Outremers 360 en partenariat avec Business France membre de la Team France Export, vous propose une nouvelle série consacrée au développement international d’entreprises ultramarines. Pour ce premier volet, Outremers 360 a interviewé Hatem Belligi, fondateur du groupe calédonien Skazy, et de l'outil de gestion des ressources humaines Optimal RH, lauréat du Programme des investissements d’avenir (PIA) 3 / France 2030 par son intégration croissante de l’IA dans les usages RH. Avec Optimal RH, Skazy a progressivement conquis de nouveaux marchés dans l’Hexagone, dans les Outre-mer et à l’international. Retour sur un parcours emblématique.
Sortir du « micromarché » calédonien
« La Nouvelle-Calédonie est un micromarché. Avec La Polynésie c’est un marché de 550 000 habitants » constate Hatem Bellagi. Dès la création de Skazy en 2004, et sa solution SaaS de gestion informatique des ressources humaines Optimal RH, pensée pour les PME et ETI, Hatem Bellagi voit déjà au -delà du territoire calédonien. Après de nombreuses étapes de développement et deux levées de fonds de 2 millions d’euros, l’entreprise suit une trajectoire ascendante.
Jusqu’en 2024 où les émeutes viennent brutalement casser cette dynamique : « Le marché local s’est quasiment arrêté, un local de l’entreprise a été détruit et un autre est resté inaccessible plusieurs semaines. A ce jour l'entreprise n'a pas encore totalement retrouvé les niveaux d'activité antérieurs ». Le besoin d’internationaliser l’offre s’impose comme une évidence. Il faut trouver de nouveaux marchés.
Préjugé face à l’innovation outre-mer
Mais sortir de son marché d’origine ne va pas de soi. En arrivant dans l’Hexagone, Skazy doit d’abord gagner en visibilité et surtout en crédibilité. Les références acquises à Nouméa, notamment auprès de la municipalité, ou à Tahiti ne constituent pas toujours un atout. Trop petites ou trop éloignées de l’Hexagone, elles ne sont pas forcément considérées comme des références suffisamment solides.
Hatem Bellagi en fait l’amer constat : « Nous avons été confrontés à une forme de préjugé face à une innovation venue des Outre-mer ». Un premier client strasbourgeois va contribuer, sans le savoir, à faire sauter ce verrou. Contrairement à d’autres prospects, il ne s’arrête pas au contrôle des références et signe avec Hatem Bellagi.
Depuis, Skazy compte près d’une trentaine de clients en France et commence à signer des structures de taille plus importante, notamment des ETI de moins de 500 salariés. Avant 2024, la Nouvelle-Calédonie représentait encore près de 80 % de l’activité de Skazy. Aujourd’hui, sa part est descendue autour de 50 %.
Trouver les bons relais avec Business France
Mais l’expérience ne suffit pas à conquérir de nouveaux marchés étrangers. À l’export, il faut comprendre les réseaux locaux, identifier les bons intermédiaires, accéder aux décideurs et disposer de moyens commerciaux et marketing suffisants.

C’est là que l’accompagnement d’experts tels que Business France avec son réseau étranger et le guichet Team France Export en proximité, prend tout son sens. Leur appui est particulièrement important pour cibler de nouveaux marchés (en Europe au-delà de l’hexagone et même jusqu’en Afrique), décrypter leur fonctionnement ou mobiliser certains mécanismes d’aide tel que l’aide à l’internationalisation du MOM ou France 2030 export. Pour Hatem Bellagi, leur accompagnement peut clairement « changer la donne ». La DGOM a également apporté son soutien dans la mise en réseau des entreprises techs ultramarines.
Selon les données publiées en août 2026, Optimal RH accompagne environ 170 organisations et plus de 12 000 utilisateurs. La solution est commercialisée en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie et dans l'Hexagone, mais aussi aux Antilles, à La Réunion, en Tunisie, au Maroc et au Portugal. Skazy compte quinze salariés à Nouméa, sept à Rennes et deux commerciaux à Station F, avec l’objectif de « Il faut développer le marketing et l’opérationnel », précise Hatem Bellagi. Car pour le dirigeant, le prochain enjeu n’est plus tant de développer le produit que d’accélérer sa commercialisation.
Travailler avec les Outre-mer
Pour Hatem Bellagi défend une approche de l’export adaptée à la géographie des Outre-mer. « Depuis Nouméa, aller chercher des marchés au Vanuatu ou à Fidji peut être beaucoup plus naturel que de traverser le monde pour rejoindre un autre territoire ultramarin. » pour lui le véritable changement d’échelle se joue aussi dans les bassins régionaux de chaque territoire : « Il y a beaucoup de business à faire entre Ultramarins, mais il y a aussi du business à faire dans son bassin régional », insiste-t-il. Pour lui, le véritable changement d’échelle
Il n’y a pas d’innovation sans clients
Pour Hatem Bellagi, soutenir l’innovation ne consiste pas seulement à distribuer des aides. Il faut aussi permettre aux entreprises de trouver des clients : « Il n’y a pas d’innovation sans commandes. » Car si les subventions restent nécessaires, insiste-t-il, « le plus beau des financements, c’est le client ». Reste l’autre grande difficulté, celle de l’accès au capital. Hatem Bellagi pointe un écosystème ultramarin où les solutions de financement de l’innovation se polarisent autour de Bpifrance qui occupe une place centrale.
Choose Outre-mer
Le projet de fonds d’investissement à impact annoncé par la ministre des Outre-mer Naîma Moutchou, travaillé depuis près de deux ans avec notamment la DGOM, la Banque des Territoires et la société de gestion INCO, doit permettre de répondre à ce « trou dans la raquette » du financement des jeunes entreprises innovantes. Son lancement est prévu lors de la prochaine édition de Choose Outre-mer, le 1er octobre prochain à la Banque de France à Paris. Inspiré de Choose France, l’événement doit réunir entreprises, investisseurs, collectivités et acteurs publics pour favoriser les investissements et les levées de fonds dans les territoires ultramarins.
Car pour Hatem Bellagi, l’innovation, qu’il qualifie de « sport extrême de l’entrepreneuriat », s’accommode mal de résultats à courts termes. Une entreprise innovante peut avoir besoin de plusieurs années pour trouver son marché. D’où, selon lui, la nécessité de construire des dispositifs durables.
Nouvelle-Calédonie, Capitale French Tech 2026 -2028 La Nouvelle-Calédonie a franchi en mai 2026 une nouvelle étape importante en passant du statut de Communauté French Tech à celui de Capitale French Tech pour la période 2026-2028. Président de la French Tech Nouvelle-Calédonie, Hatem Bellagi y voit une opportunité de faire de la Nouvelle -Calédonie un véritable hub technologique, davantage connecté aux autres Outre-mer et surtout au bassin Pacifique. Le nouveau statut doit permettre de disposer de davantage de moyens et de déployer plus largement les dispositifs de la French Tech auprès des entrepreneurs du territoire. Il permettra aussi de changer d’échelle dans les relations avec l’écosystème national et les pouvoirs publics. Un tremplin pour l’avenir Depuis 2019, French Tech Tremplin permet à des profils éloignés de l’entrepreneuriat et en dehors du Grand Nouméa de bénéficier d’un accompagnement dédié pour créer leur startup. Plus largement, en 2026, la Mission French Tech a également lancé French Tech Nova (French Tech Nova - La French Tech Nouvelle-Calédonie), destiné cette fois à des start-up plus matures rencontrant encore des freins pour changer d’échelle, notamment en matière de financement, de réseaux, de visibilité ou d’accès aux marchés. |

