Grandes figures des Outre-mer : Pōmare IV, reine rebelle de Tahiti

La reine Pōmare IV (1813-1877) dans sa vieillesse ©Musée du quai Branly

Grandes figures des Outre-mer : Pōmare IV, reine rebelle de Tahiti

Outremers 360 poursuit sa série sur les personnalités emblématiques qui ont marqué l’histoire des Outre-mer. Aujourd’hui nous nous penchons sur l’itinéraire de la reine tahitienne Pōmare IV. Cette femme puissante, qui régna sans interruption durant cinquante ans, dut se battre et composer à la fois avec les ambitions impérialistes britannique et française, avec des succès mitigés. Elle demeure une figure respectée et incontournable de l’histoire de la Polynésie.

De son vrai nom ‘Aimata, Pōmare naît le 28 février 1813 à Pare (Tahiti). C’est l’enfant de la princesse Teremoemoe Tamatoa, fille de Tamatoa III, roi de Raiatea, et de Pōmare II, alors roi de Tahiti. Ce dernier, proche des missionnaires britanniques, abandonne ses traditions ancestrales, se convertit au christianisme en 1812 et fait instruire sa fille en anglais. Sous l’influence des Britanniques, Pōmare II édicte en 1819 un code qui bouleverse la société tahitienne : interdiction des danses, chants et tatouages notamment. Il décède deux ans plus tard, désignant comme héritier son fils, âgé d’un an. 

La mère de l’enfant, et surtout les missionnaires anglais assurent la régence. En 1824, le petit garçon est couronné sous le nom de Pōmare III. Les religieux profitent de leur mainmise sur Tahiti pour instaurer une monarchie constitutionnelle ressemblant au modèle britannique, créant entre autres une assemblée législative. Mais l’enfant-roi meurt de dysenterie en 1827. C’est son aînée ‘Aimata, 13 ans, qui lui succède sous le nom de Pōmare IV, non sans polémique puisque certains assurent qu’elle n’est que sa demi-sœur

Portrait de la reine Pōmare IV en 1852 ©Musée du quai Branly

Jeune fille de caractère

Pōmare IV est déjà mariée depuis l’âge de neuf ans avec Tapoa, 13 ans, futur chef de Bora-Bora. Jeune fille de caractère, elle va le démontrer dès son accession au pouvoir. Elle rejette le protestantisme anglais, qui était devenu officiel sous son père, et rejoint le mouvement Mamaïa, un culte syncrétique associant christianisme et traditions ancestrales. Mais soumise à la pression des missionnaires et de certains chefs locaux proches des Britanniques, la reine cède du terrain, promet de se rendre au temple et d’assumer ses tâches officielles. Le pasteur anglais George Pritchard devient son principal conseiller. 

En 1832, Pōmare IV divorce et épouse Ariifaaite Tenani'a, un dignitaire de Raiatea (qui serait son cousin selon certaines sources). Entre-temps la donne commence à changer. Les appétits français se font de plus en plus importants dans le Pacifique, appuyés en cela par des chefs hostiles à la dynastie Pōmare. Une mission catholique française de la Congrégation des Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie s’installe aux îles Gambier en 1834. Deux ans plus tard, deux prêtres de cette mission, les pères Laval et Caret, débarquent à Tahiti. Sous l’influence de son conseiller George Pritchard, la reine les fait expulser. 

 ©Centre de Recherche et de Documentation Pédagogiques de la Polynésie française

C’est alors que tout bascule. Piquée au vif, et non sans opportunisme, la France dépêche en 1838 l’amiral Abel Aubert du Petit-Thouars, qui a déjà pris possession des îles Marquises, afin d’enquêter sur les raisons de l'expulsion des prêtres français et de protéger les résidents de l’Hexagone vivant dans l'île. Vite expédiées, les investigations se traduisent par une demande de réparation sous peine d’intervention militaire. Pōmare IV s’exécute, puis, en 1842, en l’absence de son mentor britannique George Pritchard, rentré en Angleterre, et de nouveau sous la menace d’un bombardement, ratifie une mise sous protectorat français.

Elle négocie toutefois sa responsabilité sur les affaires intérieures tahitiennes, Paris obtenant la direction de la défense, du maintien de l’ordre et des relations diplomatiques. Mais les Britanniques ne sont pas loin, en mer et principalement à Moorea. De retour à Tahiti, le conseiller de Pōmare IV George Pritchard l’incite à refuser le traité et à demander le protectorat de la reine Victoria. En 1843, la Tahitienne fait hisser le drapeau de son île en place de celui de la France et incite ses sujets à combattre la domination française. 

La reine entourée de son mari Ariifaaite (à sa droite), de son fils Tamatoa (à sa gauche), et de son fils Ariiaue, futur Pōmare V ©collection Roger-Viollet

La guerre franco-tahitienne

C’est un casus belli. L’amiral Du Petit-Thouars destitue la reine, expulse Pritchard et annexe complètement Tahiti. Le capitaine de vaisseau Armand Joseph Bruat est nommé gouverneur de l’île. En 1844, Pōmare IV trouve d'abord refuge sur un navire anglais, puis gagne Raiatea aux îles Sous-le-Vent. De là, elle organise l’insurrection des rebelles tahitiens anglophiles contre les troupes françaises. C’est le début de la guerre franco-tahitienne. 

Le conflit dure deux ans et demi et s’achève en décembre 1946 par la prise du fort de Fautaua à Pirae, où s’étaient concentrés les insurgés, par les troupes françaises. En dépit des efforts de Pōmare IV auprès de la reine Victoria pour protéger Tahiti, une convention franco-anglaise, dite de Jarnac, confirme le protectorat français. La reine tahitienne est autorisée à revenir dans son île en février 1947 et garder son trône en acceptant le protectorat. Son rôle demeure symbolique, les commissaires français successifs étant chargés de l’administration de Tahiti.

Pōmare IV décède trente ans plus tard en 1877 à Papeete, après une longévité de cinquante ans de règne jamais atteinte par ses pairs masculins. Son fils Pōmare V lui succède, abdique sous la pression de Paris en 1880 et concède totalement Tahiti et ses dépendances à la France, qui devient de fait une colonie sous le terme d’Établissements français de l'Océanie. Il meurt prématurément en 1891, mettant un terme définitif à la dynastie familiale.  

La famille Pōmare n'a toutefois pas disparu, et ses descendants revendiquent encore, non sans fierté, l'histoire de leurs ancêtres, particulièrement celle de Pōmare IV, la plus illustre. 

PM

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