L’atterrage de Honomoana, une des pièces maîtresses du réseau de câbles sous-marins de Google dans le Pacifique, a débuté ce mardi à Tahiti. Moetai Brotherson voit dans ces nouvelles liaisons, vers San Diego, le Chili, Fidji, Guam ou l’Australie, un boom et une sécurisation de la connexion internationale de la Polynésie, mais aussi un levier inédit de développement du numérique. Mais ces ambitions sont encore lointaines. Google, discret sur son calendrier, doit encore faire sortir de terre des « control center » à Papenoo et Faratea. Surtout, les capacités sur les câbles du géant américain restent à négocier et impliqueront de nouvelles dépenses pour l’OPT. Explications de notre partenaire Radio 1 Tahiti.
Des kilomètres de câbles et de gros engins à la place des cages de foot, sur la pelouse du stade de Papeno’o, district de la côte nord-est de Tahiti, où atterri déjà le premier câble sous-marin de Polynésie, Honotua.
C’est là que les techniciens de la compagnie Subcom s’affairaient ce mardi matin, pour une nouvelle opération d’atterrage d’un câble sous-marin. Pas n’importe lequel, le câble Honomoana qui fait partie du programme « Pacific Connect initiative » lancé par Google en 2023. Le géant du numérique déploie dans toute la région de la fibre optique à haute capacité et a choisi Tahiti comme un des points d’ancrage.
Après l’atterrage de Bulikula, qui court vers Fidji, Honomoana est le deuxième câble Google à être atterré à Tahiti, en attendant Halaihai, vers Guam et l’Asie, puis Humboldt, qui reliera le Chili. Mais c’est bien une des pièces maîtresses de ce futur réseau : le « brin » en cours d’installation reliera Tahiti à San Diego et sera complété, côté Presqu’île, par un tronçon reliant la Nouvelle-Zélande et l’Australie.
Un calendrier de déploiement qui court jusqu’à fin 2027
À l’inverse de ce qui avait été fait pour le compte de l’OPT et de ses câbles Honotua, Manatua et Natitua, Subcom déploie de la terre vers la mer sur le rivage de Papeno’o. Les deux premiers kilomètres doivent être installés ces jours-ci, et un navire câblier, pas encore en vue, passera au large raccrocher ce brin au câble transpacifique. Des opérations qui seront complétées dans les prochains mois, par des chantiers à terre.
Contrairement à ce qui avait été un temps évoqué par le gouvernement, Google n’a pas prévu de « data center » à Tahiti -contrairement à l’OPT qui doit en construire un nouveau- mais des « control centers », dédiés spécifiquement à la gestion des câbles. Le premier doit sortir de terre sur le terrain de Tahiti Nui Telecom, sur les hauteurs du site d’atterrage de Papeno’o.
Moetai Brotherson, qui était sur place ce mardi matin avec une bonne partie de son gouvernement, précise qu’un autre centre de contrôle sera installé dans la zone biomarine de Faratea, sur la presqu’île de Tahiti, pour raccorder les tronçons partant de part et d’autre de l’isthme de la Presqu’île.
Les atterrages vont donc s’enchaîner « d’ici la fin 2027 ». Mais le calendrier précis d’entrée en opération du réseau est tenu discret par Google. Et par le Pays, qui a signé des accords de confidentialité avec la firme de Mountain View. Ce qui n’empêche pas l’exécutif d’attendre beaucoup du futur raccordement.
Incertitude sur les coûts
Les câbles Google vont avant tout permettre la sécurisation de la connexion internationale, sujet des plus importants vu les incidents à répétition à Hawaii ces derniers mois, et la panne de Manatua, hors service depuis le mois d’août après une avarie technique en eau profonde au large de Samoa.
Ce câble de « back-up » de Polynésie, qui appartient à un conglomérat régional dont fait partie l’OPT, attend toujours, pour être réparé, de trouver un navire câblier disponible. Pas facile, à l’heure où Google tisse son réseau dans tout le Pacifique. Une fois qu’il sera actif, « il y aura quasiment zéro possibilité qu’on perde la connectivité Internet », note le président du Pays, qui reconnait qu’en attendant, la Polynésie se trouve dans une situation de fragilité particulière.
Moetai Brotherson a aussi évoqué une hausse générale du débit pour les usagers, particuliers, professionnels ou administrations. Si la Polynésie ne loue qu’une part « marginale » de Honomoana, cela représenterait « 10 à 50 fois » la capacité actuelle offerte par Honotua, même si le câble Tahiti-Hawaii n’est aujourd’hui utilisé qu’à la moitié de sa capacité.
Encore faudra-il, pour cela, contractualiser. Car là aussi, l’enthousiasme du début a laissé place à la réalité économique : les capacités sur les câbles, Google ne les offrira pas à la Polynésie, mais les facturera, et les tarifs sont en discussion avec l’OPT. L’office n’aura certes pas à amortir le prix des câbles, entièrement payés par la firme américaine, mais devra aussi, pour disposer d’un système cohérent, s’offrir des équipements ou des prestataires sur la côte Ouest des États-Unis, notamment pour relier San Diego et Los Angeles, où Honotua va « chercher » la connexion internationale du pays.
Aussi, l’idée, développée ces dernières années, selon laquelle les câbles Google vont mécaniquement faire baisser le coût de revient de la bande passante et donc, en bout de chaîne, les factures des usagers, reste à étayer.
Hina Delva, PDG de l’OPT et directrice générale par intérim d’Onati, assure de la détermination de son groupe à « sécuriser davantage » la connexion polynésienne, mais joue la prudence sur les questions tarifaires. « Nous sommes en discussion avec Google », assure la dirigeante. « J’attends d’avoir le coût global des équipements à mettre en place, et on verra à ce moment-là la tarification, qui sera inhérente aux coûts que l’on pourra supporter », note la responsable.
Résister à la « tentation » de loger toutes les données à l’étranger
Côte Pays, on regarde tout de même cette arrivée avec optimisme. Moetai Brotherson compte sur « l’opportunité » Google –qui aurait été très discutée au FIP et que certains dirigeants, calédoniens notamment, regretteraient d’avoir « ratée »– pour donner de l’élan à l’économie numérique en Polynésie, et parle de développement de nouveaux outils, via l’IA notamment, très gourmande en bande passante.
Le chef du gouvernement avertit tout de même qu’un éventuel « boom » de la connectivité du pays pourrait augmenter la tentation des entreprises et administrations de déporter leurs services et leurs données en dehors du Pays. « Nous, ce qu’on veut, parallèlement à ce projet Google, c’est développer le cloud souverain polynésien, et puis des intelligences artificielles qui soient spécifiques à la Polynésie, dans des domaines bien particuliers. »
« On peut imaginer des IA dédiées à la surveillance à la ZEE, dans l’analyse des données sociologiques. On peut imaginer plein de choses, et ces données-là sont importantes et n’ont pas vocation à être partagées avec le monde entier », a conclu le chef de l’exécutif polynésien.
Charlie René pour Radio 1 Tahiti

