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L'Assemblée de la Polynésie française réclame une mission de l'ONU que Paris a toujours refusée
©Assemblée de la Polynésie française

L'Assemblée de la Polynésie française a voté jeudi une résolution, par 54 voix sur 57, pour une mission de l'ONU dans cette collectivité d'outre-mer afin d'obtenir une « appréciation directe et objective » de sa situation et des aspirations de sa population.

Le principe de cette mission, réclamée de longue date par les indépendantistes, a toujours été rejeté par la France. Une demande formulée notamment depuis la réinscription de la Polynésie sur la liste des territoires à décoloniser de l’ONU, en mai 2013.

L'État estime que l'avenir statutaire de la Polynésie française -maintien de son autonomie dans la République ou accession à la souveraineté- doit se régler par un dialogue direct avec le territoire, sans intervention de l'ONU. L’État n’a toutefois jamais ouvert ce dialogue, ni depuis 2013, ni avant.

Dans un rare esprit de consensus, les trois principales formations politiques locales (autonomistes, indépendantistes modérés et indépendantistes radicaux) ont convenu de l'importance de cette mission, mais aussi du dialogue avec la France.

Leurs objectifs divergent toutefois : les indépendantistes veulent prouver que la Polynésie doit être décolonisée, tandis que les autonomistes, proches de la France, assurent qu'elle se gouverne déjà librement. Pour garantir ce compromis, le terme « autodétermination » a été retiré du titre de la résolution qui se concentre sur la mission sollicitée auprès de l'ONU.

« On veut dialoguer »

L'ancien président de la Polynésie française et leader autonomiste Edouard Fritch a ainsi affirmé que « signer cette résolution ne signifie » ni « choisir l'indépendance » ni « engager un processus d'autodétermination ».

Lire aussi : Polynésie : Trois groupes politiques de l’Assemblée territoriale s’unissent pour faire avancer le processus d’autodétermination

Indépendantiste modéré, le président polynésien Moetai Brotherson préfère prendre le temps de préparer la souveraineté : « L'avenir de notre pays doit être décidé par notre peuple au terme d'un processus démocratique (...) reconnu internationalement. »

« On veut dialoguer », a abondé le président de l'Assemblée locale Antony Géros. Cet indépendantiste radical a toutefois estimé qu'une mission onusienne constaterait les obstacles au développement économique de la Polynésie. Lors du vote, seuls deux élus autonomistes se sont abstenus, jugeant le Comité de l'ONU inapte à évaluer une démocratie. 

« Beaucoup de ces pays sont en guerre, il y a beaucoup de corruption, dans certains de ces pays les élections ne se tiennent pas normalement : imaginez qu’ils viennent en Polynésie dire ce qui est bien ou pas bien en matière d'éducation, de santé ou d'économie », s'est indigné Nuihau Laurey auprès de l'AFP.

Le leader indépendantiste Oscar Temaru était lui absent lors du vote et n'avait pas donné de procuration. En août, il avait annoncé vouloir déclarer « l'accession de la Polynésie française à sa pleine souveraineté » devant la quatrième commission de l'ONU chargée de la décolonisation début octobre.

Mais coup de théâtre, après le vote : de retour dans l'hémicycle, Oscar Temaru a fustigé cette « osmose » partisane. Le leader de 81 ans a mis en garde les élus : « Vous avez peut-être pensé que j'allais mourir, non ? Je ne suis pas encore mort, je suis là et je serai là. »

Comme chaque année depuis la réinscription de la Polynésie française sur la liste onusienne des territoires à décoloniser, plusieurs délégations du territoire -autonomistes et indépendantistes- se rendront à New York pour plaider leur cause devant la commission spéciale chargée des questions de décolonisation avec, cette année, cette résolution de l’Assemblée locale.

Avec AFP