Homme de médias et de culture, Jean-Marc Crantor vient de prendre la direction de la Maison de la Guadeloupe à Paris, inaugurée en octobre 2025. Il dévoile ses premières orientations : faire du lieu un trait d'union entre l'archipel et la diaspora, avec la culture comme fer de lance.
Son parcours est celui d'un « homme issu des médias, de l'audiovisuel en particulier », passé par différentes structures publiques et privées, principalement en télévision. C'est cette expérience du terrain et de la mise en réseau qui l'a convaincu de postuler. « C'est l'envie de promouvoir la Guadeloupe, l'envie de bâtir un projet pour mettre en valeur le territoire dont je suis originaire », explique-t-il. À peine arrivé, il a déjà soumis au président du Conseil départemental Guy Losbar un projet stratégique pour faire vivre la Maison de la Guadeloupe,en attente de validation formelle. Un projet stratégique qui répond à un objectif précis : «c'est vraiment aller chercher dans tous les domaines, toutes les compétences guadeloupéennes, qu'elles soient ici, là-bas ou ailleurs»
La mission affichée est claire : faire de la Maison « un trait d'union entre l'archipel guadeloupéen et les Guadeloupéens qui se trouvent dans l'Hexagone, voire au niveau européen ». Pas question pour autant d'en faire une antenne administrative de plus. « Je ne veux pas que cette maison soit le ministère, la mairie. On est un interlocuteur facile d'accès. » Les premiers retours depuis l'inauguration vont dans ce sens : des associations, des porteurs de projets, des structures culturelles ont déjà frappé à la porte, et des demandes sont arrivées très rapidement, notamment pour un festival.
Son projet phare de première année de mandat est résolument culturel. Pour Jean-Marc Crantor, les talents guadeloupéens sont encore invisibles en Hexagone, non par manque de qualité, mais par manque de visibilité institutionnelle. Il prend l'exemple de la danse : « Les grandes salles nationales aux États-Unis, en Afrique du Sud, traverser le monde pour trouver des chorégraphes. À aucun moment elles se disent : on a des territoires ultramarins, que font-ils ? » Il cite par exemple Léo Lérus, chorégraphe guadeloupéen dont la pièce a été présentée au Théâtre de la Ville puis au Grand Palais et qui vient d'être nommé chorégraphe associé au Théâtre National de Chaillot. Jean-Marc Crantor y voit un signal à amplifier. « le Théâtre National de Chaillot a d'ailleurs confirmé une biennale de la danse dans laquelle trois chorégraphes ultramarins seront mis à l'honneur», précise-t-il. Un projet soumis à la Comédie Française autour des écritures ultramarines a lui aussi reçu un accueil positif.

À court terme, la Maison accueillera de nombreuses rencontres littéraires dont une programmation de rencontre avec les éditions Neg Marron, avec des ateliers pour permettre aux jeunes de la diaspora de découvrir cette littérature. Jean-Marc Crantor indique être aussi avec un professeur de français d'un lycée de Vincennes qui étudie le roman de l'écrivaine guadeloupéenne Simone Schwarz-Bart « Pluie et vent sur Télumée Miracle, inscrit dans les œuvres au programme national du bac de français. « Nous avons ce projet et pour lequel nous souhaitons travailler avec Simone Schwarz-Bart autour de son roman par le biais d'ateliers littéraires. J'ai contacté un écrivain qui connaît bien l'œuvre afin de voir comment organiser ces ateliers .Il est important d'apporter à cette jeunesse, qui n'a pas grandi dans cette culture guadeloupéenne, les éclairages pour mieux comprendre cette culture».
«Il y aura des rendez-vous culturels, une programmation assez riche et variée, pour permettre à chacun de se retrouver dans ce qu'il aime», assure le directeur de la Maison de la Guadeloupe
Au-delà de la programmation culturelle, Jean-Marc Crantor veut que la Maison serve d'appui concret aux Guadeloupéens établis en France : accompagnement des associations, soutien aux jeunes entreprises, mise en réseau. Il souhaite également travailler avec les autres maisons ultramarines existantes. Sa conviction : « La Guadeloupe est partout dans le monde au Luxembourg, en Afrique, au Japon. Il faut absolument accompagner ce mouvement. » Et pour la diaspora elle-même, il a un message : « Tendre la main, être à l'écoute. C'est peut-être ce qui manque aussi aux Ultramarins, c'est une vraie entraide. »
Après un an d'existence, la Maison de la Guadeloupe se structure. « On est vraiment en période de construction », reconnaît Jean-Marc Crantor. Mais le cap est posé : « Dans une maison, il y a des choses qui se passent, des choses qui disparaissent, des choses qui apparaissent. Il faut que la Maison de la Guadeloupe reflète cette culture de la maison : un lieu où on vient, où on part, mais d'où on peut revenir. »

