Outremers360, en partenariat avec Business France membre de la team France Export , vous propose une nouvelle série consacrée au développement international des entreprises ultramarines. Ce deuxième volet nous ouvre les portes de Renée, enseigne familiale guadeloupéenne de restauration et de pâtisserie qui a fait du chocolat antillais l’un de ses produits emblématiques. Plus de soixante ans après sa création, Gil et Karl Reynaud ont choisi de s’appuyer sur cet héritage pour changer d’échelle, en misant sur l’innovation, la franchise et de nouveaux marchés. De l’industrialisation de son chocolat chaud à ses premières démarches au Royaume-Uni et à Trinidad, l’entreprise avance par étapes, avec l’appui notamment de Business France. Voyage au cœur de la tradition du chocolat antillais.
Un héritage familial emblématique des Antilles
Chocolat communion, chocolat créole ou chocolat peyi, la Martinique, la Guadeloupe et la Guyane partagent une même tradition du chocolat chaud épicé, consommé principalement à Noël et lors des grandes occasions familiales.
Devenu l’un des produits emblématiques de l’entreprise Renée, le chocolat s’inscrit dans une histoire familiale commencée en Guadeloupe en 1963, lorsque la grand-mère de Gil et Karl Reynaud se lance dans la vente de pâtisseries et de pâtés salés dans les rues de Pointe-à-Pitre. Dans les années 1990, leurs parents reprennent l’activité et commencent à développer l’enseigne, en ouvrant de nouveaux points de vente.
Après des études de commerce, au cours desquelles Karl consacre son mémoire de fin d’études à la mise en franchise du réseau familial, les deux frères commencent à réfléchir plus concrètement au développement de l’enseigne. « Il y avait cette envie de développer qui était déjà dans nos têtes, même si ce n’était pas encore très clair et très formalisé », raconte Gil Reynaud.


Du chocolat artisanal à la brique UHT
À mesure que le réseau s’étend, la fabrication artisanale atteint pourtant ses limites. Produire le chocolat dans chaque établissement devient complexe. Pour Karl et Gil, il s’agit de fabriquer à plus grande échelle le produit phare de l’enseigne. L’entreprise opte finalement pour une fabrication industrielle en brique UHT, tout en conservant impérativement le goût de la tradition chère aux connaisseurs. « Si on se mettait à vendre un chocolat différent et de moins bonne qualité à nos clients, ça mettait en péril les magasins », explique Gil Reynaud qui précise que « le chocolat représente environ 15 % du chiffre d’affaires des magasins. »
À cette contrainte qualitative s’ajoute celle du volume. « « Travailler avec un industriel nous imposait un volume minimum de 200 000 litres par an, alors qu’à l’époque notre réseau n’en consommait que 50 000. Il fallait donc trouver de nouveaux débouchés. »


Changer d’échelle avec l’appui de Bpifrance
La grande distribution devient naturellement un nouvel horizon. Après plusieurs années de mise au point, la brique UHT Renée fait son apparition fin 2024 dans des enseignes comme Carrefour ou Leclerc aux Antilles.
Le lancement dépasse les objectifs de volume : « Le lancement a représenté un investissement important. Nous avons vendu plus de 300 000 litres dès la première année, mais cela ne signifie pas pour autant que nous avons immédiatement gagné de l’argent. » En effet, campagnes télévisées, réseaux sociaux, dégustations et marketing de terrain ont représenté un investissement important. « On est là pour installer un produit, installer de nouvelles habitudes et on va gagner dans la durée », résume l'entrepreneur.
Bpifrance a accompagné cette phase de transformation comme l’explique le co-dirigeant : « L’accompagnement de Bpifrance a été très important, notamment au début du projet, pendant la phase de recherche et développement. Les tests, les prestations techniques et les déplacements représentent des coûts importants. Nous avons obtenu une subvention pour financer cette première étape, puis un prêt de développement qui nous a permis d’amorcer le lancement.
Un réseau de 14 franchisés
En 2022, Gil et Karl Reynaud participent au Salon de la franchise et structurent leur modèle afin de recruter leurs premiers franchisés. Mais là encore, les contraintes du territoire les conduisent à adapter le modèle classique.
Les deux frères constatent qu’ils trouvent peu de candidats disposant des quelque 100 000 euros d’apport personnel nécessaires tout en ayant le profil opérationnel recherché. Avec le cabinet qui les accompagne, ils imaginent alors une formule alternative baptisée « Émergence ».
Concrètement, Renée investit aux côtés d’un manager disposant d’un apport beaucoup plus limité. Une société commune est constituée, le projet est financé avec l’aide de la banque et, au terme d’environ trois ans, le franchisé rachète les parts de Renée pour devenir pleinement propriétaire de son entreprise.
Le dispositif a déjà été décliné à plusieurs reprises en Guadeloupe et en Martinique. Un nouveau restaurant doit notamment ouvrir à Fort-de-France, portant le réseau à 14 magasins.

Cap sur l’international avec la Team France Export
Déjà présent dans une centaine de points de vente en France hexagonale, principalement en Île-de-France grâce au distributeur Maceo et à son réseau d’épiceries exotiques, le chocolat Renée ambitionne désormais de se développer à l’international. Mais le succès antillais n’est pas automatiquement reproductible ailleurs.
Pour convaincre de nouveaux consommateurs, il faut adapter le packaging, se conformer à une nouvelle réglementation, et non des moindre, identifier les réseaux de distribution adéquates. « Je pensais que ce serait plus facile », reconnaît Gil Reynaud.
Accompagné par la Team France Export, les Chocolats Renée ont alors engagé une stratégie structurée d’ouverture à l’international, en ciblant en priorité les marchés disposant d'une diaspora caribéenne significative, d'une appétence pour les produits premium différenciants et de circuits de distribution compatibles avec une PME agroalimentaire. C'est ainsi que le Royaume Uni a été identifié comme marché cible prioritaire, aux côtés du Canada et de la zone Caraïbe anglophone.
Les Chocolats Renée bénéficient d’un accompagnement conjugué de la CCI des îles de Guadeloupe en proximité et des équipes Business France notamment au Royaume -Uni, avec un soutien du ministère des Outre-mer depuis fin 2023. Celui-ci comprend notamment des actions de formation, une étude réglementaire et douanière, une séquence de prospection personnalisée, une participation au Pavillon France de l’International Food & Drink Event 2026. Au Royaume-Uni, l’entreprise ainsi accompagnée, a expédié ses premiers colis cet été. Et avec l’appui de la technopole guadeloupéenne I-Nova, Renée se prépare à un nouveau test commercial à Trinidad, à partir de la fin de l’année 2026.
Pour autant Gil et Karl Reynaud ne veulent pas disperser leurs efforts. Le marché hexagonal reste leur priorité de développement.

