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Route du Rhum 2026 : A 39 jours du départ de Saint-Malo, les skippers ultramarins « prêts à larguer les amarres»
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Le 1er novembre, 118 skippers s'élanceront de Saint-Malo pour rejoindre Pointe-à-Pitre pour la 13 édition de la Route du Rhum-Destination Guadeloupe. Parmi eux, une poignée de marins des Outre-mer, originaire de Guadeloupe, de  Martinique et pour la première fois de Wallis-et-Futuna qui font de cette course transatlantique bien plus qu'une compétition.  Avant le départ, c'est au sein d'une salle mythique parisienne, Les Folies Bergères, que s'est tenue la présentation officielle des skippers. Entre excitation, performance et concrétisation de rêve, le compte à rebours est lancé pour ces navigateurs qui souhaitent inscrire leur nom dans le palmarès de cette course transatlantique légendaire.

Le compte à rebours est bel et bien lancé pour la 13ème édition de la Route du Rhum-Destination Guadeloupe ! 118 skippers, 6 catégories de bateaux (Ultim, Ocean Fifty, IMOCA, Class40, Vintage Multi et Vintage Mono) composent cette nouvelle édition. Chez l’ensemble des skippers, la pression monte et le temps est compté pour être fin prêt avant cet intense sprint océanique. Beaucoup d'excitation régnait aux Folies Bergères hier à Paris parmi les navigateurs présents. Près de 48 ans après sa première édition, cette traversée de l'Atlantique en solitaire de Saint-Malo à Pointe-à-Pitre fait toujours rêver. Une excitation qui est encore plus exacerbée pour les navigateurs originaires de la Guadeloupe.

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Damien Seguin (Guadeloupe) : "La peur te maintient en vie"

Damien Seguin © Outremers 360

C'est sa cinquième Route du Rhum, mais pour Damien Seguin, cette édition 2026 a un goût particulier. Le skipper guadeloupéen a choisi de revenir en multicoque, à bord de l'ancien Fujicolor 2, un trimaran Orma chargé d'histoire. "Ce bateau, la première fois que je l'ai vu, j'avais 10 ans, j'étais sur les pontons de Pointe-à-Pitre, à l'arrivée de la Route du Rhum 90. J'étais loin de penser que 36 ans après j'allais racheter ce bateau et moi aussi faire une Route du Rhum avec. Donc l'histoire elle est magnifique."

L'engin a tout gagné dans sa carrière sauf la Route du Rhum. La pression est là, Seguin ne la cache pas. "Traverser l'Atlantique tout seul sur des engins aussi grands, aussi rapides, aussi puissants, c'est jamais quelque chose de gagné. Je n'ai aucune garantie d'arriver en Guadeloupe." Sur les angoisses du départ, sa philosophie est claire : "Sur ces engins-là, si tu n'as pas peur, c'est là que tu commences à faire des bêtises. La peur te maintient en vie."

Gilles Lamiré (Martinique) : "À tous les Guadeloupéens, j'arrive"

Gilles Lamiré  © Outremers360

Martiniquais, navigateur dans l'âme, Gilles Lamiré s'apprête à disputer sa sixième Route du Rhum. Son bateau — un Orma rebaptisé Groupe-GCA — a dormi dix ans au sec à Saint-Malo avant d'être entièrement remis en état pour cette édition. "Il a attendu son heure et son heure est venue de renaître", dit-il. Le chantier a été total : voiles, gréement, électricité, mécanique. "Le bateau, on dirait qu'il est neuf."

Au-delà de la course, Lamiré navigue pour une cause : l'association "La Route du Cœur", qui sensibilise aux maladies cardiaques. "Il vaut mieux se faire détecter un petit peu plus en amont et réparer les pièces du moteur avant qu'elles lâchent." À l'arrivée, son message aux Antilles est déjà prêt : "À tous les Guadeloupéens, j'arrive."

Kéni Pipérol (Guadeloupe) : "La Guadeloupe, c'est mon carburant"

Kéni Piperol © Outremers360

En Class 40, Kéni Pipérol aborde cette Route du Rhum avec un projet reconstruit de fond en comble. Le Guadeloupéen a tout repris depuis presque zéro : nouvelle équipe, nouveau projet, déménagement en Bretagne. Et le financement n'a rien eu d'évident. "Le premier dossier de sponsoring a été envoyé en mars 2025. En décembre 2025, je n'avais même pas de quoi louer le bateau." La machine s'est pourtant mise en marche avec des partenaires "quasiment essentiellement guadeloupéens".

Ce sera sa deuxième participation à La Route du Rhum. L'expérience, il entend la mettre au service de la gestion du risque. "Je sais que je ne me priverai de rien et je peux faire partie des surprises, pourquoi pas." Il porte aussi sur cette course la cause de la drépanocytose. "La Guadeloupe c'est mon carburant, c'est chez moi, c'est ce qui m'anime."

Yannick Rebuffat (Guadeloupe) : trois ans pour un rêve

Yannick Rebuffat © Outremers 360

Il habite en Guadeloupe depuis une trentaine d'années, et c'est de là qu'est né son projet. «À force de voir les petits copains arriver à la Route du Rhum et les recevoir, ça a fini par me donner envie.» Il lui a fallu presque trois ans pour monter la campagne. Son Class 40, le numéro 107, est une ancienne génération, construit en Nouvelle-Zélande. «Ce n'est pas le dernier des bateaux qui sont sortis, mais c'est un bateau solide, fiable.»

Pour se préparer, il a convoyé le bateau dans l'autre sens, de Guadeloupe jusqu'au Havre. «J'ai adoré ça et je me sens beaucoup mieux dans mes baskets pour appréhender cette course.» Son objectif : finir dans sa classe. Et rentrer à la maison. «La Guadeloupe c'est le rêve pour tous les marins».

David Ducosson (Guadeloupe) : faire une «belle course»

David Ducosson

A 54 ans,  c'est sa troisième participation. David Ducosson repart avec son fidèle Trilogic, un trimaran vintage multi qu'il a acquis et restauré il y a quatre ans. La concurrence dans sa classe est relevée, il le sait. Pas question pour autant de se fixer un objectif de classement. «Faire une belle course : couper la ligne d'arrivée satisfait de la trace parcourue et des confrontations avec les concurrents.» Ce qui le redoute le plus ? «La première semaine de course, en raison des zones très fréquentées, du trafic maritime dense et d'une météo souvent délicate en novembre.» Après ça, dit-il, la navigation devient plus sereine.

Rodolphe Sepho (Guadeloupe) : «Représenter mon île»

Rodolphe Sepho © Outremers360

Troisième ou quatrième Route du Rhum pour Rodolphe Sépho — il navigue trop pour compter. "Je suis navigateur à l'année, je fais pas mal d'autres courses, des grandes, des petites, des moyennes." Pour cette édition, il a récupéré un bateau "bien abouti", sans modification nécessaire. L'état d'esprit est à la sérénité. "On n'est plus dans la préparation, on est déjà en course, on est déjà parti."

Fondateur de l'association Rêves de large dedee depuis 2014, sa mission : promouvoir son territoire et accompagner la jeunesse. «Hâte de représenter mon île, de me bagarrer un peu avec les copains. En gros, de faire ce qu'on aime tout simplement.»

Thibaut Vauchel-Camus (Guadeloupe) : «Partir de chez soi et arriver chez soi»

Thibault Vauchel Camus © Outremers360

Thibaut Vauchel-Camus est annoncé parmi les 4 ou 5 grands favoris de cette édition. L'attention ne l'effraie pas — elle est simplement à gérer. "Moi je sais où j'en suis, je sais ce que je veux, je me débrouille avec mes ambitions, mes moyens et ma confiance. J'y vais sereinement." Ce qui le préoccupe davantage, c'est la transition psychologique entre le village de Saint-Malo et le grand large. "Quand on passe de 10 jours de village où on voit des dizaines de milliers de personnes tout le temps sur les pontons, et en quelques heures se retrouver tout seul, fin novembre, sur un bateau pour traverser l'Atlantique Nord — il y a une transition qui est assez rude."

Pour ce Guadeloupéen, la course a une dimension particulière : il part de chez lui pour revenir chez lui. "C'est quelque chose de génial, mais qui a aussi un petit sujet : on est quand même très sollicité. Il faut apprendre à se protéger et à rester un peu dans sa bulle." Son objectif ne souffre pas l'ambiguïté. La dernière édition était "un peu frustrante". Cette fois, il veut gagner :  "offrir le premier tipunch au deuxième". 

Ulysse Pozzoli (Guadeloupe): la bouée de Basse-Terre comme point de départ

Ulysse Pozzoli a grandi en regardant les bateaux de la Route du Rhum arriver à Pointe-à-Pitre, tout près de la bouée de Basse-Terre. Ce départ de Saint-Malo est l'accomplissement d'un rêve d'enfant. «La course au large, c'est magique : on part du froid pour arriver sous la chaleur, à la maison.» Il voit la Route du Rhum comme «la Coupe du Monde de la voile» et entend représenter dignement son territoire.

Trois ans de travail ont été nécessaires pour monter le projet. Il a accumulé les milles, enchaîné les courses locales et les traversées transatlantiques pour connaître sa monture. Ses craintes sur la route ? La pointe de Brest, les courants du Four et du Raz de Sein, et le golfe de Gascogne, "en colère" en novembre. «La course au large est un sport mécanique, il faut toujours rester vigilant aux surprises.» 

Lomano Takasi : le drapeau de Futuna sur l'Atlantique

Lomano Takasi © Outremers 360

Il sera le premier marin de Wallis-et-Futuna à s'élancer sur la Route du Rhum. Lomano Takasi, 35 ans, Class 40 Réauté Chocolat, porte un projet construit depuis 2024.Après deux ans de préparation, Lomano Takasi est prêt à faire le grand saut. «La Polynésie, on a quand même un passif ancestral d'un peuple de grands navigateurs. Je suis hyper fier de pouvoir représenter la Polynésie au sens large à travers la Route du Rhum.»

Son objectif : finir, voir la Guadeloupe, et viser un top 20 en Class 40. Sur les 49 bateaux de la catégorie, l'ambition est réaliste mais exigeante. «C'est un mélange d'excitation, d'impatience. J'ai envie de profiter de chaque dernier instant.»

Francis Le Goff, directeur de course : «Une bagarre de tous les instants»

Derrière les skippers, il y a celui qui veille sur la course depuis les coulisses. Francis Le Goff, directeur de course de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe, annonce une édition sous tension. «Il y a des bateaux qui sont aboutis, à l'apogée, et il y a des bateaux tout neufs qui arrivent, qui donnent un peu d'inconnu avec des marins qui sont très très forts. Ça va créer du suspense. C'est ce qu'on aime aussi dans le sport.»

Sur le fond, rien ne change dans l'ADN de la course : un seul départ, une seule arrivée, le même parcours pour tous — petit ou grand bateau. «C'est la base, c'est l'ADN de la Route du Rhum Destination Guadeloupe.» La grande nouveauté est technologique : les marins peuvent désormais envoyer des images du bord en direct, depuis le milieu de l'Atlantique. «C'est un truc absolument génial de pouvoir voir comment ça bouge dans un bateau, qu'est-ce qu'il se passe en plein milieu de l'Atlantique alors qu'on est bord à bord et qu'on veut gagner une course.»

Sur les vitesses attendues, Le Goff laisse peu de place au doute. «Ça va être 6 jours et demi. On peut attendre le premier le 7 novembre. C'est assez incroyable de se dire qu'avec un bateau à voile, uniquement du vent et des voiles, on puisse traverser l'Atlantique aussi rapidement.» Les Ultim volent désormais au-dessus de l'eau dès 10 à 12 nœuds de vent, travaillant l'aérodynamique comme des Formule 1. «Dès qu'on vole, on va beaucoup plus vite que tout le monde. Le grand challenge, c'est voler très vite, très tôt.»

Ce qui lui reste de toutes les éditions passées ? Ce n'est pas un podium. «Cette fête qui est faite en Guadeloupe, même au dernier de la course je trouve ça absolument admirable.» Et son attente pour celle-ci : «Une bagarre de tous les instants. On espère qu'ils arriveront à dépasser l'effort physique pour nous faire vivre cette route du Rhum depuis l'intérieur.»

Une nouvelle édition et de nombreuses innovations

La présentation officielle de la Route du Rhum - Destination Guadeloupe, ce mardi après-midi  a également permis d’en savoir plus sur les nombreuses surprises au programme de cette nouvelle édition. La grande nouveauté cette saison, c’est la première édition du « Off du Rhum ». Lancée par la Ville de Saint-Malo, Saint-Malo Agglomération et la région Bretagne, en collaboration avec les organisateurs, cette initiative vise à prolonger la fête dans les quartiers de Saint-Malo et les communes de l’agglomération à travers des animations, rencontres, concerts et autres rendez-vous culturels.

En parallèle aura lieu le Festival Art Explora qui se tiendra à bord du premier bateau-musée en France. Ce concept propose une exposition inédite et ouverte à tous ainsi qu’un programme de spectacles, de danses, de concerts et de performances pendant toute la durée du village. Les plus jeunes ne sont pas oubliés : afin de les aider à suivre la course, un kit pédagogique est mis à disposition des enseignants. En s’appuyant sur le parcours de la course, il permet d’aborder les matières scolaires à travers l’aventure des skippers. De plus, pour la première fois dans la course au large, une cartographie enfant sera mise en place par l’organisateur. 

Ary Chalus, Président du conseil régional de Guadeloupe : «La Route du Rhum – Destination Guadeloupe est une histoire qui unit profondément notre territoire à la mer. Nos skippers, nos artisans et toutes nos forces vives en sont les ambassadeurs. Ensemble, nous voulons faire de cette 13e édition un grand moment de rassemblement et de partage, qui fasse vivre la Guadeloupe, sa mémoire maritime, ses talents et tout ce qui fait la force et l’attractivité de notre destination. Nous vous donnons rendez-vous en Guadeloupe pour célébrer cet événement exceptionnel et partager toute la magie de l'arrivée.»

Gilles Lurton, Maire de Saint-Malo et Président de Saint-Malo Agglomération : «Saint-Malo est fière d’accueillir la 13e édition de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe, cette course emblématique profondément ancrée dans notre identité maritime et qui fait rayonner notre territoire bien au-delà de nos côtes. Durant 13 jours, nous aurons à cœur de faire vivre aux nombreux visiteurs toute l’émotion et la ferveur de ce grand rendez-vous. Je souhaite à l’ensemble des skippers une belle aventure ! »