ÉCOUTEZ OUTREMERS 360 RADIO

Outremers 360°
Toute l'actualité des Outre-mer à 360°
Formation, gouvernance, innovation : la Réunionnaise Katherine Chatel, co-fondatrice d’Odyssée Réunion, fait bouger les lignes du tourisme

Alors que s’est tenu du 14 au 17 septembre, Porte de Versailles à Paris, le salon IFTM Top Resa, grand rendez-vous des professionnels du tourisme, Katherine Chatel était une nouvelle fois au rendez-vous. Co-fondatrice d’Odyssée Réunion, vice-présidente du MEDEF Réunion et présidente de la commission tourisme de la FEDOM, cette entrepreneuse réunionnaise y vient aussi pour capter les nouvelles tendances d’un secteur qu’elle observe et accompagne depuis près de vingt-cinq ans. De la communication au voyage, elle a fait de l’engagement le fil rouge de son parcours. En 2002, elle crée avec Gwenaëlle Bellec l’agence Odyssée, à La Réunion, en faisant le pari du sur-mesure et du service de qualité. Aujourd’hui, elle défend une vision du tourisme à rebours de la course aux volumes : moins de tourisme de masse, davantage de valeur pour le territoire et ses habitants.

« Mon fil rouge, c’est l’engagement. »

Katherine Chatel résume ainsi un parcours qui l’a menée de la communication au tourisme, avec une même envie : « faire bouger les choses ». « Je n’aime pas les situations acquises et les portes fermées », confie-t-elle.

Réunionnaise, elle débute pourtant loin du voyage. En 1988, elle crée l’agence de communication Bambou. Mais au fil des années, le secteur se transforme : la loi Sapin rebat les cartes du marché publicitaire, certains budgets disparaissent et les attentes des clients évoluent. Katherine Chatel, elle, reste convaincue que La Réunion se comprend d’abord sur le terrain. « J’avais beau leur dire que La Réunion, c’était surtout le terrain qui comptait et qu’il fallait venir à La Réunion… »

Elle choisit alors de changer de voie, avec un impératif : retrouver ce qui l’avait toujours stimulée dans la communication. « Je cherchais quelque chose qui allait me donner autant d’adrénaline. »

Odyssée, le choix du service et du sur-mesure

Le tourisme s’impose presque naturellement. Dans son activité de communicante, Katherine Chatel travaille régulièrement sur l’organisation d’événements, avec une amie du secteur du voyage, Gwenaëlle Bellec. Cette dernière maîtrise parfaitement le métier d’agent de voyages.

En 2001, les deux femmes décident de se lancer ensemble. Mais les obligent à décaler leur projet. Face aux images des avions percutant les tours du World Trade Center, le projet est nécessairement réinterrogé. Les deux associées prennent six mois pour revoir leur modèle avant d'ouvrir Odyssée le 1er avril 2002.

Le parti pris est déjà atypique : pas de vitrine donnant sur rue, mais une agence installée en étage et une activité construite d’abord à partir de leurs réseaux professionnels. Le bouche-à-oreille fait le reste. Chacune arrive avec son carnet d’adresses et ses premiers grands comptes. Très vite, Odyssée choisit de ne pas entrer dans une bataille sur les prix mais de miser sur la qualité du service : « On est une agence de service dans laquelle on vend du voyage sur mesure, des prestations sur mesure, des congrès, des événements pour nos clients. »

Aujourd’hui encore, environ 60 % de la clientèle est constituée de chefs d’entreprise et de voyageurs d’affaires. Une clientèle exigeante, susceptible de modifier un déplacement au dernier moment, pour laquelle la disponibilité et la capacité à trouver une solution font partie du métier. Odyssée compte aujourd’hui une dizaine de salariés.

Deux tempéraments, une même aventure

« On a chacune un caractère bien trempé, mais on est complémentaires. » Cette complémentarité nourrit aussi le positionnement d’Odyssée. « Vendre un billet, c’est très technique. Moi, ce qui m’intéressait, c’était plutôt d’avoir la valeur ajoutée au voyage. » Une philosophie qui ne l’a jamais quittée en près de vingt-cinq ans.

Lorsque l’agence se lance, Internet commence à bouleverser les usages et la réservation touristique. Aujourd’hui, c’est l’intelligence artificielle qui questionne à son tour les métiers. Pour Katherine Chatel, le principe reste le même : s’appuyer sur la technologie sans perdre ce qui fait la différence, l’humain. « Internet plus l’humain. Et aujourd’hui, l’IA, c’est très bien, mais la valeur ajoutée de l’IA, c’est l’humain. »

Privilégier la valeur plutôt que le volume

Parce qu’elle est Réunionnaise, Katherine Chatel porte aussi une certaine idée de son territoire.

L’insularité ? « Il faut faire de sa contrainte une qualité. » Lorsqu’elle démarche les marchés chinois, indiens ou africains, elle met justement en avant ce qui singularise La Réunion : sa diversité, ses diasporas, son métissage culturel, ses traditions et sa capacité à faire cohabiter sur un même territoire des influences venues d’Europe, d’Afrique et d’Asie.

Cette singularité nourrit aussi sa conception du développement touristique. Katherine Chatel rejette le tourisme de masse et ne croit pas non plus à la course au million de visiteurs : « Il vaut mieux avoir moins [de touristes] avec plus de dépenses pour que les Réunionnais profitent de cette valeur ajoutée. »

Une approche qui passe aussi par un tourisme plus responsable et davantage ancré dans le territoire. Odyssée Réunion développe notamment des offres de slow tourisme, pensées autour d’une découverte plus locale, plus immersive et plus respectueuse de la destination. Une démarche qui a été distinguée par le Business MEDEF Award « Économie durable », remis à l’agence pour ces produits.

Le club du tourisme de La Réunion

Après la crise du chikungunya, Katherine Chatel participe avec une trentaine de chefs d'entreprise du secteur à la création du Club du Tourisme de La Réunion. L’idée est alors simple : sortir de l’isolement et permettre aux professionnels d’avoir une voix commune. Une trentaine au départ, ils sont désormais une centaine à participer à cette dynamique.

Formation, infrastructures, qualité de l’accueil, desserte aérienne, aménagement des sites : le Club défend une approche du tourisme comme un véritable écosystème. Une réflexion prolongée les 3 et 4 septembre derniers, à l’occasion du Forum inspirant des professionnels du tourisme, consacré notamment aux infrastructures, à l’accueil, aux incivilités et à l’ouverture du ciel. Le plaidoyer de Katherine Chatel reste celui d’une gouvernance plus simple, capable de faire travailler ensemble professionnels, collectivités et services publics.

« Le tourisme, c’est un perpétuel renouvellement »

Cette semaine, c’est à Paris que Katherine Chatel poursuit sa veille. Elle participe à IFTM Top Resa, grand rendez-vous professionnel du tourisme organisé du 15 au 17 septembre à la Porte de Versailles.  « Je vais à tous les ateliers ou à toutes les conférences pour voir ce que je peux adapter à La Réunion. »

Car son regard dépasse désormais largement Odyssée. Elle réfléchit autant à son entreprise qu’aux évolutions dont pourrait bénéficier son territoire.

Former les futurs professionnels du tourisme

La formation des jeunes fait notamment partie de ses priorités. Présidente de la commission tourisme de la FEDOM, elle porte l’idée d’un dispositif inspiré d’Erasmus Outre-mer, inspiré du système Erasmus qui a fait largement ses preuves mais pensé à l’échelle des bassins ultramarins, afin que les jeunes Réunionnais et ultramarins puissent davantage se former et acquérir de l’expérience dans leur environnement régional. Une façon, encore, de transformer les contraintes géographiques en opportunités.