Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva a réussi un spectaculaire retour dimanche en remportant un nouveau mandat, mais son rival Flavio Bolsonaro a refusé d’accepter sa défaite et annoncé qu’il demanderait l’annulation du scrutin.
Avec la victoire de Lula, le Brésil a résisté à une vague conservatrice qui a vu de nombreux pays, comme l’Argentine, le Chili, la Colombie et le Pérou, basculer à droite, avec le soutien du président américain Donald Trump. L’icône de la gauche et candidat du Parti travailliste, qui fêtera ses 81 ans mardi, a déjoué les pronostics en remportant un quatrième mandat inédit.
Selon les résultats officiels, il a recueilli 51,8 % des voix, contre 48,2 % pour Flavio Bolsonaro, soit environ 4,4 millions de suffrages supplémentaires en faveur de Lula. La participation par rapport au premier tour a augmenté d'un peu plus de 2% (78,92% au premier tour contre 81,01% au second).
Le sénateur Flavio Bolsonaro, candidat du Parti liberal, est le fils de l’ancien président d’extrême droite Jair Bolsonaro, qui purge une peine de 27 ans de prison pour avoir tenté un coup d’État après sa défaite face à Lula lors de la dernière élection présidentielle, en 2022.
Le scrutin de dimanche a été marqué par la confusion après une décision de la Cour suprême prolongeant de deux heures la durée du vote, alors que certains bureaux avaient déjà fermé. Cette mesure avait été prise à la demande de Lula, qui s’était plaint du retrait de bus de la circulation dans plusieurs villes dirigées par des responsables proches de Bolsonaro, empêchant des citoyens de se rendre aux urnes.
Flavio Bolsonaro avait également demandé une prolongation du vote dans certaines régions en raison de fortes pluies, mais il a qualifié la décision d’« inacceptable » et de « sale coup ». « Il est impossible de reconnaître les résultats. Je vais demander l’annulation de cette élection », a-t-il déclaré, le visage fermé, lors d’une brève allocution à Brasilia.
Au Brésil, aucun candidat arrivé en deuxième position au premier tour n’avait réussi à remporter le second depuis 1989, première élection directe organisée après la fin de la dictature militaire. « Les gens sont allés voter parce que nous avons réussi à les convaincre que le vote était très important pour garantir la démocratie dans le pays », a déclaré Lula lors de sa première prise de parole après sa victoire.
Des feux d’artifice et des vuvuzelas ont retenti à Rio de Janeiro, tandis que des milliers de personnes vêtues de rouge, la couleur du Parti des travailleurs de Lula, ont envahi les rues de São Paulo pour célébrer le résultat. Après sa défaite au premier tour, la gauche s’est mobilisée en organisant d’importants rassemblements sous le slogan « Plus jamais Bolsonaro » et en renouvelant sa stratégie sur les réseaux sociaux.
Le taux d’abstention a diminué par rapport au premier tour, passant de 21 % à 19 %. Julio Canelo, un avocat de 42 ans venu célébrer la victoire à Rio de Janeiro, a salué un succès de « l’ensemble de l’éventail démocratique ». « C’est le résultat de la mobilisation des gens, dans les rues et en ligne », a-t-il déclaré à l’AFP.
Une bataille acharnée sur les réseaux sociaux a impliqué Meta, la maison mère de WhatsApp, Facebook et Instagram. La campagne de Lula a accusé le groupe de favoriser son adversaire par une « manipulation algorithmique ». Meta a démenti ces accusations, tout en reconnaissant que certaines publicités de campagne de Lula avaient été désactivées par erreur en raison de problèmes techniques. « Nous allons devoir les réglementer », a déclaré Lula à propos des entreprises de réseaux sociaux après sa victoire.
Une campagne acrimonieuse, marquée par des scandales et des attaques personnelles, a mis en évidence les profondes divisions qui traversent le Brésil depuis une dizaine d’années. Lula entame un quatrième mandat alors que près de la moitié du pays a rejeté sa candidature et aspire désespérément à un changement.
Issu d’un milieu pauvre, il est devenu président en 2003 avant d’être réélu en 2006. Lula avait fait un retour spectaculaire au pouvoir lors de l’élection de 2022, après avoir été emprisonné pendant plus de 18 mois dans le cadre d’un scandale de corruption. Les charges retenues contre lui avaient été annulées pour des raisons de procédure.
Au cours de son troisième mandat, Lula a supervisé une baisse de l’inflation et du chômage et permis à des millions de personnes de sortir de la faim. Mais de nombreux électeurs restent préoccupés par le coût élevé de la vie et la criminalité. Flavio Bolsonaro, 45 ans, s’est présenté comme un candidat plus modéré et plus jovial que son père. Il est parvenu à mobiliser les conservateurs ainsi que des électeurs moins politisés, en quête de nouveauté.
« Nous sommes dans une impasse profonde, la situation est désastreuse. Les gens peuvent à peine se payer à manger : acheter de la viande est hors de question », a déclaré Tereza Cristina Ramos, une retraitée de 68 ans ayant voté à Rio de Janeiro. Déjà l’un des dirigeants les plus âgés au monde, Lula aura 85 ans à la fin de son nouveau mandat, en 2030. Il devra également composer avec un Congrès hostile, dominé par la droite.
La campagne de Lula a largement misé sur le thème de la souveraineté nationale face aux pressions commerciales et diplomatiques exercées par les États-Unis de Donald Trump. « Ce pays n’acceptera pas d’être le jardin de qui que ce soit », a-t-il déclaré dimanche.
Félicité par Emmanuel Macron
Lula a reçu les félicitations du président chilien d’extrême droite, José Antonio Kast, et du président équatorien de droite, Daniel Noboa, tous deux proches alliés de Donald Trump. La présidente de gauche du Mexique, Claudia Sheinbaum, a écrit sur X : « Vive la démocratie, le peuple brésilien a gagné ». Au Mexique et au Chili, Lula a remporté le vote de la diaspora brésilienne, tandis que Flavio Bolsonaro est arrivé en tête en Équateur, et dans la plupart des pays d’Amérique centrale et du sud.
« Toutes mes félicitations Lula pour ta réélection » a déclaré ce lundi matin le président français Emmanuel Macron. « La France et le Brésil ont beaucoup à construire ensemble » a-t-il ajouté. « Face aux grands défis de notre temps, renforçons notre partenariat stratégique et faisons vivre l’amitié entre nos deux pays au service d’un monde plus juste ».
En France, Lula a largement devancé le vote parmi la diaspora brésilienne, avec 84% des suffrages. Le président sortant est en tête dans la quasi-totalité des pays européens sauf en Grèce. Chez les Brésiliens installés en Guyane, Lula remporte 51,55% des 1 220 suffrages exprimés, sur les 3 117 inscrits.
Plus au sud, Lula est aussi arrivé en tête chez le voisin argentin, dirigé par le président d’extrême droite et ultralibéral Javier Milei, avec 68,89% des suffrages exprimés. En revanche, il est devancé chez les Brésiliens des États-Unis par son adversaire, qui remporte 62,65% des suffrages.
Soutien du sénateur conservateur, le président américain Donald Trump a contesté la victoire de Lula en comparant le résultat à la défaite qu’il avait lui-même subie face à Joe Biden en 2020. Il a affirmé que le Brésil avait repris la méthode de l’ancien président démocrate, sans avancer de preuves d’irrégularités électorales.
Avec AFP

