Treize personnes accusées d'avoir orchestré les émeutes de 2021 en Guadeloupe jugées en Martinique

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Treize personnes accusées d'avoir orchestré les émeutes de 2021 en Guadeloupe jugées en Martinique

Projet d'attaque de l'aéroport, incendie du service pénitentiaire, barrages enflammés: treize personnes comparaissent à partir de lundi à Fort-de-France, en Martinique, accusées d'avoir orchestré les violences qui ont paralysé la Guadeloupe fin 2021 en marge de la contestation contre le pass vaccinal.


Devant le tribunal correctionnel, ces douze hommes et une femme sont poursuivis pour "participation à un groupement formé en vue de la préparation de délits", "destruction du bien d'autrui par un moyen dangereux" et complicité de destruction, ainsi que pour avoir projeté d'extorquer des fonds à des élus ou des chefs d'entreprise de Guadeloupe.

Ce procès interroge le basculement d'un mouvement social en violences urbaines dans un archipel déjà marqué par de fortes tensions. Entre novembre 2021 et janvier 2022, la Guadeloupe a connu plusieurs semaines de chaos: barricades généralisées, affrontements nocturnes, pillages, écoles fermées, jusqu'à l'exfiltration de la direction de l'hôpital.
Une crise qui s'explique par le rejet massif de l'obligation vaccinale des soignants contre le Covid-19, mais qui a rapidement dépassé le cadre syndical porté par l'emblématique Union générale des travailleurs de Guadeloupe (UGTG) pour basculer dans la violence organisée, selon l'accusation.
"L'ensemble des violences était parfaitement planifié et organisé", avait affirmé en janvier 2022 le procureur de la République de Pointe-à-Pitre, Patrick Desjardins, dans une annonce fracassante. Il avait ensuite saisi la Juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Fort-de-France, compétente pour les affaires complexes de criminalité organisée.

Plusieurs vagues d'interpellation avaient suivi l'annonce du procureur. Parmi ces "Grands Frères" - surnom des prévenus lié à leur action auprès de la jeunesse -, figurent des membres de gangs locaux, également rapeurs ou médiateurs, estime l'accusation.

  "Procès politique" pour la défense 

Le dossier a cependant été requalifié en octobre 2024. Initialement, il visait des accusations criminelles devant la cour d'assises pour association de malfaiteurs en bande organisée. Le juge d'instruction a conclu à un non-lieu partiel et au renvoi devant le tribunal correctionnel de Fort-de-France, la juridiction rattachée à la JIRS qui a mené les investigations

Selon l'ordonnance de renvoi, consultée par l'AFP, des écoutes téléphoniques évoquent des actions violentes accomplies (l'incendie du Service pénitentiaire d'insertion et de probation de Pointe-à-Pitre le 26 novembre 2021, la destruction d'une concession automobile) et des projets (attaque de l'aéroport et de la sous-préfecture, extorsions).
Un dossier "qui ne tient pas", ont fustigé jeudi lors d'une conférence de presse à Pointe-à-Pitre les avocats des prévenus, tous placés sous contrôle judiciaire.
Ils dénoncent un "procès politique" visant à criminaliser un mouvement social. "Le parquet voulait criminaliser l'affaire, mais c'est finalement en correctionnelle que tout sera jugé", a rappelé Me Ernest Daninthe.
Me Lorenza Bourjac, conseil de Didier L., un policier accusé d'avoir usé de sa fonction pour faciliter l'orchestration des violences, pointe notamment un accès partiel aux écoutes téléphoniques sur lesquelles repose l'accusation.

Sur les 19 personnes initialement mises en examen, seules 13 seront jugées. "Certains (mis en cause) ont bénéficié d'un non-lieu" faute d'éléments probants, a souligné Me Clémentine Plagnol, autre avocate de la défense.
Plusieurs élus devraient être cités comme témoins, notamment le député de Guadeloupe Olivier Serva et le président de région Ary Chalus, qui avaient pris part à des négociations avec les "Grands Frères", qui bénéficient de nombreux soutiens en Guadeloupe. L'ancien procureur de Pointe-à-Pitre, Patrick Desjardins, devrait aussi être entendu.
Le procès doit durer plus de deux semaines.

Avec AFP