Aux portes de la saison des pluies, Météo-France Polynésie alerte sur le risque cyclonique élevé, notamment pour les archipels de la Société et des Tuamotu. En cause, le phénomène El Niño 2026, « carburant » pour cyclones, qui « pourrait devenir le plus intense jamais observé » redoute le directeur adjoint Frédéric Troc. Fortes houles, vents violents, canicules marines, pluies extrêmes… le territoire doit se préparer à une saison cyclonique exceptionnelle. Explications de notre partenaire Radio 1 Tahiti.
Météo-France, accompagnée par des représentants du Haut-Commissariat, a présenté, ce mardi, ses prévisions pour les six prochains mois. En sortie d’une « grande messe » avec les pays du Pacifique et les grands centres météorologiques mi-octobre, le consensus est tombé : le risque cyclonique cette saison est élevé.
« Tous les ingrédients sont là pour qu’un phénomène cyclonique puisse se former sur notre bassin et intéresser la Polynésie au cours de cette saison », affirme Frédéric Troc, directeur adjoint de Météo France en Polynésie Française.
Entre novembre et avril, les îles de la Société et les Tuamotu sont donc à un risque élevé de voir au moins un phénomène tropical nommé, allant d’une dépression modérée à un cyclone. Le risque pour les Australes est modéré et il est faible, voire peu probable, aux Marquises et aux Gambiers. Mais la question désormais est d’en prévoir l’intensité.
Puisque depuis juin, le phénomène El Niño est installé dans les eaux du Pacifique. D’une ampleur exceptionnelle cette année, il réchauffe l’eau en surface au-dessus des moyennes de saison. Cette anomalie climatique sert de « carburant » au cyclone. Selon l’indice RONI (Relative Oceanic Niño Index), qui compare les épisodes de fluctuations des températures océaniques, le phénomène est désormais classé « très fort » par les centres climatologiques. Il devrait atteindre son pic entre novembre et décembre.

« On n’a jamais vu un phénomène El Niño aussi exceptionnel qu’aujourd’hui », appuie Frédéric Troc. « Ça veut dire que potentiellement, en termes d’énergie, l’océan est capable de fournir énormément d’énergie pour qu’un cyclone puisse se former et devenir intense ». Que ce soit par comparaison des épisodes passés ou par simulation des modèles climatiques, l’impact de ce « super El Niño » serait « au-delà de ce qu’on a déjà connu, ou au moins équivalent« , il « pourrait devenir le plus intense jamais observé ».
À titre de comparaison, la saison cyclonique de 1982-1983 avait elle aussi été touchée par un phénomène El Niño « très fort ». Il avait entraîné le passage successif de six cyclones (Lisa, Nano, Orama, Reva, Veena et William) et un lourd bilan de 16 morts, 200 blessés et 25 000 sinistrés. Le montant des dégâts était estimé à 84 millions d’euros.
Des anomalies climatiques « bien supérieures à la moyenne »
Les effets d’El Niño se font déjà ressentir en Polynésie, notamment avec la dépression Wati qui s’est rapprochée des Australes à la mi-octobre.
Au-delà du risque cyclonique, c’est également des fortes houles, des vents violents, des canicules marines et des pluies extrêmes auxquelles se préparent Météo France et le Haut-Commissariat. « Il pourra tomber plusieurs mois de précipitation en plusieurs heures », alerte le commandant David Baraglia, chargé des risques majeurs et de la gestion de crise à la direction de la protection civile.

Un schéma typique d’El Niño, le nord du territoire accueille davantage de précipitations tandis que le sud s’assèche, mais avec une intensité « extrême » selon Météo France. « On peut s’attendre à des pluies bien supérieures à la climatologie habituelle, sur l’archipel des Marquises et le nord des Tuamotu », note le directeur adjoint, Frédéric Troc. « Ça veut dire des quantités de pluie qui peuvent aller ponctuellement jusqu’à 5-10 fois ce qu’on attend. »
En termes d’exemple : « pour un mois donné, il tombe 100 mm. Là, il peut tomber 1000 mm dans le mois. C’est colossal. 1000 mm, c’est 1000 litres d’eau au mètre carré. »
Des épisodes intenses « synonyme d’inondation et de glissements de terrain » selon Frédéric Troc, « si jamais on n’a pas été préparé pour ça ». Une préparation qui a déjà débuté pour le Pays, l’État et les communes, réunis pour un exercice coordonné début octobre. Deux brochures d’informations à destination de la population sont mises à disposition sur le site du Haut-Commissariat.
Clara Molinas pour Radio 1 Tahiti
De Veena à Oli, les cyclones qui ont marqué la Polynésie ces 40 dernières années : Dans la liste remarquable d’enchaînement de dépressions et cyclones en 1982-1983, c’est Veena qui s’est durablement ancré dans la mémoire collective polynésienne. Entre le 8 et le 14 avril 1983, le cyclone traverse la Polynésie du Sud des Marquises à l’Est des Australes, en formant une boucle l’amenant sur le nord-ouest l’archipel des Tuamotu et les îles de la Société, notamment Tahiti. Veena atteindra le stade de cyclone de catégorie 3 sur l’échelle Saffir-Simpson, engendrant des vents de 185 à 200 km/h à son pic d’intensité, entre les Tuamotu et la Société. Veena a fait une victime par électrocution, 200 blessés et 25 000 sinistrés. Quelques semaines plus tôt, du 13 au28 février, le cyclone Orama a eu la même intensité et a traversé l’ouest des Tuamotu, faisant des dégâts sur une trentaine d’atolls dont Rangiroa, le plus grand et le plus peuplé. Reva, ou Rewa, de catégorie 2 selon l’échelle Saffir-Simpson, avait concerné l’extrême nord-ouest des Tuamotu et les côtes nord des îles de la Société, sans directement les toucher. Son passage a exacerbé les destructions d’Orama sur les atolls des Tuamotu, ajoutant 200 foyers détruits au bilan de son prédécesseur. Lisa (10 au 18 décembre), Nano (21 au 29 janvier), Prema (25 février au 6 mars) et William (15 au 23 avril) ont également participé à cette saison remarquable par son intensité dans le bassin Pacifique sud-est, entre les Fidji et la Polynésie française. Il faudra attendre la saison 97-98 pour retrouver une intensité similaire, bien que la Polynésie française eût été épargnée des systèmes cycloniques les plus destructeurs. Du 25 octobre au 5 novembre 1997, le cyclone de catégorie 3 Martin a tout de même frôlé les îles de la Société par le sud, et les Australes par le nord. ![]() Fin novembre de la même année, le cyclone Osea, de catégorie 2, a traversé le nord-ouest des îles de la Société, engendrant des dégâts considérables sur les îles de Maupiti, Bora Bora et Raiatea, avec plus de 700 foyers détruits. C’est l’île de Maupiti qui a davantage souffert, avec environ 95% des infrastructures détruites, notamment la mairie, deux écoles et l’aérodrome. Cette saison a également été marquée par Ursula et Veli. De catégorie 1, ce dernier a surtout eu un impact sur le nord-ouest des Tuamotu, entre Mataiva et Makatea en passant par Rangiroa. Le dernier cyclone en date en Polynésie française remonte à fin janvier 2010 avec Oli, cyclone de catégorie 3 selon l'échelle Saffir-Simpson, passé sur l’ouest des îles de la Société et les Australes. Oli a fait une victime sur l’île de Tubuai, et de nombreuses destructions, notamment aux Australes, aux îles sous-le-vent et plus marginalement, à Tahiti. |


