Il y a un peu plus d’un an, le 21 septembre 2025, Alexis Chaussalet lançait sa campagne pour les municipales dans la commune du Tampon, sur l’île de La Réunion, avec la volonté « d'être sur le terrain, à la rencontre des gens et ne jamais s'en déconnecter ». Le trentenaire, pas inconnu dans le paysage politique de l’île, finit en mars 2026 par ravir la municipalité tamponnaise, un tour de force basculant cette commune à gauche pour la première fois depuis les années 50. Entre ses premiers engagements, ses projets pour la ville, les défis et difficultés des six premiers mois, Alexis Chaussalet s’est confié sans concession à Outremers360.
Outremers360 : Alexis Chaussalet, vous avez été élu maire du Tampon en mars dernier, tout d'abord, qu'est-ce qui vous a poussé à vous présenter à cette élection ?
Je pense que ce qui m'a poussé à me présenter à cette élection, c'est avant tout la continuité de mon engagement qui ne date pas d'hier. Je suis certes très jeune pour certains, mais du haut de mes 33 ans, j'ai quand même 18 ans de militantisme derrière moi. J'ai commencé dès l'âge de 15 ans où j'étais engagé dans le monde syndical en créant une organisation syndicale lycéenne, à travers laquelle je me suis toujours battu pour dénoncer les injustices et défendre les services publics. Ce n'est que la suite logique de cet engagement au service des services publics et de la lutte contre les inégalités qui m'a emmené là.
Pour être un peu plus précis, lorsque je suis parti après mon baccalauréat faire mes études en Hexagone, où j'ai également travaillé, je suis revenu en 2020 et assez rapidement, je me suis ré-engagé politiquement ici parce que ce qui me manquait, c'était l'engagement au service de mon territoire.
Je me suis rendu compte qu’en partant faire mes études, nous avions déjà Nathalie Bassire contre Monique Benard, contre André Thien Ah Koon. Je suis revenu plus de 10 ans plus tard et nous avions encore le même paysage politique. Les Tamponnaises et Tamponnais méritaient mieux que cette inertie politique. Je me suis employé à réactiver les réseaux militants sur le territoire. Et très vite, je me suis aperçu que beaucoup de personnes que je connaissais, qui n'avaient jamais cessé de lutter et de se battre contre les injustices, étaient tout à fait partantes à s'engager dans une nouvelle bataille pour transformer notre territoire de tampon. Et c'est comme ça que s'est construit cet engagement pour cette campagne.
Vous êtes en effet jeune, mais pas inconnu puisque vous vous êtes présenté deux fois aux législatives en 2022, en 2024, d'abord sous les couleurs de la Nupes puis du Nouveau Front Populaire. Qu'est-ce qui a fait que les deux premières élections n'ont pas été un succès, malgré une progression, et que la troisième, municipale cette fois, fut la bonne ?
Je crois que c'est avant tout la reconnaissance du travail accompli. Je vais être très honnête avec vous. Quand on s'est présenté en 2022, nous n'avions que peu d'espoir d'y parvenir. Je venais de revenir à La Réunion, les gens avaient un peu oublié mon engagement, mais nous avions déjà dans notre esprit l'idée que la vraie bataille serait celle des municipales.
Par conséquent, il fallait tout de suite occuper le terrain, et montrer notre engagement effectif. C'est dans cette logique qu'on s'est présenté aux élections législatives. Il est vrai que ce n'est pas passé loin : En 2022, au premier tour, on a été à 51 voix de la personne qui a finalement gagné, Nathalie Bassire. En 2024, alors que tous les sondages et la dynamique nationale donnaient dans le meilleur des cas de figure au deuxième tour un 60%-40%, 60 pour le RN, 40 pour nous, au final, on finit quasiment à 49 contre 51%. C'était une vraie reconnaissance du travail effectué.
« Nous avons voulu faire de la politique autrement, sans aucune fausse promesse »
Le résultat de ces élections municipales, c'était la suite logique : la constance dans notre engagement, la sincérité dans nos convictions et le fait de ne jamais avoir détourné, renoncé, ou tempéré notre volonté de transformer complètement ce territoire. C’est la reconnaissance du travail accompli et de la constance de nos engagements.
Vous avez réalisé un retour de force d’ailleurs, puisqu'au premier tour, vous aviez plus de 4 000 voix de retard sur le maire sortant, Patrice Thien Ah Koon, et au second tour, vous gagnez 7 700 voix qui vous font finalement remporter le scrutin. Comment est-ce qu'on gagne 7 700 voix entre deux tours ?
Je vais vous le dire aussi simplement que je le pense : en faisant campagne. Malheureusement, la classe politique dominante, la majorité des responsables politiques, ont oublié d'où ils venaient, quelle était la fonction première d'un responsable politique : ne pas être enfermé dans un bureau et donner des leçons déconnectées du terrain. La première responsabilité d'un responsable politique, c'est d'être sur le terrain, à la rencontre des gens et ne jamais s'en déconnecter.
On a pu voir pendant cette campagne que celles et ceux installé(e)s dans le jeu politique n'occupaient que très peu le terrain et ne croyaient plus en cette possibilité de faire campagne avec le peuple. On assistait, on entendait, on recevait des témoignages d'actes de clientélisme ou de vieilles politiques politiciennes.
Et nous, pendant tout le long, on n'a fait qu'une seule chose : faire du terrain, du porte-à-porte, des réunions publiques, des réunions de quartier, des tractages sur le terrain, sur le marché forain, au bord de la route. Tous les jours, nous étions en campagne quotidiennement et ça, vraiment, je crois que peu de personnes l'ont fait.
Ensuite, nous avons voulu faire de la politique autrement, sans aucune fausse promesse. Durant toute la campagne, nous avons expliqué aux gens. Je les prenais à partie à chaque fin de réunion en demandant qui est là pour un petit contrat ? Levez la main si vous êtes venu ici pour vous, votre intérêt personnel. Et notre grande force, c'est que tous les gens sur la liste, ceux qui participaient aux réunions, le faisaient par souci de l'intérêt général. C'est une force qu'on ne peut pas arrêter. Vous pouvez y mettre tous les moyens que vous voulez en face, toutes les pressions, tous les chantages possibles, ça n'atteindra jamais la force de la sincérité et la force du collectif.
Nous avions des dizaines de gens qui étaient là, qu'on ne connaissait pas auparavant, qui n'attendaient rien en retour, si ce n'est que l'amélioration de leur quartier, la prise en compte de leurs paroles, l'écoute de projets d'intérêt général, la défense des plus fragiles. Quand vous êtes animé par ces valeurs-là, vous pouvez faire tout ce que vous voulez en face, il n'y a pas beaucoup de choses qui arrivent à enrayer cette dynamique-là.
On ne va pas se mentir, ça n'a pas été un long fleuve tranquille. Au départ, nous n'étions pas certains d'arriver au score que nous avons obtenu, parce qu'il y a eu une telle charge de plomb, une telle pression, une telle crainte chez les agents communaux, dans les familles qui sont un peu tenues par des logiques de liens divers et variés…
Au début, on était entre nous dans les réunions. Nous avions pris le pari de multiplier les initiatives de terrain, faire en sorte qu'on « dé-TAK » la langue comme on l'a souvent employé pendant la campagne, ça a payé. De dizaines de personnes, on en est passé à des cinquantaines, puis de cinquantaines à une centaine, puis à plusieurs centaines, jusqu'à des réunions à 500 voire 600 personnes où vraiment, on sentait un élan populaire généralisé dans tous les secteurs de la ville. Ce n'est que la traduction logique de cela, la force populaire qui se met en mouvement.
C'est donc selon vous un réel engouement populaire qui a porté votre liste ?
Soyons très lucides, il y avait deux logiques lors de ces municipales. La première, celle d'un rejet d'un système en place, c'est-à-dire le système clientéliste TAK (Thien Ah Koon : André Thien Ah Koon a été maire du Tampon de 1983 à 2006 puis de 2014 à 2024, remplacé par son fils Patrice) : un système de copinage. Il y avait d'abord ce rejet d'électrices et d'électeurs qui se sont portés vers nous parce que nous étions la première force capable de construire une alternative au système TAK. Je suis lucide sur un certain nombre de ces voix qui se sont portées vers nous, plutôt contre l’ancienne municipalité que pour le nouveau modèle que l'on proposait.
Mais il faudrait être aveugle pour ne pas constater que les 10 000 voix portées sur nous dès le premier tour, plus un certain nombre de celles qui sont venues au second tour, correspondaient à cette logique de démocratisation de la parole, de développement de la transparence à l'échelle communale et de développement de la solidarité, la transition écologique sur le territoire avec les convictions que nous avons portées de bout en bout pendant la campagne.
Est-ce que vous avez pu recevoir des soutiens précieux entre les deux tours de grands élus de l’île ? Ce que je veux dire, c'est qu’effectivement, en face de vous, vous aviez une famille qui avait les rênes de la commune depuis des décennies. Pour renverser le jeu, quand on est un jeune en politique, il faut quand même avoir derrière soi des « poids lourds » …
J'avais déclaré ma candidature le 21 septembre 2025, il y a un an de cela, avec tous les soutiens que nous avions au Tampon, et évidemment de ces « poids lourds » de la politique régionale. Il y avait à cette occasion, Younous Omarjee, qui avait fait une vidéo depuis le Parlement européen pour nous apporter son soutien ; il y avait évidemment la présidente de Région, Huguette Bello, qui était présente ce jour-là ; les député(e)s, Karine Lebon, Emeline K/Bidi, Perceval Gaillard, Jean-Luc Ratenon, Frédéric Maillot ; le maire de Saint-Joseph, Patrick Le Breton.
Ces personnalités politiques sont venues au moment du lancement de campagne pour dire : Notre camp politique est là, notre candidat, il est là. Lui et sa liste ont tout notre soutien. Pour moi, il était clair de devoir m'afficher avec ma famille politique et d'en être très fier.

En revanche, après ce lancement de campagne le 21 septembre 2025, il n'y a eu aucune action de campagne organisée sur le territoire communal avec aucun autre responsable politique d'une quelconque ville durant toute la campagne. C'était à la fois un choix et en même temps, du pragmatisme Tout le monde était en campagne dans sa ville, tout le monde avait mieux à faire. Et je ne souhaitais pas que la campagne tamponnaise soit utilisée, instrumentalisée, organisée de l'extérieur. Nous avons mené notre campagne entre Tamponnaises et Tamponnais, et nous sommes très fiers de l'avoir fait ainsi.
À celles et ceux qui disaient que nous n'étions que des parachutés, que nous étions pilotés de par la région… l'histoire est venue leur clouer le bec. Non seulement nous n'avons bénéficié d'aucun soutien financier de qui que ce soit, non seulement les tentatives de recours qui ont été portées à notre encontre ont été démentis sur toute la ligne.
La campagne et la victoire, on la doit aux Tamponnaises et aux Tamponnais, aux militantes et aux militants. Évidemment, les soutiens ont donné une certaine visibilité, je les en remercie, je n'oublie pas d'où je viens. Mais en revanche, la victoire s'est construite grâce à des Tamponnaises et Tamponnais.
Je reviens sur les premiers mois de votre mandat. Lors de votre campagne, vous vous êtes engagé sur propositions : un ATSEM par classe en maternelle, des fournitures scolaires à prix réduit, un pass culture dès le plus jeune âge, une meilleure démocratie de proximité, plus de bus entre la plaine des Cafres et le centre-ville, un doublement des effectifs de la police municipale. Ont-elles été réalisées ?
Pas tout ce que vous avez cité, mais en partie. Il y avait ces cinq mesures prioritaires dans le programme, un programme de 24 pages avec cinq mesures prioritaires, cinq engagements concrets. Sur les cinq, il y en a déjà deux qui sont réalisées ou en train d'être réalisées. Il y en a trois autres qui le seront évidemment, mais qui vont prendre un peu plus de temps.
La première, sur la démocratie avec le déploiement de 30 cases de « kaz de quartier » qui seront demain les nouveaux espaces de proximité, de démocratie directe dans la ville. C'est en cours. On veut faire les choses bien, donc ça va prendre du temps.
Le déploiement d'un pass culture, effectivement, vous l'avez rappelé, c'est pareil, c'est en cours. La réflexion est déjà engagée, mais ça impose aussi de réorganiser les services communaux pour pouvoir bien le faire.
La mobilité avec le bus toutes les 15 minutes entre la Plaine-des-Cafres et le centre-ville, pareil, c'est en cours. La révision et l'évaluation de la mission de délégation de service public est en cours, et on doit repenser l'optimisation du réseau.
Ça, c'est les trois mesures sur cinq qui sont en cours, mais qui ne sont pas encore faites.
En revanche, on a deux autres qui ont déjà avancé. La première, c'est les ATSEM. On avait pris l'engagement pour la rentrée scolaire 2026-2027, c'est fait. Une ATSEM par classe d'école maternelle, peu importe le niveau et ce, malgré la suppression des contrats PEC que nous avons essuyé de plein fouet. Au Tampon, sur 1 500 agents en contrat PEC, plus de 700 ont été perdus. Il a fallu faire avec une double équation : compenser la disparition de ces personnes et garantir le déploiement effectif de l’engagement d’une ATSEM par classe. Ce que nous avons fait à cette rentrée. Nous sommes en difficulté, mais pour autant, nous avons tenu parole.

Le deuxième engagement sur lequel nous avons tenu parole, c'est celui du doublement des effectifs de la police municipale. Alors attention, ça ne veut pas dire qu'on est passé de 22 à 44 dès aujourd'hui. Ça veut dire qu'on a engagé une trajectoire pour qu'à la fin du mandat, nous arrivions au doublement des effectifs de la police municipale. Très concrètement, pour cette année, six agents de la police municipale seront recrutés. Les offres d'emploi ont été publiées, les jurys de recrutement sont en cours et le recrutement sera effectif avant la fin de l'année.
Outre ces mesures prioritaires sur lesquelles nous étions engagés pendant la campagne, nous avons réalisées d’autres choses. Je pense notamment, dès le premier conseil municipal d'investiture, à la suppression des frais de représentation du maire. C'était quelque chose qui avait fait la une de l'actualité, révélé par Médiapart : le Tampon était la sixième commune la plus dépensière en termes de frais de représentation du maire à l'échelle nationale, avec près de 20 000 € consacrés à ces frais. Ils ont été tout bonnement supprimés et rendus à la population, en l'occurrence en finançant le déploiement d’une ATSEM dans une classe de maternelle.
Autre chose, les conseils municipaux retransmis en direct, ça a été fait dès le premier conseil municipal et désormais, chacun de nos conseils municipaux est retransmis en direct. Nous avons aussi instauré le droit pour l'opposition ou pour les citoyens de s'exprimer en conseil municipal, ça a été adopté lors du dernier conseil municipal dans le règlement intérieur et ça sera donc déployé lors du prochain conseil municipal qui devrait se dérouler dans le courant du mois d'octobre.
Dans votre programme, il y a aussi des projets plus structurants ou en tout cas de long terme. J'ai noté une piscine municipale, un bus à haut niveau de service, ou encore un service de capsule sur rail avant la fin de votre mandat. Déjà en quelques mots, qu'est-ce qu’un service de capsule sur rail ?
C'est un service innovant, c'est un genre de tramway autonome. Ça existe dans certaines métropoles en Hexagone, notamment à Nancy et Dunkerque. Ce sont des petits trains autonomes sur rail qui fonctionnent sans chauffeur et qui permettraient de créer une offre de mobilité dont le Tampon a besoin.
On est en 2026, on a 85 000 habitants, on a une université, on est un pôle majeur d'attractions touristiques et de dynamisation économique du territoire. Et pour autant, nous n’avons pas un réseau de mobilité à la hauteur de l'enjeu de ce territoire. Il faut se doter d'un bus à haut niveau de service. Il faut lancer les études et le déploiement progressif de ces capsules sur rails pour permettre une offre de transport autonome et écologique sur le territoire.
Et vous évoquez un autre projet structurant qui est celui de la piscine municipale dans les Hauts de la Plaine-des-Cafres. Je suis fier de vous le dire, à peine plus de six mois après notre élection, que nous avons enclenché un certain nombre de choses sur le financement de cette piscine municipale.
« On aimerait tous que ça aille beaucoup plus vite, beaucoup plus loin, beaucoup plus fort »
Je n'arrive pas à comprendre comment, pour une telle infrastructure, la précédente mandature n'avait jamais pris contact avec le CREPS, qui est une installation d'envergure internationale puisqu'il y a des coopérations avec Madagascar, les Comores, l'Afrique du Sud, le Mozambique, Maurice. Le CREPS n'avait aucun lien avec la précédente municipalité.
En arrivant aux affaires, nous avons rencontré le directeur régional du CREPS, le directeur territorial du CREPS de la Plaine-des-Cafres, et quelques responsables, pour leur dire : « nous avons un projet d'envergure pour le territoire. Nous avons besoin de nous doter d'une infrastructure moderne et de qualité pour les hauts. Est-ce que vous ne voulez pas qu'on fasse un partenariat, main dans la main ».
À ce stade, il y a déjà une démarche d'approche, de dialogue, de discussion pour porter un projet d'une telle envergure. Donc oui, nous souhaitons enfin permettre aux habitants de la Plaine-des-Cafres d'avoir enfin leur piscine municipale dans les Hauts.
Ce sont des projets qui, on peut dire, sont en discussions, dont le travail est lancé…
Le travail est tout à fait lancé, absolument.
Plus globalement, quel bilan dressez-vous de ces premiers mois à la tête de mairie du Tampon ?
Je suis, à titre personnel, satisfait de l'engagement que nous déployons, « nous » la nouvelle équipe élue, l'ensemble des conseillers municipaux qui ne comptent pas leurs heures, sont sur le terrain en permanence, reçoivent toutes les semaines le public. Je suis, de ce point de vue, en termes d'engagement politique, satisfait de notre déploiement.
En revanche, on aimerait tous que ça aille beaucoup plus vite, beaucoup plus loin, beaucoup plus fort. Il y a toujours un sentiment de frustration. On aimerait faire plus vite et mieux parce que les difficultés sont là, les urgences sont là, les besoins sont là et parfois, on a l'impression de ne pas pouvoir aller assez vite.
Il y avait quand même deux entraves majeures qui ne nous permettaient pas de déployer notre action le plus vite et efficacement possible. La première de ces entraves, c'est d'hériter une administration qui était en partie verrouillé ou en tout cas engluée. Il a fallu entamer un travail de réorganisation des services dès le premier jour. Ça passe par aller à la rencontre de tous des services, lancer une mission de consultation de l'ensemble des agents avec des formulaires, des permanences d'écoute, des entretiens avec les organisations syndicales, restituer le dialogue social, entendre les directeurs encadrants, chefs de services, DGA, DGS… pour à la fois qu'ils nous témoignent de leur vécu et en même temps qu'ils nous formulent des propositions d'amélioration.
Ensuite, il y eu un travail de mise en forme de tout cela, pour croiser les regards, ceux des élus, ceux des agents, ceux des encadrants, et tenter de dessiner l'administration de demain. Tout ça pour être plus lisible, plus efficace et en même temps, être en phase avec le déploiement de notre action politique et de notre programme politique.
C'est pourquoi nous avons organisé un séminaire qui a croisé ces différents regards, toutes les forces en présence. Et nous avons soumis un nouveau projet d'organigramme qui va être bientôt voté en Comité Social Territorial, pour ensuite pouvoir le déployer pleinement et reconfigurer l'organisation municipale qui nous permettra d'être plus efficaces et plus réactifs sur les demandes et l'efficacité de notre action politique.
Le deuxième frein que nous avions, c'était quand même un recours* qui pesait sur nous. Non pas que nous avions des doutes sur le fait que nous ayons bien mené notre campagne, mais il y eu un climat délétère qui s’est installé à l'intérieur de l'administration communale, où on entendait régulièrement des équipes qui refusaient de se mettre au service parce qu'il leur était dit que le recours allait bientôt tomber, que notre élection allait être annulée, etc.
Cela est derrière nous désormais. Place à l'action, place au temps de travail. Je salue l'engagement des agents municipaux. Je ne suis pas là pour stigmatiser et caricaturer la position de personne. Je leur dis désormais le temps d'avant est derrière nous. Place à l'action.
Si je comprends bien, les premiers mois de votre mandat municipal, le plus gros défi, c'était effectivement de sortir de l’ancienne administration du Tampon ?
Oui, c'est sûr, il faut être lucide. Il y avait une gestion affairiste et clientéliste des choses. Ça ne peut pas se régler d'un claquement de doigts comme ça. On n'a pas de baguette magique, ça va prendre encore du temps. Je suis arrivé dans un bureau qui était littéralement vide : pas de passation des dossiers, pas de transition, pas de continuité du service public.
« L'éducation, c'est la mère des batailles, c'est la priorité de notre mandature, c'est l'avenir de notre société »
Heureusement que les agents et agents étaient là, parce que ce sont eux qui ont porté la collectivité à bout de bras. Ce ne sont pas les précédents responsables qui nous ont facilité la tâche ou qui nous ont dit quelles étaient les priorités. Il a fallu tout reprendre. Et je peux vous assurer que ce n'est pas facile, après 40 ans d'un système verrouillé comme cela, de reprendre les choses avec des gens qui agissent ouvertement contre vous. Il a fallu remettre tout le monde en ordre bataille et remettre tout le monde au travail. C'est peu ou prou chose faite, mais cela prendra encore du temps de remettre de l'ordre à tous les étages et à tous les niveaux.
Vous avez été en première ligne lors de la rentrée scolaire du premier degré. Plus d’un mois après celle-ci, quel bilan vous en faites ? Comment s'est passé votre première rentrée des classes ?
Elle a été très difficile parce que la suppression des PEC nous a fait extrêmement mal. Aujourd'hui encore, on est en train de parer les incendies partout où on peut, pour combler en agent polyvalent, en responsable de cuisine, en responsable de réfectoire, et répondre aux besoins des enfants et des familles. C'était une première rentrée très difficile.
Pour autant, on est fiers d'avoir assuré cette rentrée malgré la suppression de part d’Emmanuel Macron et de son gouvernement de 700 contrats. C'est quand même 50% des effectifs communaux qui, du jour au lendemain, se sont évaporés, et qu'il a fallu remplacer en partie avec des finances qui sont extrêmement contraintes, le tout en déployant des ATSEM, et en priorisant l'éducation. Nous n'avons pas voulu attendre. On a engagé tout de suite des rénovations de bâties scolaires. Je pense à l'école du Grand Tampon, à l'école du 12ème, qui toutes deux ont fait l'objet de grands travaux de rénovation. Il y a plus de 800 000 € qui ont été mobilisés dès ces vacances scolaires.
L'éducation, c'est la mère des batailles, c'est la priorité de notre mandature, c'est l'avenir de notre société, c'est-à-dire qu'on décide pour les enfants du Tampon. Il faut y consacrer toute notre énergie et le maximum de moyens possibles pour construire un avenir meilleur pour nos enfants. Par conséquent, on a eu une vigilance extrêmement particulière aux conditions d'accueil des enfants, mais surtout, nous continuerons à faire en sorte qu'ils soient bien accueillis, qu'ils mangent bien à la cantine, qu'ils aient des cours végétalisées, qu'on leur apprenne des choses sur la biodiversité réunionnaise et qu'ils aient des conditions d'éducation dignes de ce nom dans cette ville, la troisième en termes de population. Le bilan globalement positif, mais pour l’éducation, on doit toujours faire mieux.
Je reste sur le sujet des emplois PEC. Vous en avez perdu 700. Comment est-ce que vous avez pu trouver 700 personnes à remplacer ou c'est toujours en cours ?
700 contrats à remplacer en CDD, ça ne tient pas. Dans les finances communales, c'est tout de suite le risque de la faillite budgétaire et financière de notre collectivité. On ne peut pas, du jour au lendemain, impacter le budget communal. 380 contrats ont été pourvus, financés par la commune. C'est un effort financier considérable, au détriment d'autres éléments. Nous avons par exemple assumé de rogner sur le budget des fêtes, des frais de représentation, sur un certain nombre de budget de réception. Toutes ces choses-là ont été revues drastiquement à la baisse sur le budget de la communication pour prioriser les choses et dire que l'accueil dans nos écoles doit se faire de façon satisfaisante.
Mais 380 contrats, ça ne remplace pas 700 personnes. Il a fallu, en parallèle de ça, mener un travail d'optimisation conséquent. Je salue le travail des services, leur résilience face à la nécessité d’accepter de faire toujours aussi bien avec moins, faire mieux avec moins. C'est extrêmement compliqué.
L'autre sujet qui inquiète, à La Réunion et dans les autres DROM, c'est la baisse de la ligne budgétaire unique dédiée au logement. Même s'il y a eu des arbitrages qui ont permis d'amortir un peu cette baisse, et des mécanismes du Département qui permettent aussi de pallier à cette baisse, est-ce que vous, pour le Tampon, vous êtes inquiet de cette baisse ?
Bien sûr, cette baisse nous préoccupe. Quand on connaît les chiffres de demandeurs de logement sur notre territoire, on ne peut qu'être évidemment extrêmement inquiets. C'est 3 700 demandes, soit plusieurs milliers de personnes qui sont en attente, parfois depuis plusieurs années, sans réponse. Ce sont des familles, des femmes seules, des personnes isolées qui sont en situation de précarité et qui attendent péniblement, tristement un logement. Donc forcément, d'avoir des signaux qui sont envoyés depuis Paris pour dire aux bailleurs sociaux : « Vous serez moins, voire plus du tout accompagnés sur la construction de logements sociales », c'est évidemment quelque chose qui me préoccupe en premier plan.
« Le logement en territoire ultramarin, à La Réunion en particulier, au Tampon de façon spécifique, c'est une urgence absolue »
Nous, ce qu'on dit, c'est que les l'État se doit d'être aux côtés des personnes qui demandent juste de la dignité. Un emploi, un logement, c'est une question de dignité avant toute chose. On ne peut pas aujourd'hui faire des cadeaux fiscaux aux plus fortunés pendant qu'en bas de l'échelle, les plus petits trinquent avec des économies qui sont réalisées toujours sur le dos des plus fragiles et des plus faibles. Pourquoi on ne met pas à contribution les fortunes, les milliardaires qui voient leur fortune exploser de plus en plus ? Pourquoi est-ce qu'on ne met pas à contribution la part la plus aisée de la société ? Et pourquoi est-ce que doivent en payer les conséquences, toujours les personnes les plus défavorisées ?
Le logement doit être une priorité. La municipalité et l'intercommunalité prendront toutes leurs parts pour faire en sorte que nous puissions construire, octroyer, déployer des logements en priorité aux populations qui viennent du territoire pour pouvoir leur permettre de se loger dignement. On ne peut pas accepter ces familles qui sont entassées les unes chez les autres et qui n'arrivent pas à trouver de perspectives d'avenir, d'emploi qui sont attachées, et des modèles familiaux qui sont mis en péril. Un logement, c'est un droit et il faut impérativement qu'Emmanuel Macron et son gouvernement se réveillent, ou alors que le prochain soit à l'écoute des urgences sociales dans les Outre-mer. Le logement en territoire ultramarin, à La Réunion en particulier, au Tampon de façon spécifique, c'est une urgence absolue. Il faut que l'État mette les moyens pour que les bailleurs sociaux soient accompagnés, parce que sinon, on ne construira plus.
Et qui paiera les conséquences de ça ? C'est la cohésion sociale du territoire. Ce n'est pas juste une famille ou un individu. Quand on crée des gens qui doivent squatter sur trois ou quatre générations différentes sur le même toit, vous créez des conditions propices à l'explosion sociale. Donc, vite que ça se termine et vite que le gouvernement prenne sa responsabilité et finance comme il se doit la ligne budgétaire unique.
Vous avez parlé de mobilité : la Région travaille actuellement sur un projet de train autour de l’île. Est-ce que vous le regardez de près ?
Bien sûr. Il y a deux choses par rapport à ça : l'intérêt du tampon et l'intérêt de La Réunion. Si on se place d'un point de vue strictement Tamponnais, on pourrait dire : « Zut, un projet d'envergure, il ne va pas nous concerner puisqu'il ne va pas passer par notre territoire ». Mais si on sort un peu de notre périmètre, qu'on prend un peu de hauteur et qu'on regarde l'intérêt de La Réunion, on sait que ce dont on a besoin : c'est d'un transport, d'un mode de déplacement qui soit efficace sur le territoire. C'est ça la première question.
Si on veut un modèle de transport efficace, il faut gagner du temps sur des parcours qui sont longs, qui sont saturés. Pour gagner du temps, tous les techniciens et les spécialistes diront, il faut que le train soit sur des zones qui soient relativement planes. Par conséquent, le trajet envisagé de Saint-Joseph à Saint-Benoît suit plus ou moins littoral et permet donc d'atteindre des pointes de vitesse à 100 km/h. Cela permet de garantir le gain de temps et forcément, le train ne passera pas par le Tampon.
La deuxième chose, pour autant, le Tampon ne doit pas être oublié. Ce qu'on est en train de faire, c'est de repenser la mobilité pour toute La Réunion. Donc, il faut que nous ne soyons pas les oubliés du projet lié au train. Et ce projet concerne aussi des gares intermodales et des structures de rabattement vers le train.
Il faut penser un petit peu plus loin que le bout de son nez. Nous avions des grands visionnaires sur l'histoire de La Réunion. Paul Verges en était un, c'était lui qui avait porté le projet de train. Nous avons pris, depuis ce temps, beaucoup trop de retard à cause de ce que je considère être des règlements de compte politiciens et des logiques d'appareils politiques qui ont conduit monsieur Didier Robert à abandonner le projet de tram-train pour nous promettre des bus qui ne sont jamais arrivés, et qui n'a absolument pas traité de la congestion automobile sur le territoire. Aujourd'hui, on rattrape ce retard.
Tant mieux que la Région lance un projet de train, mais maintenant : comment on intègre ce projet dans une infrastructure globale sur l'ensemble du territoire ? Pour moi, les structures de rabattement, c'est la clé. Le Tampon - Saint-Pierre, c'est à peine 10 minutes de liaison. Par conséquent, biaiser le projet de train pour 10 minutes de liaison, ça me semble être complètement stupide. En revanche, prévoir une structure de rabattement efficace entre le Tampon et Saint-Pierre pour se connecter au train, ça, c'est l'avenir.
« Il faut partout où c'est possible, et la commune est le plus beau des espaces, parce que c'est le plus concret, de permettre aux citoyennes et aux citoyens de retrouver la parole et de retrouver les pouvoirs »
Nous -le Tampon, la CASUD, la Plaine-des-Cafres- comptons bien faire entendre notre voix pour ne pas être les oubliés du projet de train, mais pour que la Société des grands projets qui va piloter le projet de train intègre de façon prioritaire la structure de rabattement entre le Tampon et Saint-Pierre. C'est une priorité, non pas parce que je suis un maire de gauche du Tampon, mais bien parce qu'on parle de la troisième ville de La Réunion.
Le prochain grand rendez-vous national des maires, c'est le congrès de l'AMF en novembre. Est-ce que vous allez y participer ? Quels sont les sujets vous comptez mettre en avant ?
Je ne vais pas y participer. J'ai un défaut : je fais beaucoup confiance et je délègue. Par conséquent, s'il y a des élus dans mon conseil municipal qui souhaitent y aller, je vais les accompagner pour pouvoir y aller. Par ailleurs, je ne suis pas fan des grandes messes qui dépensent beaucoup d'argent public pour pouvoir y faire de la représentation. Je sais qu'il s’y passe des choses importantes, mais je pense que le plus important c’est d’être sur le terrain auprès des administrés.
C'est toutefois important que les élus spécialisés sur des thématiques en particulier y aillent pour porter nos projets : La spécificité de notre territoire, la reconnaissance de ces spécificités, les questions de mobilité, les questions d'agriculture, les questions d'éducation et de démocratie qui sont des éléments centraux.
Sur tous les sujets qu'on a évoqués, tous les travaux que vous souhaitez mener en tant que maire, quelle serait pour vous la priorité qui doit être bouclée dans les prochains mois ?
Engager le grand chantier de redonner le pouvoir aux citoyennes et aux citoyens. Je crois vraiment, derrière cette formule qui peut sembler un peu pompeuse, en la sincérité des combats et je pense que notre système politique dans son ensemble souffre de déconnexion. Il faut partout où c'est possible, et la commune est le plus beau des espaces, parce que c'est le plus concret, de permettre aux citoyennes et aux citoyens de retrouver la parole et de retrouver les pouvoirs. C'est ce à quoi on va s'employer.
Et dans six ans, qu'est-ce que vous souhaitez que les habitants du Tampon retiennent de votre premier mandat ?
Exactement dans la même ligne que ce que je viens de vous dire. J'espère que dans six ans, ils seront devenus actrices et acteurs du développement de leur quartier et du développement de leur ville. Et que s'ils souhaitent me refaire confiance si je suis à nouveau candidat, qu'ils le fassent non pas pour mes beaux yeux, non pas pour mon nom, mais parce qu'eux-mêmes souhaitent continuer à s'engager pour leur quartier, et qu'ils aient vraiment la conviction que leurs paroles comptent, que leur pouvoir leur a été rendu et que tout n'est pas capté dans les mains d'un seul décideur qui centralise tout. Ce que je souhaite, c'est que le Tampon devienne une ville 100% démocratique qui permette aux citoyennes et aux citoyens de décider de leur avenir directement.
Lors des municipales, votre victoire a été beaucoup été mise en avant, voire revendiquée, par la France insoumise. Est-ce que ça veut dire que vous, vous soutiendrez la candidature de Jean-Luc Mélenchon pour la Présidentielle ? Et est-ce que vous allez prendre part activement à la campagne ?
Disons les choses très clairement. Je n'ai jamais eu de secret. J'ai toujours milité. Je suis adhérent au PLR, le parti d’Huguette Bello et j'ai toujours été membre de la France Insoumise. J'ai gardé toutes mes convictions depuis 17 ans. On ne peut pas prendre de reproché d'avoir modifié mes engagements politiques.
Par contre, je sais me remettre en question et écouter. Je ne suis pas là pour dire à tout le monde de penser comme moi. Dans mon conseil municipal, vous avez des gens qui vont faire campagne pour Raphaël Glucksmann, vous en avez d'autres qui vont faire campagne pour Marine Tondelier, vous en avez qui ne sont engagés nullement sur une étiquette politique nationale, donc libre à eux de faire campagne pour qui ils souhaitent. Je fais bien la distinction entre la conduite des affaires municipales et notre engagement sur la scène nationale.
Par contre, est-ce que je vais faire campagne pleinement pour Jean-Luc Mélenchon ? La réponse est oui, évidemment. Je vais faire pleinement campagne pour Jean-Luc Mélenchon parce que je pense que son programme est le plus à même de répondre aux difficultés que rencontre La Réunion, et aux inégalités structurelles qui sévissent sur notre territoire. Je pense que l'Avenir en commun, c'est le programme qui peut mieux y répondre.
Maintenant, je ne demande pas à tout le monde d'être d'accord avec moi et je demande à chacun de respecter la liberté d'opinion de chacune et de chacun. Pour moi, la décision, elle est toute faite, elle n'a jamais été cachée et elle continue sa suite logique.
Recours contre Alexis Chaussalet rejeté *Battu de 806 voix par Alexis Chaussalet, l'ancien maire Patrice Thien Ah Koon avait déposé un recours devant le tribunal administratif de Saint-Denis, le 31 mars dernier. Ce dernier « invoquait notamment la promotion du bilan de mi-mandat de son adversaire par la Région, la mise en cause d’un cadre municipal sur Facebook, le meeting organisé sur le parvis d’une église ou encore plusieurs événements et publications intervenus pendant la campagne » relevait Clicanoo. Le 8 septembre, la justice a finalement rejeté le recours de l'ancien maire, confortant l'élection d'Alexis Chaussalet qui, au préalable, a obtenu validation de ses comptes de campagne. |

