Plus de trois ans après la pose de sa première pierre, la zone Aruhotu Biomarine de Faratea vient d’achever ses travaux d’aménagement. Quelque 3,4 milliards de francs ont été mobilisés par le Pays pour équiper ce site de 33 hectares destiné à accueillir des entreprises aquacoles. Mais il faudra encore attendre avant de voir les premiers élevages dans les bassins : les premières productions des quatre porteurs de projets retenus sont attendues fin 2028. Un sujet de notre partenaire Radio 1 Tahiti.
À Faratea, l’achèvement des aménagements de Aruhotu Biomarine marque moins l’arrivée au bout du projet que le début de sa phase économique. Reste désormais aux entreprises à aménager leurs parcelles et à construire leurs propres unités de production.
Sur plus de 30 hectares en bord de mer, huit lots ont été délimités pour accueillir des entreprises spécialisées dans l’aquaculture. Le Pays s’est chargé du socle commun : des installations de captage et de pompage permettront d’alimenter les futures exploitations en eau de mer, tandis que des conduites assureront le rejet au large des eaux traitées.
Pour l’heure, ils sont quatre porteurs de projet à avoir été retenus autour de quatre espèces : Tahiti Marine Aquaculture, dirigée par Moerani Lehartel, pour le bénitier ; Tahiti Marine Products, d’Auguste Buluc, pour l’holothurie à mamelles blanches ; Aquapac, dirigée par Teva Siu, pour la crevette bleue ; et Ostrea, de Marotea Vitrac, pour l’huître de bouche.
Certains projets ont depuis été redimensionnés et un lot doit encore être remis en attribution. Le ministre de l’Agriculture Taivini Teai assure que d’autres candidats se sont déjà manifestés, notamment autour de la mise en culture d’algues.
La prochaine échéance est fixée au quatrième trimestre 2026. « La signature des baux est prévue pour la fin du mois d’octobre, début du mois de novembre », précise-t-il. Les entreprises devront ensuite présenter leurs avant-projets et réaliser les études environnementales nécessaires avant de lancer leurs chantiers.
« Certains d’entre eux sont déjà prêts, certains sont déjà dans les starting-blocks. » Les premières installations pourraient ainsi débuter au premier trimestre 2027. La production, elle, n’est pas attendue avant fin 2028, avec une montée en puissance progressive jusqu’à une exploitation complète du site envisagée autour de 2031.
Le prix des ambitions
Le calendrier du projet s’est étiré. Lors de la pose de la première pierre, en février 2023, le précédent gouvernement annonçait encore l’accueil des entreprises à partir de 2025. Trois ans plus tard, le ministre reconnaît que « ce projet démarre avec un peu de retard », alors que les exploitants doivent encore bâtir leurs installations.
La facture a elle aussi changé d’échelle : alors qu’une enveloppe publique de 1,82 milliard de francs était évoquée en 2020 pour équiper le site, le ministre chiffre désormais le budget global du Pays à environ 3,4 milliards.
Malgré ces délais, le projet conserve sa vocation initiale. Aruhotu doit permettre de concentrer sur un même site plusieurs productions et de développer un modèle d’aquaculture dite « multitrophique ». Le principe : faire cohabiter des espèces complémentaires afin que les rejets organiques produits par certains élevages puissent servir de ressources à d’autres.
Au-delà de la production destinée au marché local, Faratea doit servir de rampe de lancement à des filières susceptibles d’essaimer ensuite dans les archipels. « La maîtrise du cycle de développement des holothuries est une première mondiale, elle a été réalisée en Polynésie », insiste le ministre, qui met également en avant la maîtrise de l’écloserie des bénitiers. « Maintenant, il est important de soutenir ces entreprises et leurs porteurs de projets, parce qu’ils souhaitent tous monter en production. »
À terme, le gouvernement table sur « 80 à une centaine de personnes » employées directement sur les exploitations, auxquelles pourraient s’ajouter des emplois liés à leur fonctionnement, notamment dans le transport et les livraisons.
La crevette bleue déjà sous pression
Mais l’une des productions phares de Faratea aborde cette nouvelle étape en pleine turbulence. La filière crevette bleue subit depuis 2023 d’importantes mortalités de juvéniles, désormais attribuées par le Pays au virus Taura. Une crise qui frappe directement Aquapac, l’un des porteurs de projets retenus à Faratea, en charge de son exploitation.
Son dirigeant, Teva Siu, estime avoir perdu « plus de la moitié » de sa production. « Aujourd’hui, on est dans une situation économique extrêmement délicate », explique-t-il. Son projet à Faratea reste d’actualité, mais son calendrier pourrait en pâtir. « Même si on a un projet qui est assez bien abouti, le timing pour le démarrer n’est pas bon. »
L’entreprise sollicite désormais un soutien du Pays pour traverser cette période. Teva Siu reste convaincu qu’une fois la crise sanitaire maîtrisée, Faratea permettra à son entreprise de « doubler la production actuelle ». « Tout ce dont on a besoin aujourd’hui, c’est du temps. Et pour nous aider à passer ce temps-là, il faut quand même l’aide du Pays. »
Après des années consacrées aux études, aux réseaux et aux infrastructures, Aruhotu entre ainsi dans une phase autrement décisive : celle où les milliards investis dans le site devront se traduire en fermes, en emplois et en production.
Apollonia Elia pour Radio 1 Tahiti

