INTERVIEW. L'entrée en vigueur du BBNJ permettra à la Polynésie et aux États du Pacifique « de travailler ensemble à la préservation » de l’Océan, assure Alexandre Rochatte, Haut-commissaire de la République

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INTERVIEW. L'entrée en vigueur du BBNJ permettra à la Polynésie et aux États du Pacifique « de travailler ensemble à la préservation » de l’Océan, assure Alexandre Rochatte, Haut-commissaire de la République

Le 28 janvier à Tahiti, l’Ifrecor Polynésie, l’État et le Pays organisent la seconde édition de « Te Mana o Te Moana Nui a Hiva – Unir nos actions pour préserver le Mana de notre Océan », afin de célébrer la réussite de la mobilisation collective polynésienne lors de l’UNOC3 et d’inscrire cette dynamique dans la mise en œuvre du traité BBNJ sur la haute mer. Dans une interview exclusive à Outremers360°, le Haut-commissaire de la République en Polynésie française, Alexandre Rochatte, souligne l’importance du « travail partenarial qui associe l’État et le Pays, mais aussi les acteurs de la recherche, les associations et les acteurs de l’économie bleue », et ce afin que la Polynésie française soit « force de propositions pour définir le futur cadre des aires marines protégées en haute mer, et contribue à identifier des espaces pertinents pour la protection de la biodiversité en haute mer dans le Pacifique. »

Le traité relatif à la préservation de la biodiversité en haute-mer, dit BBNJ (Biodiversity Beyond National Jurisdiction), est entré en vigueur le 17 janvier dernier. Est-ce une bonne nouvelle pour la Polynésie française ?

L’entrée en vigueur du traité BBNJ, c’est d’abord et surtout la grande réussite de l’UNOC, à Nice, en juin dernier. Cette conférence internationale dédiée à l’océan a clairement eu un effet d’accélération du nombre de ratifications du traité. Les 60 ratifications nécessaires ont été obtenues dès septembre 2025 et, à ce jour, nous en sommes à 81.

La mobilisation polynésienne pour cette conférence, qui a été exceptionnelle, et qui s’est inscrite dans une dynamique régionale de préservation du Grand Océan Pacifique, a clairement contribué à ce grand succès du multilatéralisme. Là où la Convention de Montego Bay, relative au droit de la mer, avait mis douze ans à entrer en vigueur, il ne s’est pas passé trois ans entre la signature du traité BBNJ et son entrée en vigueur.

Les Polynésiens, peuple de l’Océan par excellence, partagent leur biodiversité marine, leurs ressources halieutiques, leurs grands fonds marins, avec leurs voisins de Pacifique. Le traité BBNJ va leur permettre de travailler ensemble à la préservation de ce bien commun au-delà de leurs frontières maritimes. Ce traité fourni en effet le cadre législatif international pour protéger, notamment par le biais d’aires marines protégées, la biodiversité dans les eaux internationales.

Donc oui, l’entrée en vigueur du traité BBNJ est une très bonne nouvelle pour la Polynésie française.

Le Président de la Polynésie française a d’ores et déjà annoncé ses intentions, en identifiant trois zones prioritaires de haute mer d’intérêt stratégique pour la Polynésie française : à l’Ouest des îles de la Société, entre les Gambier et Rapa, entre les Gambier et les Marquises. Comment travaillez-vous avec la Polynésie française sur ces enjeux de la haute mer ?

Depuis l’UNOC, et les décisions que le Président Brotherson a prises, nous continuons le travail partenarial que nous avons initié dès la fin de l’année 2024 en vue de la Conférence de Nice. Ce travail partenarial associe bien sûr l’État et le Pays, mais aussi les acteurs de la recherche, les associations et les acteurs de l’économie bleue, réunis au sein du Cluster maritime de Polynésie française.

Lors du dernier comité d’orientation stratégique maritime et portuaire (COSMER), instance de dialogue regroupant les acteurs que je viens de citer, nous avons décidé d’élaborer un protocole d’accord pour mettre en œuvre les décisions de l’UNOC. Ce document est en cours de rédaction. Il comprendra bien évidemment un volet pour soutenir l’action de la Polynésie française au niveau international.

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Nous avons déjà initié les discussions avec le ministère en charge de l’environnement, afin que la Polynésie française soit, comme pour l’UNOC, force de propositions pour définir le futur cadre des aires marines protégées en haute mer, et contribue à identifier des espaces pertinents pour la protection de la biodiversité en haute mer dans le Pacifique.

La première conférence des parties (COP) de BBNJ devrait avoir lieu en début d’année 2027. La Polynésie française sera-t-elle prête à présenter ses premières demandes de reconnaissance d’aires marines protégées de haute mer ?

L’entrée en vigueur du traité BBNJ ne signifie pas que tout est déjà prêt. En réalité, tout commence. La première COP aura surtout pour vocation de définir les règles de fonctionnement des instances et les modalités de protection de biodiversité en haute mer dont les critères et mesures attendues pour la mise en place d’aires marines protégées. Les premières désignations formelles ne devraient donc pas aboutir avant quelques années.

Pour autant, il est nécessaire d’engager le travail dès maintenant. La première étape, c’est d’identifier les zones importantes à protéger pour préserver la biodiversité marine régionale sur la base de données scientifiques caractérisant l’importance des zones pour les habitats et les espèces marines ainsi que les pressions qui s’exercent sur elles. L’État, notamment à travers ses organismes de recherche et ses experts techniques comme l’Office français de la biodiversité, pourra accompagner la Polynésie française dans cette étape fondamentale, comme il le fait déjà pour la préservation de l’environnement marin au sein de l’espace maritime polynésien.

Pour proposer des AMP de haute mer, il faudra aussi se mettre d’accord avec les Etats et territoires voisins, ainsi qu’avec les organisations régionales qui ont déjà un mandat d’action sur ces espaces, comme les organisations régionales de gestion de la pêche ou encore l’autorité internationales des fonds marins (AIFM). L’État prendra évidemment toute sa part dans ce travail diplomatique, en soutien de la Polynésie française.