Michel Bourez, surfeur de Polynésie qui a fait partie de l’élite mondiale de la discipline depuis 2008, sort son autobiographie Spartan, aux éditions Au Vent des Îles. Un exercice réalisé avec l’aide du journaliste de L’Équipe David Michel, dans lequel il se livre sans concession, de sa rencontre avec le surf à son enlèvement au Brésil, en passant par sa dépression, il y a deux ans, quand il sort du circuit professionnel.
Né sur l’île de Rurutu, dans l’archipel des Australes, rien ne laissait présager que Michel Bourez se hisserait parmi les plus grands surfeurs de la planète, tutoyant des légendes, des « idoles », comme Kelly Slater. Sa rencontre avec le surf, il la compare à « un coup de foudre », au détour d’une balade sur une plage de Tahiti, avec son père.
Encore jeune, Michel Bourez hésite d’ailleurs encore entre le football, le va’a et le surf. Finalement, les vagues de Tahiti, et notamment la mythique Teahupo’o, prendront le dessus et c’est en 2005 que Michel Bourez remporte sa première compétition, à Las Palmas. La première d’une longue lignée puisqu’il s'impose au total sur six compétitions, à Hawaii, au Brésil et en Australie. Sur le circuit professionnel, le surfeur tahitien occupe plusieurs fois le top 10, dont deux années numéro 5 mondial.
Deux ans après avoir quitté le Tour, Michel Bourez s’est donc livré à un nouvel exercice, celui de se raconter, une première pour un athlète tahitien. « L'idée de ce livre est venue par mon ami David Michel, qui travaille à L'Équipe. Il a couvert le surf pendant des années, depuis 2009. On se connaît très bien. Et lorsque je suis sorti du tour il y a deux ans, il est venu, il m'a approché, il m'a demandé si j'étais pour, qu'il raconte mon histoire (…). Je lui ai dit oui parce que c'est quelqu'un que j'apprécie beaucoup et je pensais que ça pouvait apporter quelque chose dans les générations futures ».
Pour Michel Bourez, il fallait bien une personne de confiance pour recueillir ses confidences. « Si c'était quelqu'un d'autre, je ne l'aurais pas accepté. C'est parce qu'on se connaît très bien que j’ai pu m'ouvrir à lui. Je ne cache rien en général avec lui. C'est ça qui a facilité la relation entre l'écrivain et moi (…). Si ça n'avait pas été lui, il n'y aurait pas eu de livre ».
L’autobiographie, présentée mercredi soir à Paris, est loin du récit épique à la gloire des surfeuses et surfeurs qui suscitent l’admiration, voyagent aux quatre coins du monde, et sur les plus beaux spots de la planète. Michel Bourez et David Michel ont voulu dire « la vérité » : les sacrifices, les blessures, les échecs, les événements traumatiques et la dépression. « Je parle de ma dépression lorsque je suis sorti du tour. Ce ne sont pas des choses faciles à aborder ».

C’était en 2024, raconte le surfeur, alors qu’il souhaite ardemment représenter son pays aux JO de Paris 2024. « Quand j'ai entendu que ça allait être à Tahiti, je me suis dit : On a besoin d’un représentant de chez nous. Vu que je suis déjà sur le tour, je vais essayer de me qualifier. Comme ça, au moins, c'est réglé et on a une chance d'avoir notre drapeau de Tahiti dans les Jeux ».
Une blessure va toutefois empêcher Michel Bourez de poursuivre le tour et donc, le Tahitien perd ses chances de sélection pour Paris 2024. « C'est des moments qui n'ont pas été faciles pour moi, pour ma famille aussi, pour ma femme. C'était bien de faire comprendre aux gens que peu importe qui tu es, ça peut te toucher aussi et qu'il faut faire très attention ».
Michel Bourez compare sa dépression à une chute « dans un trou ». « C'est toi qui choisis quand tu veux sortir ou pas. Mais il ne faut pas avoir peur et surtout, il ne faut pas avoir honte d'aller demander de l'aide à des professionnels et d'en parler. Parce que c'est quelque chose qui est très difficile à gérer et il ne faut pas prendre ça à la légère », insiste le champion.

Malgré ce passage, Michel Bourez participera aux épreuves de surf de Paris 2024 en tant que commentateur, et salue la victoire historique de Kauli Vaast. « C'était l'objectif premier, c'était de voir un Tahitien réussir chez nous (…). Il n'y avait personne de mieux que lui pour pouvoir réussir cette compétition. C'est un natif de Teahupo’o aussi. Il habite juste à côté. Il est très respectueux et adorable. C'est quelqu'un qui a prouvé qu'il faisait partie des meilleurs, et battre les meilleurs. Il a eu de la chance d'être suivi par son « grand frère », Jérémy Flores, et toute l'équipe de France aussi qui ont aidé à l'amener au titre ».
Dans son autobiographie, Michel Bourez y raconte aussi sa relation complexe avec Teahupo’o : « j'ai toujours tout donné pour cette vague ». Chaque année, Tahiti et la vague du bout du monde font partie des dix étapes du tour mondial. « C'est l'événement où j'aurais voulu remporter. C'était la raison pour laquelle j'avais envie de me qualifier, surtout sur le Tour (…). Le fait de perdre à chaque fois très tôt, c'était très difficile pour moi, à chaque fois ». Il faut préciser qu’aucun surfeur tahitien n’a jusqu’ici remporté l’étape du tour mondial à domicile. Seule la surfeuse Vahine Fierro s’y était imposée en 2024, quelques semaines avant Paris 2024.
Dans une carrière de surfeur, « on ne voit pas le côté caché de l'iceberg », résume Michel Bourez qui, avec cette autobiographie, rappelle ainsi que les sportifs de haut niveau peuvent avoir des failles et que, pour les surpasser, « il faudra être encore plus fort qu'avant ». « C'est ça qu'on a voulu mettre en avant (…). J'ai tout raconté, je me suis ouvert dans ce livre et j'espère que ça va servir à un jeune plus tard ».

