L’Observatoire Défense et Climat, en collaboration avec l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), a publié une étude sur « les enjeux sécuritaires des changements climatiques et de la déforestation de la forêt amazonienne ». Elle examine en particulier les enjeux géopolitiques associés à la dégradation ou à la préservation de la forêt amazonienne, ainsi que les implications opérationnelles et capacitaires qu’un éventuel basculement ferait peser sur les forces de sécurité, notamment sur les Forces armées en Guyane.
« Le biome amazonien, communément appelé « forêt amazonienne », couvre le bassin du fleuve Amazone (dit « bassin amazonien ») ainsi que des terres au Nord et à l’Est de celui-ci, comprenant le plateau des Guyanes. En se limitant au biome de forêt tropicale humide, le biome amazonien s’étend sur environ 7,7 millions de km2 », souligne l’étude. L’Amazonie présente deux caractéristiques principales : sa capacité de stockage de carbone, et son cycle hydrologique qui joue un rôle déterminant dans le système climatique mondial.
Le biome amazonien est surtout menacé par la déforestation liée aux activités économiques. Cette destruction des forêts augmente le risque que l’Amazonie atteigne un point de basculement, car elle entraîne une diminution à la fois de la quantité et de la diversité des espèces végétales. Le changement climatique renforce également cette vulnérabilité : la hausse des températures et le stress hydrique qui en résulte provoquent une mortalité accrue des plantes et des arbres. Bien que les pressions climatiques et les actions humaines soient distinctes et obéissent à des mécanismes différents, elles interagissent et génèrent des effets cumulés particulièrement néfastes.
Un basculement, même partiel, du biome amazonien entraînerait des répercussions majeures sur le climat. Le rôle des arbres dans le stockage et la transformation du carbone seraient fortement compromis, en raison de leur raréfaction et de leur dégradation. Cela renforcerait le réchauffement climatique global, et ses impacts se feraient sentir de manière particulièrement marquée au niveau régional. « Les effets directs et indirects feraient ainsi peser un risque majeur sur la sécurité humaine de quelques 43 à 47 millions d’habitants du biome — qu’il s’agisse des populations autochtones ou des résidents urbains — en compromettant leur sécurité hydrique, alimentaire et physique, et en menaçant le patrimoine culturel des populations locales », analyse l’Observatoire Défense et Climat.

Depuis 1998, l’Organisation du traité de coopération amazonienne (ACTO) représente le principal cadre régional dédié à la gestion collective du biome amazonien, avec un accent particulier sur la lutte contre la déforestation. Plus récemment, le Pacte de Leticia, signé en 2019 par les mêmes pays (Bolivie, Brésil, Colombie, Équateur, Guyana, Pérou et Suriname) — à l’exception du Venezuela — a visé à renforcer la coordination face aux crises environnementales et à mettre en place des outils de surveillance satellitaire de la forêt. Toutefois, l’ACTO comme le Pacte de Leticia se heurtent à des blocages politiques et institutionnels. La difficulté majeure tient à la prééminence des souverainetés nationales, qui limite l’émergence d’une véritable gouvernance pan-amazonienne.
« Dans cet espace, la France occupe une position unique dans la coopération internationale sur l’Amazonie en raison de sa présence directe au sein du biome via le département de la Guyane française, malgré une certaine méfiance des États amazoniens à l’égard de la France, liée à leur fort attachement au principe de souveraineté nationale », précise l’étude. Il existe toutefois une coopération stratégique entre les forces de sécurité de la Guyane française et de ses voisins (Suriname, Guyana et Brésil) à travers des opérations de surveillance conjointes et des échanges d’informations.

Concernant la France, les Forces armées en Guyane (FAG) jouent un rôle majeur, en particulier dans le cadre de l’opération Harpie. Leurs actions sont de plus en plus influencées, tant dans leur intensité que dans leur nature, par les effets du changement climatique et par la déforestation. Les missions se multiplient en raison du nombre croissant de personnes se tournant vers l’orpaillage illégal pour subvenir à leurs besoins. Elles se diversifient également, notamment avec l’augmentation des opérations d’aide humanitaire et des interventions de secours d’urgence lors de catastrophes.
Cependant, face à des exigences accrues, l’adaptation des FAG « demeure lente, car les ressources disponibles sur le territoire sont déjà fortement sollicitées et sous tension », signale l’Observatoire Défense et Climat. Premièrement, la lutte contre l’orpaillage illégal et les autres formes de trafic s’appuie de plus en plus sur des opérations de surveillance aérienne, dont le coût ne cesse de croître. Deuxièmement, si les épisodes d’assèchement des cours d’eau continuent de se multiplier, l’accès à certaines bases militaires avancées depuis le poste de commandement interarmées de Cayenne pourrait devenir plus complexe.
Troisièmement, une partie des équipements militaires actuellement utilisés montre ses limites face aux évolutions des conditions environnementales et climatiques, auxquelles ils ne sont pas entièrement adaptés. « Enfin, les personnels militaires déployés en Amazonie pourraient être physiquement affectés par l’allongement des périodes de sécheresse et la hausse des températures moyennes dans la région », avance l’étude.
PM
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