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Tribune. Lutte contre le racisme : « Pourquoi n'avons-nous pas vu les responsables politiques se rassembler, au-delà de leurs divergences, pour condamner ensemble le racisme et la haine antimusulmane ? » s'interroge  Serge Romana, professeur de médecine et président de la Fondation Esclavage et Réconciliation
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Dans cette première tribune consacrée à la lutte contre le racisme, Serge Romana, professeur de médecine et généticien, fondateur du Comité Marche du 23 mai 1998 (CM98) et président de la Fondation Esclavage et Réconciliation, revient sur les problématiques qui ont forgé son itinéraire contre les discrimations. L’histoire des Antilles, l’importance de la filiation génétique à l’Afrique, les idéologies coloniales des sociétés occidentales, l’intolérance des religions, et enfin les récents attentats racistes de Trappes et de La Verrière qui l’ont profondément marqué. « La mort d'un homme victime de la haine raciste ou religieuse devrait provoquer la même indignation nationale, quelle que soit son identité », affirme-t-il.
 

« Sa ki bon pou zwa, bon pou kanna ! » (« Ce qui est bon pour l'oie est également bon pour le canard », [dicton créole antillais, ndlr]). La vie d'un homme qualifié de « Noir » ou de musulman importe autant que celle de tous les autres ! Je ne suis ni Noir ni musulman. Je déteste les catégorisations des êtres humains fondées sur la couleur de leur peau ! Je suis Antillais, descendant d'esclaves. Mes aïeux ont connu le racisme colonial qui s'est construit et développé dans les sociétés de plantation. Pour ce qui me concerne, c'est dans les champs de canne à sucre de la Guadeloupe que cette histoire s'est inscrite.

Je suis également généticien. Je sais donc que l'Afrique est le continent où la diversité génétique humaine est la plus importante. Et cela n'a rien d'étonnant. C'est en Afrique que notre espèce est apparue, il y a environ 300 000 ans. C'est là qu'elle a vécu le plus longtemps, se diversifiant au fil des millénaires et s'adaptant à des environnements extrêmement variés. Les généticiens savent ainsi que la diversité génétique présente au sein des populations africaines est considérable, et que certaines populations africaines peuvent être génétiquement plus différentes entre elles qu'elles ne le sont de populations vivant sur d'autres continents.

 « Le colorisme, cette hiérarchisation intime des individus »

Les populations actuelles des autres continents descendent en grande partie d'un nombre relativement restreint d'humains qui ont quitté l'Afrique il y a environ 60 000 à 70 000 ans. Cette diversité humaine se manifeste également sur le plan culturel. L'Afrique possède une extraordinaire diversité de langues, de traditions et de civilisations. Comment peut-on alors prétendre enfermer une telle diversité humaine dans une seule catégorie, celle de « Noir » ?

Cette réduction est une absurdité. Une absurdité que l'Europe coloniale a transformée en système de classification et de hiérarchisation des êtres humains, et qui a fini par contaminer les esprits, y compris ceux des victimes de ce système. Dans ma société guadeloupéenne, elle a notamment engendré le colorisme, cette hiérarchisation intime des individus selon la nuance de leur peau, qui peut traverser les familles elles-mêmes.

Dans les sociétés occidentales, les idéologies racistes ont justifié la domination, l'exclusion et parfois le meurtre. C'est pourquoi je refuse qu'on m'enferme dans l'étiquette de « Noir ». Je suis un être humain, Antillais, descendant d'esclaves. Mon histoire ne se résume pas à la couleur de ma peau. Je ne suis pas davantage musulman. Je n'ai été baptisé dans aucune religion, même si Jésus demeure pour moi un repère moral.

Mais je sais aussi qu'en son nom ont été entreprises les croisades et commis des crimes. Je respecte les croyants, qu'ils invoquent Allah, le Dieu des chrétiens ou d'autres divinités. Je reconnais le rôle considérable que les religions ont joué dans la construction des sociétés humaines. Mais je sais également qu'en leur nom ont été commis, et se commettent encore, des crimes de masse. Aucune religion, aucune origine, aucune couleur de peau ne saurait donc justifier qu'une vie humaine ait moins de valeur qu'une autre.

« Aucun être humain ne doit être tué en raison de son origine, de sa couleur de peau ou de sa religion »

C'est pourquoi les événements de Trappes et de La Verrière m'interrogent si profondément. Comment comprendre le spectacle auquel nous avons assisté ? Lorsque Ilan Halimi fut assassiné parce qu'il était juif, une indignation nationale s'était exprimée pour dire non à l'antisémitisme. Pourquoi n'avons-nous pas assisté à une mobilisation comparable pour Pengo ? Pourquoi n'avons-nous pas vu les responsables politiques se rassembler, au-delà de leurs divergences, pour condamner ensemble le racisme et la haine antimusulmane ? Au lieu de cela, nous avons vu des partis politiques intervenir chacun de leur côté, avec leurs mots, leurs calculs et leurs stratégies.

Quel triste spectacle que celui d'une France incapable de se retrouver autour d'un principe pourtant élémentaire : aucun être humain ne doit être tué en raison de son origine, de sa couleur de peau ou de sa religion. Ce principe devrait nous réunir tous, quelles que soient nos convictions. Car la vie d'un juif vaut celle d'un Africain. La vie d'un chrétien vaut celle d'un musulman. La vie d'un homme que l'on appelle « Noir » vaut celle de tous les autres. Et la mort d'un homme victime de la haine raciste ou religieuse devrait provoquer la même indignation nationale, quelle que soit son identité.

« Sa ki bon pou zwa, bon pou kanna ! »

Serge Romana

Professeur de médecine, généticien. Président de la Fondation Esclavage et Réconciliation

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