Le commissaire européen chargé de la prospérité et de la stratégie industrielle a entamé, ce samedi 17 octobre, un déplacement de quatre jours en Nouvelle-Calédonie, qui doit s’achever par la signature d’un partenariat avec l’Union européenne sur l’approvisionnement en nickel calédonien, un projet contesté par les indépendantistes. Détails avec notre partenaire Les Nouvelles Calédoniennes.
Quatre jours. C’est le temps dont dispose Stéphane Séjourné pour convaincre les acteurs calédoniens de la pertinence du «partenariat stratégique sur les chaînes de valeur durables des matières premières» entre la Nouvelle-Calédonie et l’Union européenne, qu’il doit signer, mardi 20 octobre, avec les responsables politiques locaux.
Une mission entamée dès son premier jour de visite, ce samedi 17 octobre. Après une heure d’échange avec le haut-commissaire, Jacques Billant, et le directeur de la mission interministérielle pour la Nouvelle-Calédonie, Amaury Decludt, le deuxième vice-président exécutif de la Commission européenne s’est rendu au Sénat coutumier dans la matinée avec la volonté de présenter «en toute transparence» la «stratégie européenne» concernant l’approvisionnement du Vieux Continent en matières premières. «Nous avons décidé de devenir moins dépendants» de la production chinoise, qui représente plus de deux tiers du nickel acheté en Europe, en construisant des «partenariats gagnants-gagnants un peu partout dans le monde, sans exclusivité», a expliqué Stéphane Séjourné aux représentants des différentes aires coutumiers.
L’UE prête à payer plus cher son nickel ?
À terme, l’objectif est de «contraindre nos entreprises européennes à acheter ailleurs [qu’en Chine NDLR], quitte à acheter plus cher», a affirmé le commissaire européen chargé de la prospérité et de la stratégie industrielle. «Nous considérons que notre indépendance européenne est plus importante que de payer quelques dollars de moins la tonne» de nickel.
C’est à cette ambition que répond le fameux "Memorandum of Understanding" (MoU) qui doit être signé mardi. Le texte prévoit la création d’un "cadre de coopération" entre l’UE et la Nouvelle-Calédonie sur l’ensemble de la chaîne de valeur afin de diversifier et sécuriser les approvisionnements de l’Europe en nickel, tout en permettant à la filière calédonienne, engluée dans la crise, de se relancer.
Mais le projet inquiète localement, notamment parmi les indépendantistes. Ses détracteurs pointent une absence de garantie et d’engagement concret de la part de l’Union européenne, et s’inquiètent des éventuelles conséquences d’un tel accord sur la transformation locale et les emplois. «Notre pays ne doit pas être cantonné au rôle de fournisseur de minerai, laissant les décisions liées à la stratégie industrielle, aux débouchés et à la répartition de la valeur ajoutée être dictées par des intérêts extérieurs», a cinglé le FLNKS, dans un communiqué publié vendredi 16 octobre.
Stéphane Séjourné s’est voulu rassurant, ce samedi matin, au Sénat coutumier. Le commissaire européen a assuré que le partenariat envisagé doit justement permettre de se démarquer «de ce que font certains pays, c’est-à-dire venir extraire la matière première et partir». «Nous souhaitons avoir de l’extraction, du processing, de la création de valeur et, au bout du compte, de la prospérité.» Quant à l’absence d’engagement, Stéphane Séjourné assume «que ce texte ne soit pas contraignant pour la Nouvelle-Calédonie».
Une répartition des richesses "pas au rendez-vous"
«L’accord que nous vous proposons doit permettre, si vous le décidez et si les choix d’investissements du nickel calédonien vont dans ce sens, que vous puissiez participer à cette stratégie» européenne, a souligné le deuxième vice-président de la Commission européenne, le qualifiant de «texte de possibilités, pas de contraintes». En revanche, si ce partenariat stratégique venait à ne pas être signé, «j’aurais du mal à convaincre les investisseurs, les banques publiques européennes et à obtenir des subventions» pour les futurs projets industriels calédoniens, a-t-il prévenu.
Face à lui, le président du Sénat coutumier, Richard Poarairiwa, a listé les priorités des autorités coutumières : «l’accès de nos jeunes à des formations adaptées», le «développement des terres coutumières» ainsi que «l’urgence climatique». Il a également dressé un constat amer : celui d’une exploitation du nickel «qui a causé plus de dégâts qu’autre chose», en privant notamment l’accès de certaines tribus à leurs terres. «La juste répartition des richesses n’est pas au rendez-vous», a également fait remarquer Richard Poarairiwa, alertant sur un «sentiment d’injustice» à l’origine d’une «instabilité politique permanente».
Ce samedi après-midi, Stéphane Séjourné devait s’entretenir avec le président du gouvernement, Milakulo Tukumuli. Il reprendra son déplacement lundi, par une visite du site TotalEnergies de Boulouparis. La signature du protocole d’entente est prévue mardi 20 octobre, dans la matinée, à la Station N.
Par Les Nouvelles Calédoniennes

