L’Agence française de développement (AFD) et l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) viennent de publier conjointement « L’Atlas Trois océans. Mieux comprendre l'Atlantique, le Pacifique et l'océan Indien ». Composé de plus de 20 planches thématiques enrichies de cartes, d’infographies et d’analyses, cet ouvrage décrypte les interactions entre populations, territoires et environnement. Véritable outil de compréhension et de sensibilisation, il éclaire les mécanismes de résilience des sociétés insulaires et leur place dans les enjeux du XXIe siècle. L’Atlas est disponible en ligne en accès libre.
« Penser à l’échelle océanique : comprendre les sociétés insulaires et côtières à l’heure des interdépendances économiques, géopolitiques et environnementales ». Voici l’ambition fixée par l’AFD et l’IRIS dans leur « Atlas Trois océans ». En faisant le choix d’analyser conjointement territoires ultramarins, États insulaires et pays côtiers, ce document offre une perspective inédite sur les sociétés et les environnements des grands bassins océaniques (mer des Caraïbes, Sud-Ouest de l’océan Indien et Pacifique Sud).
Entrecroisant les dimensions sociales, économiques, politiques et écologiques, l’ouvrage montre que ces territoires, loin d’être marginaux, concentrent des enjeux majeurs du XXIe siècle : sécurité alimentaire et énergétique, préservation de la biodiversité, vulnérabilité climatique ou encore souveraineté. L’océan et les littoraux y apparaissent comme des espaces d’interdépendances où se nouent les équilibres entre développement et durabilité.
![]() « La moitié des littoraux du pourtour de la mer des Caraïbes appartient au continent américain. Les arrière-pays de ces littoraux, marqués par des reliefs et des forêts impénétrables, génèrent des formes d’isolement analogues à celles des îles. Ainsi, la côte de la Guyane française partage avec les îles l’enjeu d’une accessibilité limitée, puisque pour relier le Brésil, pays ayant pourtant l’une des plus longues frontières avec la France, il faut traverser la forêt amazonienne ». |
Dans sa première partie, l’Atlas s’attache à comprendre les liens entre écosystèmes marins et activités humaines. Bien plus qu’une étendue maritime, l’océan est un espace structurant de la mondialisation. Avec près de 80% du commerce mondial et de plus de 98% des télécommunications internationales via les câbles sous-marins, il assure la circulation des marchandises, des informations et des personnes. Ressource, axe stratégique et infrastructure globale, il tisse entre les sociétés des liens d’interdépendance croissants. Loin d’être un espace inerte, l’océan apparaît ainsi comme un territoire dynamique, traversé par des flux économiques, humains et informationnels.
« Ainsi, penser le monde depuis l’océan, c’est reconnaître sa centralité dans les équilibres planétaires et sociaux, le considérer non pas comme une surface à traverser, mais comme un espace à comprendre et protéger », souligne l’ouvrage. Dans cette optique, les auteurs appellent à surmonter une vision limitée des espaces maritimes pour surtout réfléchir à leurs vulnérabilités (exposition aux aléas climatiques, élévation du niveau de la mer, acidification, dégradation accélérée de la biodiversité, etc.)
![]() « Au sein d’un même bassin maritime, les îles volcaniques côtoient île-continent et atolls. Si certains enjeux sont communs (exposition aux cyclones), les variations d’un territoire à l’autre, tant géologiques (exposition aux séismes et aux éruptions volcaniques) que socio-économiques (différences de niveaux de vie, variété des cultures), forment une mosaïque qu’il convient d’étudier plus en détail pour en comprendre la richesse ». |
La seconde partie de l’Atlas s’intéresse plus à des problématiques régionales et tente de répondre à certaines questions : « Comment produire sans épuiser les ressources ? Comment préserver les écosystèmes tout en créant des emplois ? Comment réduire les dépendances ? Comment coopérer lorsque les frontières ne suffisent plus à régler les problèmes ? ».
Des solutions existent. Certaines communautés remettent à l’honneur des pratiques traditionnelles pour préserver leurs écosystèmes naturels. En Polynésie, le « rāhui », qui consiste à fermer temporairement l’accès à un lagon afin de favoriser le renouvellement des ressources, illustre cette démarche. Longtemps délaissée, cette méthode connaît aujourd’hui un regain d’intérêt grâce à l’association des savoirs ancestraux et des connaissances scientifiques. En raison de leur exposition précoce et particulièrement marquée aux effets du changement climatique, les sociétés insulaires constituent souvent des espaces privilégiés d’expérimentation et d’innovation en matière d’adaptation.
Cette dynamique se traduit notamment par le développement des énergies renouvelables, l’adoption de pratiques agricoles adaptées aux nouvelles contraintes environnementales ou encore la mise en œuvre de modes de gestion collective des ressources hydriques et marines. À La Réunion, les énergies renouvelables représentent ainsi plus de 90% de la production électrique, la biomasse contribuant également de manière significative au mix énergétique. Dans plusieurs territoires de la Caraïbe confrontés à des tensions croissantes sur la ressource en eau, le dessalement de l’eau de mer s’impose par ailleurs comme une solution technique de plus en plus utilisée.
![]() « Face à l’immensité, les civilisations du Pacifique se sont construites par vagues. Des migrations successives ont donné naissance à un ensemble de civilisations au rapport unique à l’environnement. Tout d’abord, il y a environ 50 000 ans, les premiers hommes passés par l’Asie du Sud-Est ont atteint les côtes australiennes et une partie de ce qu’on appelle aujourd’hui la Mélanésie. Les dessins de ces côtes ont évolué ensuite. La Micronésie et la Polynésie, dont les territoires sont plus lointains, ont été peuplées il y a 2000 à 3000 ans. Les peuples navigateurs, qui ont franchi ces distances, disposaient de connaissances empiriques des vents, des étoiles et des courants très précises et sans doute inégalées ». |
L’Atlas souligne que la résilience repose autant sur les dynamiques humaines que sur les solutions environnementales. Elle s’appuie sur les solidarités, la transmission des savoirs et le renforcement des coopérations régionales, qui permettent aux territoires de mutualiser leurs ressources et d’accroître leur capacité d’action face à des défis dépassant les frontières géographiques. Par exemple, les échanges entre les territoires ultramarins d’un même bassin océanique et avec les États voisins contribuent à mutualiser les connaissances, les capacités et les solutions, renforçant ainsi les conditions d’une action collective plus efficace.
« Au fil des planches de cet atlas, trois messages se dégagent. D’abord, que l’océan est un territoire habité, organisé, traversé d’usages, de savoirs et d’échanges. Ensuite, que les défis climatiques, énergétiques et sociaux que rencontrent les îles et littoraux rappellent combien la survie des sociétés humaines dépend de la santé des milieux marins. Enfin, que les sociétés insulaires incarnent une forme de modernité, celle d’une adaptation continue, d’un rapport intime à l’environnement et d’une capacité à mettre en œuvre des solutions collectives », conclut le document.
Découvrir l’Atlas Trois Océans, partie 1
L’Atlas Trois Océans, partie 2
(Cartographies : Guillaume Sciaux - Pacha cartographie)




