INTERVIEW. Anniversaire du SMA : pour le Général Bellon, depuis 65 ans, la mission reste la même : « donner des perspectives à la jeunesse ultramarine »

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INTERVIEW. Anniversaire du SMA : pour le Général Bellon, depuis 65 ans, la mission reste la même : « donner des perspectives à la jeunesse ultramarine »

Concours culinaire parrainé par Thierry Marx, livre de recettes, colloque consacré à la jeunesse ultramarine, bande dessinée inspirée du parcours d’un jeune volontaire guyanais… Pour ses 65 ans, le Service militaire adapté (SMA) célèbre la richesse et la diversité des Outre-mer et met à l’honneur la jeunesse ultramarine. Pour Outremers360, le général Bellon revient sur les réussites qui l’ont marqué, les défis à venir et l’ambition d’un dispositif qui accompagne chaque année des milliers de jeunes vers l’emploi, l’autonomie et une confiance retrouvée en eux-mêmes.

Cette année, le SMA fête ses 65 ans. Que représentent toutes ces années dans les Outre-mer ?

D’abord, une continuité. Depuis 65 ans, le SMA accompagne une jeunesse ultramarine qui mérite une attention toute particulière. Le dispositif a évolué avec son temps, en s’adaptant aux réalités des territoires et aux transformations du service national, mais notre mission reste la même : donner des perspectives à des jeunes parfois fragilisés et les aider à trouver leur place.

Derrière ce chiffre, il y a surtout des milliers de jeunes passés par le SMA. Quand vous regardez ce parcours collectif, qu’est-ce qui vous frappe le plus ?

Ce qui me marque le plus, c’est leur réussite. Beaucoup arrivent après un parcours scolaire difficile, parfois sans diplôme, parfois après une longue période d’inactivité.

Au SMA, en 8 à 10 mois ils reprennent confiance en eux-mêmes. Ils découvrent qu’ils sont capables d’aller plus loin qu’ils ne le pensaient. Cette confiance retrouvée, c’est probablement notre plus grande réussite.

Qui sont les jeunes du SMA aujourd’hui ?

Aujourd’hui, nous avons affaire à une jeunesse diverse selon les territoires. Les difficultés ne sont pas forcément les mêmes d’un territoire ultramarin à l’autre.

Mais ce que l’on voit surtout, ce sont des jeunes qui font le choix, volontairement ou parfois poussés par leur famille, de venir chez nous pour y trouver un tremplin vers un avenir qui peut être différent de celui qui leur était donné au départ.

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L’image qui me vient à l’esprit, c’est notamment celle d’une jeune femme mise en avant dans notre dernier rapport d’activité, en 2025. On la voit souriante, le regard tourné vers l’avenir, confiante dans le monde, dans ses capacités, avec un sentiment d’épanouissement dans ce qu’elle vit au sein du SMA.

C’est un peu le reflet de ce que nous proposons au Service militaire adapté, notamment pour les jeunes femmes, qui représentent aujourd’hui 36 % de nos volontaires. Ce qu’on peut retenir, c’est cette confiance retrouvée en soi, mais aussi l’acquisition de repères que certains n’avaient pas forcément au départ : des repères de vie, de vie en collectivité, de respect de leurs camarades, de leur hiérarchie, et de la manière dont ils vont appréhender leur futur métier.

C’est cela qui fait la force de ce que les volontaires peuvent acquérir au régiment.

Le SMA transforme des trajectoires. Y a-t-il un parcours qui vous revient immédiatement en tête ?

Je pense à cette jeune femme en Nouvelle-Calédonie qui est entrée comme volontaire stagiaire avant de devenir volontaire technicienne, puis formatrice. Aujourd’hui, elle accompagne à son tour des jeunes sur les méthodes d’apprentissage. C’est une très belle trajectoire.

Je pense aussi à cette jeune Guadeloupéenne qui a décidé de reprendre l’exploitation familiale pour relancer un élevage caprin quasiment disparu sur son territoire. À travers son projet, il y a une idée forte : recréer de l’activité locale et participer à une forme de souveraineté alimentaire.

Et puis certains cadres du SMA racontent eux-mêmes avoir commencé comme volontaires. Certains disent très simplement : « Sans le SMA, je serais peut-être parti dans une mauvaise direction. » Aujourd’hui, ce sont eux qui encadrent les jeunes.

Pour ses 65 ans, le SMA a choisi de multiplier les rendez-vous tout au long de l’année.

Nous voulions montrer ce que le SMA apporte concrètement depuis 65 ans, territoire par territoire. Chaque Outre-mer est différent, chaque régiment a sa singularité. Nous voulions des événements qui mettent en valeur les jeunes, leurs talents et ce qui fait la richesse des territoires.

Parmi ces temps forts, il y a un concours culinaire présidé par Thierry Marx.

La gastronomie raconte beaucoup des Outre-mer. La restauration est un métier parfois mal connu mais qui offre de vraies perspectives. Et surtout, à travers la gastronomie, on raconte la richesse culturelle ultramarine, la diversité des saveurs, des savoir-faire et des territoires.

Ce concours a déjà créé une dynamique dans les régiments. Les jeunes se préparent depuis des mois. Ils vont venir présenter leur travail ici, dans l’Hexagone, avec une vraie exigence professionnelle.

Thierry Marx est très engagé auprès de la jeunesse et sensible aux questions de transmission. Lui-même connaît l’importance de l’apprentissage et de l’effort.

Je crois qu’il a aussi été touché par ce que représentent les Outre-mer : une richesse culturelle, des saveurs, des influences multiples. Ce qui l’a motivé, c’est aussi de montrer à ces jeunes qu’avec du travail et de la ténacité, on peut accomplir de grandes choses.

Dans le prolongement du concours, un livre de recettes Escales gourmandes – Saveurs des Outre-mer, préfacé par Thierry Marx, est publié par la maison d'édition réunionnaise Orphie. L’ouvrage réunit des recettes pleines de couleurs, de saveurs et de parfums, qui sortent de l’image parfois réductrice que l’on peut avoir de la gastronomie ultramarine.

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Quand on parle de La Réunion, on pense souvent immédiatement au cari. Mais nous avons voulu montrer autre chose aussi. L’idée est de faire découvrir une cuisine riche, colorée, inventive, faite de saveurs et d’influences multiples. Des plats moins attendus viendront ainsi mettre en lumière la diversité culinaire ultramarine, à l’image d’un carpaccio d’espadon fumé ou d’autres recettes valorisant les produits et savoir-faire des territoires.

Comment sera organisé ce concours culinaire ?

Les équipes se préparent depuis plusieurs mois au sein des régiments. Le concours réunira des équipes de quatre personnes : trois volontaires et un moniteur-formateur, qui les accompagnera tout en les laissant exprimer leur savoir-faire.

Le 26 mai, les participants se rendront au marché international de Rungis pour sélectionner eux-mêmes leurs produits avant de composer leurs recettes. Le lendemain, au lycée des métiers de la gastronomie Belliard à Paris, ils disposeront de cinq heures, de 7h à 12h, pour préparer leurs plats devant un jury composé de personnalités. Le lendemain, les trois équipes lauréates seront récompensées officiellement au ministère des Outre-mer et elles auront la chance de visiter les cuisines de l’Élysée et de rencontrer le chef Fabrice Desvignes.

Parmi les événements prévus pour les 65 ans, il y a également un déplacement ministériel à Périgueux, et un autre à Bruxelles avec des jeunes du SMA. Pourquoi était-ce important ?

Une partie des ressources dont dispose le SMA est issue de financements européens, notamment du Fonds social européen (FSE). Il nous paraît important de montrer que cet effort européen au profit des territoires ultramarins n’est pas vain et qu’il contribue concrètement à l’insertion socioprofessionnelle de nos volontaires.

Ces financements permettent notamment d’améliorer les plateformes de formation intégrées dans nos régiments, afin qu’elles correspondent aux besoins des territoires en matière de compétences à acquérir. Ils contribuent aussi à améliorer les conditions d’hébergement des jeunes, avec des bâtiments répondant à des normes environnementales plus exigeantes.

Nous sommes donc très fiers de montrer que ces ressources sont utilisées à bon escient, au profit d’une jeunesse qui a besoin de moyens adaptés et de formations de qualité.

Une bande dessinée est également annoncée pour octobre. Que racontera-t-elle ?

Cette bande dessinée retracera le parcours d’un jeune Guyanais. Au départ, il vit chez sa grand-mère, sans véritable perspective, passant beaucoup de temps sur les jeux vidéo.

Un jour, après avoir vu un caporal-chef du régiment de Guyane porter secours à une personne, il prend conscience qu’il peut, lui aussi, être utile à la société. Cette expérience agit comme un déclic et le conduit à rejoindre le Service militaire adapté.

Par la suite, il y rencontre celle qui deviendra son épouse et devient lui-même formateur au sein du SMA, dans un autre territoire ultramarin. À travers son parcours, cette bande dessinée veut raconter une trajectoire, un engagement et ce que le SMA peut permettre à certains jeunes de construire.

Le point d’orgue de ces célébrations sera le colloque prévu en octobre ?

Effectivement, mi-octobre, nous organiserons un colloque du Service militaire adapté consacré à la jeunesse ultramarine. Il sera ouvert au plus grand nombre et permettra de montrer à quel point cette jeunesse est importante pour les outre-mer, mais aussi pour notre pays.

L’idée est aussi de démontrer comment le SMA contribue à accompagner cette jeunesse, à l’aider à se projeter et à reprendre confiance en elle-même. La bande dessinée sera d’ailleurs présentée à cette occasion.

Au-delà des célébrations, comment imaginez-vous le SMA des prochaines années ? Quels seront les grands défis pour accompagner la jeunesse ultramarine de demain ?

Je me projette moins sur les 65 prochaines années que sur les cinq à venir, au travers d’un plan que nous avons nommé IMPACT, destiné à créer des dynamiques locales dans chacun de nos Outre-mer.

L’objectif de ce plan est de démontrer qu’une jeunesse engagée peut participer à la résilience de chacun de nos territoires. Le premier axe concerne la valorisation des formations, en les orientant vers des métiers et des filières plus pérennes, notamment autour de l’économie verte et de l’économie bleue.

Le Général Patrice Bellon avec la caporal Stanford, formée au RSMA Guadeloupe et qui vient sur son territoire pour former et recruter © Outremers 360 

L’idée est de se dire qu’il existe aujourd’hui des métiers porteurs de sens pour les Outre-mer. Je prends l’exemple de la Guadeloupe, où une pédagogie autour de l’aquaponie a été mise en place. Il s’agit d’une culture en circuit fermé utilisant notamment les déchets de poissons pour produire des légumes. Dans des territoires où les sols peuvent parfois être pollués, d’autres façons de cultiver peuvent créer des dynamiques locales.

Il y a aussi tout un enjeu autour des métiers du maritime et de l’économie de la mer. Ce sont des filières qui peuvent valoriser les outre-mer et intéresser nos jeunes, auxquelles nous devons porter une attention particulière.

Demain, en Martinique, une filière autour du traitement des sargasses émergera probablement. Ce qui est aujourd’hui une difficulté pourrait devenir, demain, une filière à part entière avec des métiers associés.

Sur le volet numérique, je considère qu’un jeune aujourd’hui ne peut pas être en situation d’illectronisme. Dans une société digitalisée, il n’est pas question qu’un volontaire quitte nos régiments sans être capable d’utiliser des outils simples comme Word ou Excel, ni sans savoir naviguer sur internet en sécurité et en connaissance de cause.

Nous travaillons aussi, grâce au partenariat avec Outremers360 à sensibiliser les jeunes aux signaux de manipulation sur les réseaux sociaux. L’objectif est de leur permettre de développer leur esprit critique, de se faire leur propre opinion et de gagner en liberté de pensée, en dehors de toute manipulation psychologique. Cela me paraît essentiel si l’on veut aider ces jeunes à grandir et à s’intégrer dans la société de manière autonome.

Le second axe concerne la résilience des territoires. Les Outre-mer sont régulièrement confrontés aux cyclones et aux catastrophes naturelles. Grâce à un partenariat avec la Sécurité civile, nous faisons monter en compétence nos cadres et nos volontaires sur les interventions de premier niveau lorsqu’une crise survient.

L’objectif est, demain, de constituer des compagnies de réserve opérationnelle du SMA, capables d’intervenir lors de catastrophes naturelles pour ravitailler les populations, aider à déblayer ou participer à la reconstruction. Cela permet aussi aux forces armées de rester concentrées sur leurs missions de défense et de sécurité, dans une logique complémentaire.

Quel message souhaitez-vous adresser aux jeunes ultramarins qui hésitent encore à pousser la porte du SMA ?

Je leur dirais que le SMA est une véritable chance : une chance de se former, de reprendre confiance en soi et de construire un avenir solide.

On y apprend un métier, bien sûr, mais aussi des valeurs essentielles : le respect, l’engagement, le sens de l’effort.

Cette jeunesse ultramarine a énormément de qualités. Pour beaucoup, elles ne demandent qu’à être révélées. Le SMA est là pour leur donner cette chance.

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