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SÉRIE. Infrastructures en Outre-mer : connectivité internationale, fret, transition énergétique, l'aéroport Martinique Aimé-Césaire accélère sa stratégie de développement
©AIA Life Designers, architectes - photos : Sergio Grazia.

Outremers360, en partenariat avec Méridiam, poursuit sa série consacrée aux grandes infrastructures ultramarines. Routes, ports, ponts, équipements majeurs : ces réalisations changent le quotidien des habitants, redessinent les territoires et ouvrent de nouvelles perspectives économiques. Dans des espaces confrontés à des contraintes géographiques, climatiques et humaines singulières, construire dans les Outre-mer ne relève jamais du simple aménagement. Derrière chaque ouvrage se dessinent des ambitions de développement, des défis techniques et financiers, mais aussi une promesse d'avenir.

Pour ce cinquième volet, Outremers360 s’intéresse à l’aéroport international Martinique Aimé-Césaire. Depuis 2024, l’aéroport martiniquais déploie une stratégie ambitieuse portée par Nathalie Sébastien, présidente du directoire de la Société Aéroport Martinique Aimé Césaire (SAMAC). L'enjeu dépasse largement le transport aérien. Il s'agit de faire de la plateforme aéroportuaire un véritable moteur de croissance et d'attractivité pour la Martinique, tout en préparant son adaptation aux défis climatiques. Dans un entretien accordé à Outremers360, elle revient sur les transformations engagées et dévoile les priorités stratégiques de l'aéroport.

Un chantier d’extension de 123 millions d'euros

Inaugurée en décembre 2024, après six années de travaux, l'extension de l'aéroport international Martinique Aimé-Césaire marque l'aboutissement d'un chantier majeur pour le territoire. Cette opération d’un montant global de 123 millions d'euros répondait à trois impératifs : mettre les installations en conformité avec les nouvelles exigences européennes de sûreté, améliorer les conditions d'accueil des voyageurs et anticiper la croissance du trafic aérien. 

« Grâce aux travaux réalisés, nous avons doublé la surface de l’aérogare, avec 20 000 m² supplémentaires. À structure de trafic équivalente, l’aéroport dispose désormais d’une capacité d’accueil de trois millions de passagers par an » précise Nathalie Sébastien. En 2025, l’aéroport a accueilli plus de 1,9 million de passagers soit une hausse de 2,8% du trafic et de 20,7% du trafic international.

Pour Nathalie Sébastien, l'aéroport constitue aussi la première et la dernière image que les visiteurs conservent de la destination. « Aujourd’hui, l’expérience passager est devenue un enjeu essentiel. Elle commence et se termine à l'aéroport », souligne-t-elle. Une expérience susceptible de conditionner plus largement toute l'image du territoire et inciter à y revenir.

Des perspectives pour les entreprises martiniquaises

La mobilisation des entreprises martiniquaises a constitué l'une des caractéristiques de cette opération, avec 85 % d'entreprises sous-traitantes locales. « Pour un chantier de cette envergure, c'était important qu'il puisse y avoir des répercussions sur le tissu économique. Cela a été le cas en phase de travaux, mais c'est également le cas aujourd'hui, en phase d'exploitation de cette nouvelle infrastructure », explique Nathalie Sébastien.

La SAMAC emploie aujourd'hui environ 170 personnes. L'écosystème aéroportuaire représente, selon sa présidente, plus de 1 500 emplois directs et indirects.

Le fret aérien au cœur des prochaines ambitions de la SAMAC

« Sur notre prochaine programmation stratégique, nous allons mettrons l'accent sur le développement du fret aérien », annonce Nathalie Sébastien. L'objectif est de mettre les équipements aéroportuaires au service des entreprises martiniquaises et de leurs échanges commerciaux.

Dans cette perspective, la SAMAC travaille avec la Collectivité territoriale de Martinique et les professionnels concernés par les enjeux de logistique et de transport. « Il faut que les infrastructures soient prêtes et au rendez-vous, mais il faut aussi que nous ayons des filières structurées et en capacité de s'inscrire dans cette dynamique », insiste la présidente du directoire.

Former les jeunes Martiniquais aux métiers de l'aérien

À l’instar de nombreux territoires ultramarins, la Martinique n’échappe pas au phénomène de fuite des cerveaux, et subit le départ d’une partie de sa jeunesse vers l’Hexagone. « Les jeunes partent faire leurs études, mais l'enjeu, c'est de pouvoir les faire revenir », explique Nathalie Sébastien, qui souhaite lever les idées reçues sur le secteur de l’aérien parfois perçu comme difficile d'accès, notamment pour les jeunes femmes.

La SAMAC accueille ainsi des stagiaires, des alternants et des élèves ingénieurs en aéronautique. Elle participe également à des manifestations destinées à faire découvrir les métiers de l'aéroport aux scolaires et au grand public.

L’entreprise s’oriente également vers une offre de formation continue sur le territoire pour les salariés déjà en poste : « Si nous arrivons à développer des formations sur site, cela pourrait bénéficier à la Martinique, mais également aux acteurs de la zone Antilles-Guyane », souligne-t-elle.

Ouvrir davantage la Martinique aux Amériques et à la Caraïbe

La stratégie de diversification engagée par la SAMAC vise à renforcer l'ouverture internationale de la Martinique, tout en consolidant ses liaisons historiques avec l'Hexagone. « Nos leviers de croissance sont plutôt sur le moyen-courrier, donc l'Amérique du Nord et l'Amérique du Sud », explique Nathalie Sébastien.

Alors que le Canada constitue déjà un marché dynamique, avec trois villes desservies, Montréal, Toronto et Québec, par deux compagnies, que sont Air Transat et Air Canada, la SAMAC, en lien avec le Comité martiniquais du tourisme, entend attirer de nouvelles compagnies américaines. Des « échanges assez avancés » sont également engagés avec des transporteurs sud-américains.

L'ambition est de renforcer l'ancrage de la Martinique dans son environnement caribéen. Cette diversification permettrait également de mieux répartir les flux de passagers, aujourd'hui concentrés dans l'après-midi, et d'optimiser l'utilisation des infrastructures toute la journée. Une stratégie résumée par le slogan de la SAMAC : « Ouvrir le ciel de la Martinique au monde. »

Transition énergétique, innovation et résilience : les nouveaux chantiers de l'aéroport à l'horizon 2030

La question énergétique est particulièrement importante pour l’aéroport comme le précise Nathalie Sébastien : « L'Aéroport est le deuxième plus gros consommateur d’électricité de l’île. Notre activité génère d’importantes émissions de CO₂, liées aussi bien à l’exploitation de nos infrastructures qu’aux activités des compagnies aériennes et des avions en escale. L’enjeu est donc de réduire notre empreinte carbone, mais aussi d’engager l’ensemble des acteurs de la plateforme dans cette démarche. »

Pour réduire son empreinte carbone, la SAMAC agit sur plusieurs leviers. Des systèmes connectés permettent désormais de suivre la consommation énergétique des installations et d'optimiser leur fonctionnement. La société a également mis en place un réseau interne d'ambassadeurs des économies d'énergie, chargés de sensibiliser les collaborateurs aux bonnes pratiques.

Enfin, la climatisation, poste majeur de consommation dans un environnement tropical, fait notamment l'objet d'une gestion plus fine, adaptée aux périodes d'occupation des espaces. Parallèlement, la SAMAC engage une transformation progressive de son parc automobile, avec le développement de véhicules électriques et hybrides et l'installation de bornes de recharge côté piste et côté ville.

16 millions d'euros consacrés à la transition énergétique

Mais l'investissement le plus structurant concerne la production photovoltaïque. La SAMAC prévoit le déploiement d'installations solaires en toiture, sur des ombrières de parking et au sol : « Avec ces projets photovoltaïques, nous allons déployer des équipements de production d'énergie qui seront parmi les plus importants de l'île », explique Nathalie Sébastien.

Dans le cadre de sa stratégie de décarbonation, la SAMAC déploie de nouveaux équipements permettant d'alimenter les avions en électricité et en climatisation lorsqu'ils sont stationnés, afin de limiter le recours à leurs moteurs auxiliaires et les émissions associées.

« L'objectif affiché est d'atteindre un taux d'autoconsommation de 42 % et de valoriser près de 80 % de l'énergie produite. Au total, la SAMAC prévoit une enveloppe de 16 millions d'euros pour ses investissements liés à la transition énergétique, dont 11 millions d'euros pour le photovoltaïque. » précise Nathalie Sébastien.

La résilience climatique, un défi majeur pour les prochaines années

Nathalie Sébastien en est convaincue, « le prochain enjeu, à l'horizon 2030, c'est de travailler sur la résilience des infrastructures, sur l'adaptation au changement climatique et à ses impacts sur les territoires, notamment sur un territoire insulaire comme le nôtre. »

L’aérogare dispose déjà de capacités lui permettant, dans certaines situations de crise, de fonctionner de manière autonome pendant trois semaines. Une nouvelle étude doit permettre d'identifier les adaptations complémentaires nécessaires. « Notre volonté, c'est d'être un terminal bas carbone, mais également un terminal résilient », résume Nathalie Sébastien.

Faire de l'aéroport un lieu de vie pour les Martiniquais

Pendant deux mois, en juillet et août derniers, l’ancienne aérogare s’est transformée en espace culturel accueillant des conférences, des concerts, des expositions et des performances artistiques. Une initiative symbolique de la volonté de faire évoluer l'image de l'aéroport « Il faut faire en sorte que les Martiniquais s'approprient l'aéroport et qu'ils le considèrent comme un lieu de vie », souligne Nathalie Sébastien qui souhaite ainsi faire entrer l'aéroport Martinique Aimé-Césaire dans une nouvelle phase de son histoire.