S’appuyant sur une analyse génétique de 1 050 Polynésiens, une étude, qui a fait la une du prestigieux magazine Science début octobre, détaille un nouveau modèle de migration par étapes du Pacifique. Les auteurs, principalement américains, estiment au passage que les populations de Rapa Nui et Hawaii viennent des Gambier et pas des Marquises traditionnellement considérées comme un « hub » de migration de la zone. Elles partagent « une proximité génétique unique » parmi les populations du Pacifique, affirment les chercheurs. Un sujet de notre partenaire Radio 1 Tahiti.
Le magazine américain Science a fait sa « une » du mois d’octobre sur de nouvelles théories pour expliquer le peuplement des îles du Pacifique, et notamment de la Polynésie orientale. Les scientifiques se sont appuyés sur l’analyse génétique de 1050 personnes, provenant de l’ensemble du triangle polynésien, pour proposer un modèle de migration par étapes, structuré comme des « poupées gigognes » : un sous-groupe d’une population partait coloniser une île, un sous-groupe de ce sous-groupe colonisait plus tard une autre île…
Cette colonisation par étapes successives a provoqué, d’après l’étude, dont les signataires sont principalement américains mais parmi lesquels on trouve aussi l’infirmière de la Direction de la Santé Vahinetua Rodiere, aurait provoqué des « goulots d’étranglement génétiques ». En clair : la diversité génétique s’est réduite d’île en île, ce qui a augmenté la fréquence de certaines mutations spécifiques au sein de la population polynésienne.
« À l’aide de séquençages du génome entier couvrant l’ensemble de la Polynésie, nous démontrons que deux des populations ayant subi les goulots d’étranglement les plus importants sont celles de Hawaii et de l’île de Pâques (Rapa Nui) et que ces deux îles, génétiquement très proches mais géographiquement éloignées, ont probablement été colonisées par les mêmes « ultra-voyageurs » dont les racines ancestrales remontent à Mangareva », peut-on lire dans le résumé de l’article, qui bouscule donc l’idée selon laquelle les Marquises sont le principal « hub » de migration de la Polynésie orientale.
Une théorie qui sera sûrement débattue et confrontée, comme c’est souvent le cas pour les études génétiques, aux données archéologiques et culturelles amassées depuis des décennies sur le terrain en Polynésie.
L’étude décrit aussi certaines spécificités génétiques très rares, à l’échelle mondiale, chez une partie des populations étudiées. « En étudiant les génomes d’individus issus de différentes populations de Polynésie, Cole Shanks et les autres scientifiques, auteurs de l’article, ont constaté que ces populations avaient subi des goulots d’étranglement démographiques plus marqués que d’autres populations fondatrices bien connues, telles que les Finlandais, et que l’intensité de cet effet augmentait au fil des migrations successives », explique Corinne Simonti, rédactrice en chef adjointe de Science.
Lucie Rabréaud pour Radio 1 Tahiti

