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Indopacifique : le Canada doit avoir des perspectives de coordination avec la France, selon une étude de l’IFRI
Exercices militaires dans la zone Indopacifique ©DR

Parmi les partenaires européens du Canada dans l’Indopacifique, la France occupe une place singulière en raison de sa présence souveraine dans la région, de ses forces militaires prépositionnées et de l’action de l’Agence française de développement. Malgré cette convergence d’intérêts et d’atouts, la coopération bilatérale est demeurée, dans une large mesure, cantonnée aux déclarations d’intention. Une étude rédigée par le chercheur canadien Jonathan Berkshire Miller pour l’Institut français des relations internationales (IFRI) propose de donner une dimension plus opérationnelle au partenariat franco-canadien en l’articulant autour de quatre axes prioritaires : la sécurité maritime, les minéraux critiques, le développement des États insulaires du Pacifique et le renforcement de la coordination institutionnelle.

Depuis l’adoption de sa première Stratégie pour l’Indopacifique en novembre 2022, le Canada a considérablement renforcé sa présence dans la région, passant d’un rôle relativement marginal à une posture de plus en plus affirmée. Dotée d’un investissement initial de 2,3 milliards de dollars sur cinq ans, cette stratégie traduit une reconnaissance tardive mais déterminante : en tant que nation du Pacifique, le Canada voit sa prospérité et sa sécurité étroitement dépendre de la stabilité de l’Indopacifique, aujourd’hui au cœur des dynamiques économiques et géostratégiques mondiales.

Le volet économique de la Stratégie répond à un double objectif : diversifier les partenariats du Canada afin de réduire sa dépendance à l’égard des États-Unis et atténuer sa vulnérabilité aux pressions économiques exercées par la Chine. Dans cette perspective, Ottawa a renforcé sa présence économique en Asie du Sud-Est en développant de nouveaux corridors commerciaux, en organisant des missions « Équipe Canada » dans plusieurs pays de la région, notamment à Singapour, au Japon, en Indonésie, en Malaisie, aux Philippines, en Corée du Sud et au Vietnam, et en désignant son premier représentant commercial dédié à l’Indopacifique.

La France occupe une place singulière dans l’Indopacifique

« La nécessité d’une coopération renforcée entre la France et le Canada — et, plus largement, entre l’Union européenne et le Canada — dans la région indopacifique repose sur des fondements concrets », argumente Jonathan Berkshire Miller. « Elles ont toutes deux promu les institutions multilatérales ainsi que les coalitions de puissances intermédiaires comme vecteurs privilégiés pour appréhender un monde où les choix unilatéraux des grandes puissances s’imposent de plus en plus ».

La France occupe une place singulière dans l’Indopacifique en tant que puissance résidente, forte de ses territoires ultramarins répartis entre les océans Indien et Pacifique, de l’une des plus vastes zones économiques exclusives au monde et d’une présence militaire permanente sans équivalent parmi les États européens. Cette réalité confère au partenariat franco-canadien une dimension éminemment opérationnelle. Plus qu’un simple cadre de dialogue bilatéral, celui-ci repose sur la convergence de deux acteurs disposant d’intérêts directs dans la région, d’une présence tangible sur le terrain et de capacités leur permettant de contribuer concrètement à la sécurité et à la stabilité régionales.

Pour une action coordonnée du Canada et de la France

Dans l’Indopacifique, le domaine des minéraux critiques constitue sans doute l’un des champs de coopération les plus prometteurs à court terme entre l’Union européenne et le Canada. Ce dernier dispose de réserves parmi les plus importantes au monde de lithium, de cobalt, de nickel, de cuivre et de terres rares, des ressources essentielles à la transition énergétique et au développement des technologies numériques en Europe. Parallèlement, l’Indopacifique concentre d’importantes capacités de transformation, des marchés des énergies propres en forte croissance ainsi que des ressources minérales complémentaires.

Dans ce contexte, la prééminence de la Chine dans le traitement des minéraux critiques apparaît comme un facteur de vulnérabilité majeur, susceptible d’affecter la résilience des chaînes d’approvisionnement de l’ensemble des économies occidentales. « Dans les îles du Pacifique, où la Chine étend sa présence diplomatique et économique, une action coordonnée du Canada et de la France permettrait d’obtenir un impact nettement plus important que celui que chacun des deux pays pourrait atteindre par ses propres programmes bilatéraux. Les territoires français d’Outre-mer ainsi que l’Agence française de développement (AFD) constituent une plateforme privilégiée, offrant une présence institutionnelle et une crédibilité locale », souligne Jonathan Berkshire Miller.

Les recommandations

Dans cette optique, le chercheur préconise, entre autres : « Mettre en place un mécanisme permanent de coordination maritime franco-canadien pour la région indopacifique, en s’appuyant sur la Déclaration franco-canadienne sur la défense et la sécurité de 2024. Ce mécanisme devrait inclure la coordination des calendriers de déploiement des forces navales en mer de Chine méridionale et dans les îles du Pacifique, une participation conjointe à des exercices multilatéraux, ainsi que des protocoles partagés de connaissance de la situation dans le domaine maritime ».

Ensuite, « Élaborer une stratégie de développement concertée entre le Canada et la France pour les îles du Pacifique, en regroupant les programmes bilatéraux qui se recoupent au sein d’initiatives communes axées sur l’adaptation au changement climatique, la gouvernance des océans et la sécurité maritime. (…) Négocier un dialogue stratégique structuré entre le Canada et l’Union européenne sur la région indopacifique — sur le modèle de cadres existant entre l’UE et des partenaires partageant les mêmes vues, comme le Japon — afin d’assurer une coordination continue des approches en matière d’engagement auprès de l’ASEAN (Association des nations de l’Asie du Sud-Est, ndlr), d’architecture de sécurité régionale et de promotion d’un ordre fondé sur des règles ».

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