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Recyclage des déchets plastiques : le pari ultramarin de Monomeris Chemicals

Par ~4 min lecture
Recyclage des déchets plastiques : le pari ultramarin de Monomeris Chemicals

Né en Guyane, Yannick Fleret n'a jamais oublié les réalités de son territoire d'origine. Aujourd'hui directeur Développement & Stratégie de Monomeris Chemicals, il porte avec le Réunionnais Maxime Lepinay une ambition singulière : faire des Outre-mer les laboratoires d'une nouvelle économie circulaire fondée sur la valorisation locale des déchets plastiques. Pour Outremers360, il revient sur cette innovation industrielle et sur le potentiel des territoires ultramarins pour accélérer la transition écologique.

À l'heure où les territoires ultramarins font face à des défis croissants en matière de gestion des déchets, l'entreprise française Monomeris Chemicals estime avoir développé une solution adaptée à leurs contraintes géographiques, foncières et environnementales.

L'entreprise, qui a inauguré en mai dernier son site industriel d'Avelin, dans les Hauts-de-France, après sept années de recherche et développement, entre désormais dans une phase de déploiement commercial. Parmi ses priorités : les Outre-mer.

Transformer les déchets en ressources

Le constat est sans appel. Une grande partie des plastiques utilisés au quotidien n'est aujourd'hui ni recyclée ni réutilisée. Ces déchets terminent généralement leur parcours dans des centres d'enfouissement ou des unités d'incinération.

Pour Yannick Fleret, cette situation est particulièrement problématique dans les territoires ultramarins où l'insularité, l'éloignement et le coût du transport compliquent la gestion des déchets. « Aujourd'hui, envoyer des déchets dans l'Hexagone est une aberration », estime-t-il.

L'ambition de Monomeris est précisément de rompre avec cette logique en traitant les déchets au plus près de leur lieu de production.

Une approche différente de la pétrochimie classique

Le procédé développé par Monomeris Chemicals repose sur une technologie de dépolymérisation ionique. Concrètement, les plastiques sont constitués de longues chaînes moléculaires appelées polymères. La technologie vise à casser ces chaînes afin de retrouver des molécules plus simples pouvant être réutilisées comme matières premières industrielles. « Contrairement à certaines technologies de recyclage chimique souvent associées à la pétrochimie traditionnelle, Monomeris développe un procédé fonctionnant grâce à des catalyseurs sous la forme de sels fondus spécialement formulés après plusieurs années de recherche. » explique Yannick Fleret.

Au contact de cette solution, les plastiques complexes se transforment en gaz valorisables. Ces gaz peuvent ensuite être utilisés de deux façons : soit comme matière première pour fabriquer de nouveaux produits soit comme source d'énergie dans certaines applications industrielles.

L'entreprise met également en avant une consommation énergétique significativement plus faible que celle de certains procédés thermochimiques classiques, ainsi que l'absence de résidus toxiques directes grâce à un système de purification intégré.

De haut en bas, et de gauche à droite : Les étapes du procédé de dépolymérisation ionique

Une technologie pensée pour les contraintes ultramarines

L'une des particularités du projet réside dans son format. Là où les infrastructures de traitement des déchets nécessitent souvent des installations importantes, Monomeris Chemicals a conçu une unité compacte intégrée dans un conteneur maritime. Une caractéristique qui répond directement à l'un des principaux enjeux des territoires ultramarins : la rareté du foncier. « Nous avons développé une solution qui prend très peu de place », explique Yannick Fleret. « L'objectif est de pouvoir installer directement l'unité à proximité des gisements de déchets. »

Cette approche pourrait permettre aux collectivités de traiter localement des déchets qui, jusqu'à présent, étaient souvent exportés ou stockés faute de solution adaptée.

Un partenariat stratégique avec Interco' Outre-mer

C'est dans cette perspective que Monomeris Chemicals a récemment officialisé un partenariat avec Interco' Outre-mer.

L'objectif est double. D’abord mieux comprendre les besoins spécifiques des collectivités ultramarines et enfin construire avec elles des solutions adaptées aux réalités locales. L'entreprise multiplie déjà les échanges avec plusieurs territoires, notamment la Guyane, la Martinique, Mayotte, la Guadeloupe et La Réunion. Une délégation d'élus ultramarins s'est d'ailleurs rendue récemment sur le site industriel d'Avelin afin de découvrir la technologie.

Pour Yannick Fleret, les Outre-mer ne doivent plus être considérés uniquement comme des territoires confrontés à des difficultés environnementales, mais comme des espaces capables d'innover.

De nouvelles filières économiques à construire

Au-delà de l'enjeu environnemental, Monomeris Chemicals voit dans sa technologie un levier de développement économique pour les territoires ultramarins. L'installation d'unités de traitement nécessiterait en effet la présence de techniciens qualifiés chargés de la maintenance, de l'exploitation et du suivi quotidien des équipements.

« Il y aura toujours besoin de compétences sur place pour faire vivre ces installations au quotidien », souligne Yannick Fleret. Si les unités pourront être supervisées à distance grâce à des outils de contrôle en temps réel, l'entreprise mise sur la création d'emplois locaux pour accompagner leur déploiement.

Pour le dirigeant guyanais, l'enjeu dépasse toutefois la seule question de l'emploi. « Cette technologie peut permettre de créer de nouvelles filières de recyclage là où elles n'existent pas encore », explique-t-il. L'objectif n'est pas de reproduire un modèle conçu pour l'Hexagone, mais de développer des solutions adaptées aux réalités locales.

Une approche qui passe aussi par un changement de regard sur les déchets. « Aujourd'hui, beaucoup les voient comme un problème. Nous, nous les considérons comme une ressource », affirme Yannick Fleret. Une ressource qui, une fois valorisée localement, pourrait devenir un moteur de développement économique et contribuer à la transition environnementale des territoires.

Les Outre-mer, vitrine de la transition écologique

Pour le dirigeant guyanais, les territoires ultramarins possèdent un avantage souvent sous-estimé : leur taille.

Des territoires plus restreints, des circuits plus courts et des communautés fortement sensibilisées aux enjeux environnementaux pourraient accélérer la mise en place de nouveaux modèles d'économie circulaire. « Je vois les Outre-mer comme une vitrine de l'Europe sur ces sujets », affirme-t-il. « Les résultats peuvent y être visibles beaucoup plus rapidement. »

Une vision qui s'appuie également sur une mémoire collective. « Les sociétés ultramarines ont longtemps pratiqué naturellement ce que l'on appelle aujourd'hui l'économie circulaire : réutilisation, réparation, limitation du gaspillage et valorisation des ressources disponibles. » se souvient-il.

« J'ai toujours essayé de mettre en avant ce que j'ai appris chez moi en Guyane, quand j'étais plus jeune : la résilience, l'effort, la capacité à rester positif même dans les situations compliquées », confie-t-il. Des valeurs que Yannick Fleret attribue à l'éducation reçue et à l'environnement dans lequel il a grandi.

Transformer les défis en opportunités

Aujourd'hui, à travers ses engagements et les projets qu'il accompagne, il souhaite contribuer à faire émerger de nouvelles perspectives pour les Outre-mer. « Nous avons chez nous un véritable vivier de talents, des ressources exceptionnelles et une formidable capacité d'innovation. Il faut simplement apprendre à mieux le dire, à mieux le montrer et à croire davantage en ce que nous sommes capables de construire », estime-t-il.