17,1% contre 11%), la psychose (3,8% vs 2,7%) et le syndrome de stress post-traumatique (7,1% vs 0,7%) étaient supérieurs en Guyane aux chiffres rapportés dans l’Hexagone et dans d’autres départements et régions d’Outre-mer, sauf Mayotte (épisodes dépressifs de 11% à La Réunion, 15% en Guadeloupe, 17% en Martinique, et 20% à Mayotte).

En conclusion, l’enquête observe qu’en Guyane, la santé mentale (et la santé en général), notamment la dépression et sa prise en charge sont impactées par la pauvreté, le stress psychosocial et les difficultés d’accès aux soins. « Dans ce contexte, comme pour d’autres problématiques de santé, la mise en place d’approches proactives d’aller-vers, s’appuyant sur des relais communautaires et la médiation en santé, trouve tout son sens », ajoute l’étude.

PM

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