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Premier « Bilan annuel des impacts du changement climatique en France » : les Outre-mer passés à la loupe

Faisant suite aux recommandations du Haut Conseil pour le Climat, le ministère de la Transition écologique, de la Biodiversité et des Négociations internationales sur le climat et la nature a publié au mois de juillet son premier « Bilan annuel des impacts du changement climatique en France ». Objectifs : documenter les conséquences - économiques, sociales, sanitaires, écologiques - du dérèglement du climat dans toutes les régions du territoire national, et suivre leurs évolutions pour orienter les stratégies publiques. Les Outre-mer occupent une large place dans ce rapport.

Le document relève une année 2025 plus chaude dans les territoires ultramarins par rapport à la normale 1991-2020 (sauf en Guadeloupe et Wallis et Futuna) : +0,4°C en Guyane ; +0,9°C à La Réunion ; +0,8°C en Martinique ; + 1°C à Mayotte ; +0,7°C en Nouvelle-Calédonie ; +0,5°C en Polynésie ; et +0,8°C à Saint Pierre-et-Miquelon.

« À noter que l’Outre-mer se réchauffe moins vite que la France hexagonale », précise le rapport. « Les réchauffements suivants sont attendus dans les Outre-mer français à horizon 2050 et 2100 selon la TRACC (Trajectoire de Réchauffement de Référence pour l'Adaptation au Changement Climatique, ndlr) : Les Antilles (Guadeloupe, Martinique) : +1,9 °C en 2050 ; +2,7 °C en 2100. Guyane : +2,3 °C en 2050 ; +3,5 °C en 2100. La Réunion : +2 °C en 2050 ; +2,9 °C en 2100. Mayotte : +2 °C en 2050 ; +3 °C en 2100. Nouvelle-Calédonie : +2 °C en 2050 ; +3 °C en 2100. Polynésie française : +1,6 °C en 2050 ; +2,3 °C en 2100 ».

L’impact sanitaire de la chaleur dans les DROM

Dans les territoires d’Outre‑mer, les faibles variations saisonnières de température et la relative homogénéité des régimes thermiques, nettement plus resserrés qu’en Hexagone, ne permettent pas de définir des seuils pertinents pour instaurer un système de vigilance canicule. Toutefois, l’impact sanitaire de la chaleur y est bien réel : sur la période 2014‑2022, les températures élevées ont été responsables de 1805 décès dans l’ensemble des départements et régions d’Outre-mer (DROM), soit 1,4% de la mortalité nationale totale. Les épisodes de chaleur intense sont d’ailleurs appelés à devenir plus fréquents dans ces territoires, selon les projections climatiques (voir paragraphe ci-dessus).

Le dérèglement climatique a entraîné par ailleurs une augmentation de la température de surface des océans, qui ont enregistré en 2025 leur troisième année la plus chaude depuis 1993. « Sur les 28 sites décrits sur la carte (ci-dessous) situés en France hexagonale et départements et territoires d’Outre-mer, 26 sites montrent un réchauffement très net de la température de surface depuis 1950. Le réchauffement est généralement plus important autour de la France hexagonale et dans les sites de l’Océan Indien (sauf Kerguelen) que dans le Pacifique Tropical Sud-Ouest et en mer des Antilles », souligne le rapport.

Néanmoins, la hausse de la température de l’eau et les vagues de chaleur marines aux Antilles ont résulté en une perte moyenne de 50% des récifs coralliens entre 2022 et 2025 et des échouages massifs de sargasses en 2025 (voir infographie en fin d’article).

Autre impact important : la sécheresse. Dans les Outre‑mer, en particulier à La Réunion, en Martinique et en Guyane, les bouleversements climatiques devraient entraîner une diminution des cumuls de précipitations, plus marquée durant la saison sèche, ainsi qu’une augmentation du nombre de jours sans pluie. À La Réunion, les projections indiquent par exemple une baisse d’environ 15% des précipitations saisonnières à l’horizon 2100. Ces réductions de cumuls pluviométriques sont susceptibles de renforcer l’intensité des épisodes de sécheresse, avec des répercussions significatives sur la végétation et sur la disponibilité de la ressource en eau.

Les précipitations intenses constituent également un sujet de préoccupation important. Dans certains territoires ultramarins, les épisodes pluvieux sont souvent liés au passage de systèmes cycloniques. « Le changement climatique joue un rôle dans le renforcement des systèmes cycloniques et notamment dans l’intensification des pluies cycloniques », observe le rapport. « Les pluies cycloniques en Outre-mer devraient augmenter de près de 12% pour un réchauffement global de 2°C. Ces tendances aggraveront le risque d'inondation, qui constitue le type de catastrophe naturelle majoritaire en France ».

Un portail national des impacts du changement climatique bientôt en ligne

Le dérèglement climatique entraîne aussi la diffusion de maladies tropicales vectorielles, induites par les virus du chikungunya, de la dengue et du zika, principalement transmis par le moustique tigre. Au 1er janvier 2025, 81 départements de l’Hexagone avaient au moins une commune infestée par ce moustique, et 49% de la population de la France hexagonale résidait dans une commune où il sévissait. L’importation de ces maladies dans l’Hexagone est étroitement liée à la situation épidémiologique internationale, et plus particulièrement à celle observée dans les territoires ultramarins, avec lesquels les flux de voyageurs sont importants.

Le ministère de la Transition écologique indique que ce premier « Bilan annuel des impacts du changement climatique en France » sera complété par des observations du Haut-Commissariat à la stratégie et au plan, notamment sur l’estimation des coûts engendrés par tous ces bouleversements. En outre, « dans la continuité de ce rapport, un portail national des impacts du changement climatique sera mis en ligne d’ici la fin de l’année 2026, afin de mieux outiller l’ensemble des acteurs dans la préparation des territoires ».