INTERVIEW exclusive. Sécurité, cohésion sociale, emploi, insertion, eau, sargasses, chlordécone, « l’État ne peut pas agir seul » Thierry Devimeux, préfet de Guadeloupe plaide pour un territoire plus solidaire

INTERVIEW exclusive. Sécurité, cohésion sociale, emploi, insertion, eau, sargasses, chlordécone, « l’État ne peut pas agir seul » Thierry Devimeux, préfet de Guadeloupe plaide pour un territoire plus solidaire

Arrivé à Basse-Terre à la fin de l’été 2025, Thierry Devimeux, nouveau préfet de Guadeloupe affiche aussitôt la volonté d’impulser une dynamique renouvelée pour répondre aux défis majeurs du territoire. Sécurité, cohésion sociale, développement économique, gestion des crises, sargasses et chlordécone figurent au cœur de ses priorités pour 2026. Dans cet entretien accordé à Outremers360, six mois après sa prise de fonctions, Thierry Devimeux livre sa lecture de la situation guadeloupéenne et précise les axes d’action qu’il entend porter : une Guadeloupe plus sécurisée, plus solidaire, plus verte et plus résiliente.

Monsieur le préfet, si l’on regarde dans le rétroviseur, l’année 2025 montre une hausse des chiffres de la criminalité en Guadeloupe par rapport à 2024 : on dénombre 49 homicides (contre 33 en 2024), 255 tentatives d’homicide (contre 202), 575 vols à main armée, dont 77 % impliquent une arme à feu, ainsi que 280 viols sur l’ensemble du territoire pour une population d’environ 435 000 habitants. Dans ce contexte, comment analysez-vous cette dynamique de la délinquance et quelles mesures, concrètes et opérationnelles, avez-vous engagées ou impulsées pour renforcer la présence des forces de l’ordre, lutter contre les trafics et affirmer l’autorité de l’État ?

Sur ce territoire, nous sommes de plus en plus confrontés à la délinquance, et en particulier à la délinquance violente. Le nombre d’homicides en 2025, en Guadeloupe strictement, je le précise car les chiffres intègrent parfois Saint-Martin et Saint-Barthélemy, s’élève à 47. C’est beaucoup trop. Il y a eu une évolution très forte et, malheureusement, un classement dans un triste palmarès, en deuxième position derrière la Guyane.

Sur l’ensemble de la délinquance, mon analyse est plus nuancée. Depuis le début de l’année 2025, les forces de l’ordre ont mené un travail très important, qui s’est traduit par un tassement des indicateurs sur le dernier trimestre de l’année. C’est un signal encourageant.

Pour comprendre cette situation, il faut également regarder le contexte régional. Dans l’ensemble de la Caraïbe, la délinquance violente se développe. C’est un phénomène caribéen, qui touche toutes les couches de la société. On observe une banalisation de la violence, qui pénètre progressivement l’ensemble du corps social. C’est une caractéristique sociétale qui doit nous interpeller collectivement, les acteurs politiques, économiques et sociaux.

Les violences intrafamiliales, les violences à l’école, la défiance vis-à-vis de l’autorité sont autant de signaux faibles très importants. Lorsque l’on examine les indicateurs sociaux de la société guadeloupéenne, on constate des fragilités marquées : chômage, décrochage scolaire, illettrisme, nombre élevé de bénéficiaires du RSA. Sur ces indicateurs, la Guadeloupe se situe hors norme par rapport à l’Hexagone. Il s’agit d’une société qui souffre, et lorsqu’une société souffre, la violence et la délinquance peuvent s’installer plus facilement. C’est probablement une première explication.

En parallèle, on constate une évolution très importante du trafic de drogue et du trafic d’armes, qui lui est étroitement associé. Nous faisons face à une circulation et une utilisation débridée des armes, sur un modèle nord-américain. Le narcotrafic est lié à une consommation locale, mais surtout au fait que la Guadeloupe est un territoire français et européen, une porte d’entrée vers le continent. Les grands narcotrafiquants ont bien compris que faire entrer de la drogue en Guadeloupe, c’est être quasiment déjà en Europe continentale.

La configuration du territoire renforce ces difficultés. La Guadeloupe est un archipel, avec un linéaire côtier très important, donc difficile à surveiller. La proximité de certaines îles permet à des embarcations d’atteindre nos côtes en quelques heures. Les arrivées se font depuis le Sud, mais de plus en plus également depuis le Nord, via des routes passant notamment par Haïti ou Porto Rico.

Face à cette situation, j’ai défini trois axes de travail. Le premier consiste à mieux traiter la délinquance « en interne ». Le deuxième vise à mieux maîtriser les flux entrants et sortants vers l’Europe, qu’il s’agisse du port, de l’aéroport ou des colis. Le troisième concerne le renforcement de la surveillance des frontières et la limitation de ce qui peut entrer sur le territoire.

Dans ce cadre, des annonces ont été faites lors de la venue du ministre de l’Intérieur en août 2025. Concrètement par exemple, cela se traduit par la pérennisation d’une deuxième compagnie de gendarmes mobiles ou le renforcement en enquêteurs de l'OFAST. Je demande également aux forces de l’ordre de se réinventer en permanence, car la délinquance est extrêmement agile et s’adapte sans cesse. Je tiens d’ailleurs à saluer leur engagement : elles bousculent leurs organisations et développent de nouvelles façons de travailler.

Un exemple concret : la gendarmerie a fait évoluer son dispositif en créant une brigade de contrôle, et non plus uniquement une brigade de sécurité routière. L’objectif est de contrôler simultanément les véhicules, les personnes et les marchandises, sur terre comme en mer, afin d’avoir une vision globale, « à 360 degrés », des mouvements de biens et de personnes, et d’adapter plus efficacement la stratégie de réponse.

Les moyens de la police judiciaire ont également été renforcés : treize agents sont venus appuyer les équipes engagées dans la lutte contre les trafics et la circulation des armes. Aux points d’entrée, la sécurité du port et des flux a été renforcée, notamment par l’installation de caméras intelligentes, le recours à la biométrie et un renforcement des contrôles, afin de freiner ce qui pourrait être exporté vers l’Europe.

Un travail complémentaire est mené en articulation avec la Marine nationale, basée à Fort-de-France mais intervenant à l’échelle de toute la zone Caraïbe, et mobilisable dans les secteurs où cela est nécessaire.

Enfin, il existe un sujet connexe à la délinquance : celui de la sécurité routière. Nous avons enregistré 49 morts sur les routes l’an dernier, 53 l’année précédente. Les comportements irresponsables sont encore trop nombreux. Pour 2026, j’ai donc durci la répression de manière significative, en doublant la durée de rétention des permis de conduire : trois mois sont devenus six, six mois sont devenus douze. Un réseau de fourrières a également été mis en place afin de permettre la saisie administrative des véhicules en cas d’excès de vitesse importants. L’objectif est clair : responsabiliser les conducteurs et rappeler les règles essentielles du code de la route – pas d’alcool, pas de drogue, pas de vitesse excessive.

Dans un climat parfois tendu entre certaines attentes sociales et les responsabilités des pouvoirs publics, quelles actions concrètes l’État a-t-il portées, depuis votre prise de fonctions, pour améliorer le dialogue avec les élus locaux et la population, notamment dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville ? Comment ces actions ont-elles contribué à restaurer la confiance sur le terrain ?

Mon approche consiste à travailler au plus près des collectivités locales et de l’ensemble des acteurs du territoire. Je le répète régulièrement : l’État ne peut pas agir seul, mais il peut faire beaucoup avec ses partenaires. Son rôle est d’accompagner les dynamiques locales et les collectivités. Il ne peut pas, et ne doit pas, être perçu comme une entité qui agirait isolément sur le territoire.

Cette logique de partenariat vaut pour la cohésion sociale, mais aussi pour la sécurité. Dans les axes de travail pour 2026, je souhaite renforcer encore davantage le lien avec les communes et avec la population, car la sécurité est l’affaire de tous. Elle ne relève pas uniquement de l’État. Les communes, à travers leurs polices municipales, le déploiement et le renforcement de leurs effectifs, ainsi que leurs dispositifs de vidéosurveillance, sont des partenaires essentiels et peuvent être très efficaces dans ce continuum de sécurité.

La population a également un rôle déterminant à jouer. Lorsque la peur s’installe, les habitants désertent l’espace public, laissant le champ libre à la délinquance. À l’inverse, lorsque la population se réapproprie l’espace public, la délinquance recule, car les délinquants ont tendance à éviter les lieux où ils se mêlent aux autres. Ce continuum de sécurité est, à mes yeux, fondamental. Je sais que c’est plus facile à dire qu’à mettre en œuvre, mais c’est collectivement que l’on peut faire évoluer la situation. Cette méthode a déjà produit des résultats très significatifs, notamment à Valence, dans des quartiers difficiles.

Il existe aussi un besoin fort de renforcement de la cohésion sociale. L’État accompagne les collectivités sur les enjeux de la politique de la ville, mais aussi à travers les programmes de rénovation urbaine. Vivre dans un habitat dégradé complique la capacité à se projeter dans l’avenir avec sérénité.

Concrètement, en 2025, un contrat de solidarité a été signé avec le conseil départemental. Il vise à renforcer et structurer le partenariat entre l’État et la collectivité sur l’ensemble du champ social, le conseil départemental étant chef de file sur ces politiques. Un schéma départemental de prise en charge de la grande marginalité a également été élaboré et signé avec les partenaires. Cette situation, particulièrement marquée aux Antilles et en Guadeloupe, concerne des personnes en grande difficulté, souvent en errance dans l’espace public, générant un fort sentiment d’insécurité. Elles ne sont pas nécessairement délinquantes, mais fréquemment fragilisées par des parcours de vie difficiles et des addictions, ce qui rend leur prise en charge complexe.

Enfin, des moyens importants sont mobilisés en faveur de l’hébergement d’urgence, avec un effort particulier sur sa modernisation et sur l’amélioration de son efficacité.

Dans un contexte économique et social fragile, comment l’État accompagne-t-il le développement économique de la Guadeloupe ? Quelles ont été les priorités en 2025 et quels leviers concrets seront activés à compter du 1er janvier 2026 pour soutenir l’emploi, les entreprises et l’attractivité du territoire ?

Le développement économique constitue un levier essentiel de cohésion sociale pour la Guadeloupe. Une économie plus dynamique est indispensable pour créer de l’emploi, offrir des perspectives aux jeunes et réduire durablement les fragilités sociales du territoire.

En 2025, l’action de l’État s’est inscrite dans une logique d’accompagnement du tissu économique local, en particulier des petites et moyennes entreprises. Elle s’est traduite par la mobilisation de dispositifs nationaux de soutien à l’investissement, à l’emploi et à la formation, adaptés aux spécificités des outre-mer. L’objectif est de sécuriser l’activité économique, d’encourager l’initiative locale et de soutenir les secteurs structurants.

Un effort particulier a été porté sur l’insertion des jeunes et des demandeurs d’emploi. Le service civique, levier important d’engagement et d’insertion, a ainsi bénéficié largement aux jeunes guadeloupéens : 1 030 postes ont été ouverts en 2025, dont 63 % occupés par des demandeurs d’emploi, contribuant à renforcer l’autonomie, l’expérience professionnelle et la citoyenneté des volontaires.

La politique d’insertion par l’activité économique constitue un autre pilier de cette stratégie. Grâce à un effort financier de 10,77 millions d’euros, 43 structures ont été accompagnées et 708 équivalents temps plein ont été soutenus. Ces dispositifs facilitent le retour à l’emploi tout en répondant à des besoins économiques locaux, notamment dans les secteurs du bâtiment, des services et de l’économie circulaire.

À compter du 1er janvier 2026, plusieurs leviers structurants continueront de s’appliquer en Guadeloupe : le maintien des exonérations de cotisations sociales spécifiques aux outre-mer, qui représentent un soutien majeur à l’emploi local, la poursuite des dispositifs d’aide à l’investissement productif, avec des taux renforcés pour les entreprises ultramarines afin de favoriser la modernisation et la création de valeur, ainsi que le renforcement des moyens consacrés à la formation professionnelle, à l’apprentissage et à l’insertion, pour faciliter l’accès à l’emploi durable.

Enfin, l’État agit également pour soutenir le pouvoir d’achat des ménages. L’évolution récente du bouclier qualité-prix a permis une baisse des tarifs comprise entre 1,16 % et 1,91 %, apportant un soutien concret aux familles dans un contexte marqué par les tensions inflationnistes.

L’année 2025 a été marquée par une saison de sargasses qui s’est installée très tôt, dès la mi-mars, et s’est poursuivie longtemps à des niveaux élevés, avec une surface cumulée d’algues nettement supérieure à la moyenne annuelle observée depuis 2011. Des estimations locales mentionnent plusieurs dizaines de milliers de tonnes échouées sur nos côtes, et les phénomènes de décomposition ont généré des nuisances sanitaires et environnementales fortes. Pouvez-vous nous dire comment l’État s’est organisé pour anticiper et gérer ces échouements, protéger les populations face à ces risques, et quelles améliorations souhaitez vous impulser pour la saison 2026 ?

C’est une situation particulièrement difficile pour les Guadeloupéens, d’autant qu’elle n’est pas liée à un dysfonctionnement local, mais à des déséquilibres mondiaux. Ces algues, autrefois essentiellement cantonnées à la mer des Sargasses, se développent désormais de manière exponentielle et circulent dans l’Atlantique avant d’affecter durablement la zone Caraïbe et nos côtes.

La saison 2025 a été exceptionnellement difficile, battant tous les records en matière de quantités de sargasses échouées. Il faut reconnaître que, sur ce sujet, nous travaillons encore trop souvent en réaction plutôt qu’en anticipation, car nous ne maîtrisons pas les courants marins qui transportent ces algues. Notre action consiste donc à tout faire pour éviter qu’elles n’atteignent les côtes et, lorsqu’elles y parviennent, à les retirer le plus rapidement possible.

Pour 2026, les prévisions indiquent une saison qui pourrait être encore plus exigeante. En Guadeloupe, les premières arrivées significatives sont attendues autour du mois de mars, ce qui nous laisse toutefois un petit temps de préparation.

L’action de l’État s’organise autour de trois grands volets complémentaires. Le premier concerne la recherche. La France, en lien avec l’Europe et les Nations unies, finance de nombreux programmes visant à mieux comprendre la biologie des sargasses et à développer des techniques de gestion plus efficaces. Le deuxième volet porte sur la gestion opérationnelle des sargasses lorsqu’elles arrivent sur les côtes. Le troisième relève de la santé publique, afin de mieux appréhender l’impact potentiel de ces algues sur la population. Lorsqu’elles s’échouent et se décomposent, elles dégagent des gaz. Il est donc essentiel de savoir si ces émissions présentent un risque sanitaire. Je suis particulièrement vigilant sur ce point.

Des mesures concrètes ont été mises en place. Des dispositifs de mesure de la production de gaz ont été déployés dans l’archipel. Lorsque des seuils sont dépassés, des mesures de protection sont prises, allant jusqu’à l’évacuation temporaire des zones concernées. Cela a été le cas, par exemple, à Capesterre de Marie-Galante, où un collège a été évacué et les élèves répartis dans d’autres établissements de l’île afin de garantir leur sécurité. Ces pics sont généralement ponctuels et nécessitent un éloignement temporaire. Parallèlement, des études, notamment épidémiologiques, sont conduites afin de mieux connaître les effets éventuels de l’exposition à bas bruit, mais sur le long terme et de consolider un dispositif de surveillance renforcé pour 2026.

Sur le plan financier et opérationnel, l’État est aujourd’hui le principal financeur. Depuis cinq ans, 20 millions d’euros ont été mobilisés pour accompagner les collectivités dans la gestion des sargasses. Concrètement, l’État apporte le financement aux communes, qui assurent le ramassage sur les plages. Cette opération reste extrêmement complexe : les volumes sont parfois considérables, les algues sont corrosives pour les matériels, et même après une évacuation, de nouveaux échouages peuvent survenir en quelques heures. Cela suppose une organisation spécifique, des moyens techniques adaptés et des financements conséquents.

Le ramassage seul ne suffit pas. Il entraîne souvent l’enlèvement de sable, ce qui accentue l’érosion du littoral. Il pose également la question du stockage de milliers de tonnes de sargasses, qui dégagent des gaz en se décomposant, contiennent de l’arsenic et des métaux lourds, et peuvent capter de la chlordécone.

C’est pourquoi, en 2026, une station de stockage expérimentale sera mise en place, notamment avec l’appui le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), afin d’identifier les processus les plus adaptés : séchage, récupération des jus pour éviter la pollution des sols, sécurisation du stockage. C’est un chantier lourd, mais indispensable.

L’objectif prioritaire reste toutefois d’empêcher les sargasses d’atteindre les plages. D’importants efforts sont donc consacrés au déploiement de barrages en mer, destinés à dévier les algues, à les stopper ou à faciliter leur collecte en mer. J’ai récemment visité une installation à Baie-Mahault : un barrage d’environ trois kilomètres, positionné à près de 300 mètres du rivage, dont l’objectif est d’éviter les échouages sur la côte. Cette solution est prometteuse, mais techniquement complexe. Le positionnement doit être précis en fonction des courants, l’ancrage solide, et les ouvrages doivent résister à la pression de masses très importantes de sargasses. Des expérimentations ont été menées en 2024 et 2025, avec des résultats variables. Il n’existe pas encore de solution parfaite. Nous avançons par essais, ajustements et améliorations successives.

Je tiens enfin à souligner la complémentarité indispensable entre l’État et les collectivités. L’État ne peut pas agir seul. Il apporte l’ingénierie et les financements, afin de permettre aux communes d’investir. Depuis le barrage de Baie-Mahault qui a démontré son efficacité, la commune déploie désormais un second barrage, également financé par l’État, avec une maîtrise d’ouvrage communale et un entretien assuré localement. C’est cette coopération qui doit nous permettre d’être plus efficaces en 2026.

Cette dynamique s’inscrit dans le cadre du Plan Sargasses 3 (2026-2030), qui prévoit un renforcement de la gouvernance, un volet sanitaire plus robuste, une montée en puissance de la collecte en mer, la création d’une filière de traitement et une mobilisation accrue des financements européens et locaux. L’année 2026 constituera une étape préparatoire essentielle pour la trajectoire 2027-2030.

Enfin, à l’échelle régionale, le projet SARSEA (Sargasses : Recherche, Surveillance, Expertise, Actions), lancé à Sainte-Lucie le 28 octobre dernier, vise à renforcer la coopération caribéenne. Huit millions d’euros seront mobilisés par l’Agence française de développement, afin d’accompagner quatre États de l’Organisation des États de la Caraïbe Orientale (OECO) dans la mise en place d’un cadre commun de gestion durable et de valorisation des sargasses.

Au-delà des sargasses, la Guadeloupe continue de faire face à des défis environnementaux et sanitaires profonds, notamment ceux liés à l’héritage du chlordécone, et à la transition écologique. Quelles initiatives concrètes l’État a-t-il mises en œuvre en 2025 pour réduire ces risques, renforcer les capacités du système de santé, et accompagner la transition vers des pratiques plus durables ? Quels objectifs vous fixez-vous pour 2026 dans ces domaines ?

Ces sujets sont au cœur de l’action de l’État en Guadeloupe. Ma priorité est de traiter d’abord les fondamentaux : l’eau potable, l’assainissement et la gestion des déchets. Tant que ces besoins essentiels ne sont pas correctement assurés, il est difficile de parler sereinement de transition écologique ou de projection vers l’avenir.

S’agissant du chlordécone, l’État et l’ensemble de ses partenaires ont aujourd’hui mis en place un dispositif structuré et opérationnel. Un plan global est déployé, allant de l’identification des sols contaminés à l’accompagnement des agriculteurs, afin de développer des pratiques de production compatibles avec les exigences de sécurité sanitaire. La surveillance des denrées alimentaires est renforcée, avec des contrôles réguliers pour garantir l’absence de chlordécone dans les produits consommés.

Un suivi sanitaire spécifique des populations exposées est également assuré, de même que l’indemnisation des personnes reconnues victimes de cette pollution. Sur ce sujet, l’ensemble des outils existe et fonctionne, même si la mémoire de ce scandale sanitaire reste très présente.

Concernant l’eau potable, la situation demeure critique. Aujourd’hui, sur 100 litres d’eau prélevés, seuls 30 litres arrivent effectivement au robinet et 16 litres sont payés. Ce déséquilibre rend le modèle économiquement et socialement intenable. L’État accompagne étroitement le syndicat mixte chargé de la gestion de l’eau, en finançant des experts de haut niveau pour accompagner les équipes du syndicat et en soutenant les réformes structurelles nécessaires. Depuis plusieurs années, plus d’une centaine de millions d’euros ont été mobilisés, même si les besoins réels se chiffrent en milliards. Les efforts engagés commencent à produire des résultats, mais le redressement prendra du temps et suppose un engagement collectif sur le long terme.

L’assainissement constitue un autre enjeu majeur, souvent moins visible mais tout aussi préoccupant. Une part importante des eaux usées n’est pas traitée correctement, ce qui représente une bombe à retardement pour les sols, les plages et le littoral. Là encore, l’État accompagne le syndicat afin de renforcer les contrôles, moderniser les installations et combler un retard structurel important.

La gestion des déchets figure également parmi les priorités. Le territoire arrive à saturation et l’enfouissement atteindra ses limites dès 2027. L’État soutient le développement du tri, l’extension du réseau de déchetteries et un projet structurant de valorisation énergétique des déchets, afin de réduire les volumes enfouis tout en renforçant l’autonomie énergétique de la Guadeloupe. Cela implique également un travail de sensibilisation et d’éducation de la population.

L’ensemble de ces actions s’inscrit enfin dans une vision plus large de transition écologique et de résilience du territoire, face aux effets du dérèglement climatique : une Guadeloupe plus verte. Pour 2026, l’objectif est de poursuivre cette dynamique, de consolider les réformes engagées, d’accélérer les investissements structurants et de garantir à la population des conditions de vie conformes aux standards sanitaires et environnementaux attendus dans un territoire français et européen.

Le centre opérationnel départemental est activé dans le cadre d’un exercice volcan 

La Guadeloupe est particulièrement exposée aux risques naturels, qu’ils soient climatiques, volcaniques ou sismiques, dans un contexte de dérèglement climatique accru. Comment l’État renforce-t-il aujourd’hui la prévention, la préparation et la sécurité civile afin de mieux protéger les populations et de construire une Guadeloupe plus résiliente face à ces risques ?

La Guadeloupe est effectivement exposée à quasiment l'ensemble des risques naturels. Certains peuvent s'anticiper, par exemple un cyclone qui laisse le temps à la préparation, ou non, comme un tremblement de terre qui arrive sans crier gare. Il est donc impératif que nous puissions développer une culture de résilience au sein de la population pour qu'elle puisse avoir en permanence les bons réflexes et bien réagir à des évènements soudains. Mais il est tout aussi indispensable que les services de l'État, avec les collectivités, puissent se préparer en imaginant tous les scénarios possibles et, quel que soit le phénomène, avoir la capacité d'apporter une réponse efficace, rapide, coordonnée, qui garantisse la sécurité de la population dans les meilleurs délais.

Cela signifie réfléchir pour imaginer des plans qui nous permettent de fixer les lignes directrices d'une intervention en cas d'un sinistre. Cela signifie de travailler avec les collectivités pour que l'écosystème des acteurs : associations services techniques des mairies, services de l'État, soient toujours prêts. Et puis faire des exercices pour répéter. Ces exercices s'appuient presque toujours sur les retours d'expérience que nous avons des événements passés pour lesquels nous avons identifié ce qui a bien marché, ce qui perfectibles, pour à chaque fois se remettre en question et retravailler les réponses.

La Guadeloupe occupe une place stratégique dans la Caraïbe et fait face à des défis récurrents en matière de contrôle des flux, de lutte contre l’immigration irrégulière et les trafics internationaux. Pouvez-vous nous donner un aperçu concret des moyens et coopérations mis en place pour assurer la souveraineté de l’État, renforcer les contrôles maritimes et aériens, et travailler avec les partenaires régionaux sur ces enjeux ?

La Guadeloupe, comme la Martinique, se situe au cœur de la Caraïbe, dans un environnement régional composé de pays aux statuts très variés. Cette position en fait à la fois un territoire stratégique pour la France et pour l’Europe, mais aussi une zone particulièrement exposée aux trafics et aux flux irréguliers.

Au-delà des moyens nationaux, la coopération régionale constitue un pilier central de l’action de l’État. Les pays de la Caraïbe sont confrontés aux mêmes phénomènes : pression du narcotrafic, migrations irrégulières, risques naturels majeurs. Aucun territoire ne peut agir efficacement seul. C’est pourquoi les échanges et les partenariats avec les États voisins sont renforcés, notamment en matière de sécurité civile, de contrôle des flux et de partage d’informations.

La France dispose dans la région de capacités reconnues en matière de sécurité, de santé et d’éducation, qui suscitent un intérêt marqué de la part des partenaires caribéens. Cette coopération est mutuellement bénéfique : elle contribue à la stabilité régionale tout en consolidant la présence française dans la Caraïbe.

Être souverain, c’est être présent, agir, coopérer et assumer pleinement son rôle dans cette zone stratégique. C’est dans cette logique que s’inscrit l’action de l’État en Guadeloupe, aujourd’hui comme pour les années à venir.

Réception des consuls présents sur le territoire