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Aurore Klepper, directrice de la French Tech Nouvelle-Calédonie, veut connecter les start-ups calédoniennes au Pacifique et à l’international
©DR / French Tech Nouvelle-Calédonie

À la tête de la French Tech Nouvelle-Calédonie, qui rassemble aujourd’hui 52 start-ups membres actives et anime un écosystème d’environ 100 start-up et scale-up à l’échelle du territoire, Aurore Klepper défend une conviction : dans un territoire marqué par l’insularité, l’éloignement et les difficultés économiques, l’innovation peut être un levier de rebond. Un écosystème qui représente déjà environ 250 emplois directs et dont 60 % des start-up membres sont en phase d’accélération.

Croire en l’avenir

Lorsque la crise éclate en Nouvelle-Calédonie en 2024, la priorité pour Aurore Klepper est d’abord de maintenir le lien. Recenser les besoins des entreprises, mobiliser le réseau, recréer du collectif. Mais innover, c’est aussi faire preuve d’audace et regarder vers l’avenir.

Quelques mois après les émeutes, alors que le territoire est encore sous couvre-feu, l’écosystème organise un rendez-vous consacré à l’innovation. Un pari nécessaire. « Les acteurs économiques avaient besoin d’espoir », explique Aurore Klepper. Pendant deux jours, entrepreneurs et acteurs économiques se retrouvent pour parler innovation, entrepreneuriat et reconstruction. « Les gens ont eu besoin d’entendre parler de ça », insiste-t-elle.

Faire de la contrainte un moteur d’innovation

En Nouvelle-Calédonie, l’insularité, l’éloignement et la forte dépendance aux importations imposent de trouver des solutions innovantes de proximité. Pour la French Tech Nouvelle-Calédonie, l’innovation dépasse ainsi largement le seul numérique et touche aussi l’économie bleue, l’économie circulaire, l’industrie ou encore l’environnement. Cette diversité se retrouve dans la composition du réseau : 29 % des start-up membres relèvent de la GreenTech, 19 % de la BlueTech et 17 % de la SocialTech.

Des entreprises calédoniennes développent ainsi de la farine d’insectes destinée à l’alimentation animale, quand d’autres valorisent les scories issues du nickel pour les transformer en matériaux de construction, en substitution notamment au sable, ou encore transforment des déchets en nouvelles ressources.

La présence d’un tissu industriel et de savoir-faire de transformation constitue, selon Aurore Klepper, un véritable atout. « Il y a des projets, des savoir-faire développés ici qui peuvent s’exporter, être répliqués, dupliqués », souligne-t-elle.

Changer d’échelle

Avec un marché intérieur limité, les jeunes entreprises calédoniennes doivent très tôt regarder au-delà du territoire. Pour Aurore Klepper, l’enjeu est plus global : les territoires ultramarins ont intérêt à développer davantage leurs relations économiques au sein de leur propre bassin régional. La French Tech Nouvelle-Calédonie travaille ainsi à renforcer les liens avec les territoires voisins, mais aussi avec les réseaux French Tech à l’international, notamment en Australie et en Asie. Une ouverture qui s’appuie également sur le réseau diplomatique français : « Les ambassades nous ouvrent aussi des portes et nous apportent un soutien assez fort », souligne-t-elle.

La dynamique existe déjà : sept scale-up du réseau sont engagées dans un export international actif, et 60 % des start-up membres sont aujourd’hui en phase d’accélération. Plus largement, la filière numérique calédonienne compte environ 210 entreprises, représente 2 100 emplois directs et a généré en 2025 près de 57,6 milliards de francs CFP de chiffre d’affaires, soit environ 5 % du PIB territorial.

Le financement, maillon encore fragile

Reste un frein majeur : le financement de la croissance. Si les start-ups peuvent s’appuyer sur plusieurs dispositifs locaux, notamment les guichets portés par les provinces et le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, ainsi que sur les solutions proposées par Bpifrance, l’écosystème reste encore limité lorsqu’il s’agit de financer le changement d’échelle. « On n’a pas de fonds de capital-risque à proprement parler », souligne Aurore Klepper.

Entre 2023 et 2025, les levées de fonds formalisées et rendues publiques ont atteint environ 9,1 millions d’euros, concentrés sur neuf start-up membres de la French Tech Nouvelle-Calédonie. Ces financements ont été assurés par l’épargne locale et les fonds publics, sans capital-risque extérieur.

Même difficulté lorsqu’une start-up arrive au stade de l’accélération ou de l’export : « toutes les expertises nécessaires ne sont pas disponibles sur place. Le rôle du réseau consiste alors à aller chercher ailleurs les compétences manquantes et à connecter les entrepreneurs calédoniens aux bons interlocuteurs. » explique Aurore Klepper

Une logique de connexion que Aurore Klepper résume par une analogie : « C’est l’idée de compléter les trous dans la raquette », qui traduit l’ambition de la French Tech Nouvelle-Calédonie : faire de l’innovation un outil de reconstruction locale, et de rayonnement international.

La French Tech Nouvelle-Calédonie participera les 4 et 5 novembre prochains au salon Tech & Co, organisé avec le cluster OPEN au Domaine de Nouméa. Deux journées consacrées aux solutions numériques et innovantes, avec l’objectif de mettre en lumière les savoir-faire locaux auprès des entreprises et des collectivités.

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