« Les Outre-mer sont des opportunités stratégiques majeures pour la France » : Alain Di Crescenzo, Président de CCI France plaide pour des assises économiques des Outre-mer

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« Les Outre-mer sont des opportunités stratégiques majeures pour la France » : Alain Di Crescenzo, Président de CCI France plaide pour des assises économiques des Outre-mer

Président de CCI France, Alain Di Crescenzo martèle une conviction : les territoires ultramarins ne doivent plus être regardés uniquement au prisme des contraintes, mais comme un atout stratégique majeur pour l’ensemble du pays : « Les Outre-mer sont des positions avancées capables de prendre le pouls de l’économie mondiale » bien davantage que l’Hexagone. Avant d’entamer une grande tournée des Outre-mer, le président de CCI France détaille pour Outremers360, l’action du réseau consulaire, les priorités économiques urgentes et les leviers à activer pour permettre aux Outre-mer de passer de la résilience à la croissance.

Des plans d’action « conçus avec et pour » les Outre-mer

Comme dans l’ensemble des territoires français, CCI France déploie dans les Outre-mer ses grands plans d’action nationaux. « Tous les plans d’action que nous concevons, nous les concevons avec et pour les Outre-mer », souligne Alain Di Crescenzo.

Mais ces territoires appellent une attention particulière. « Ce sont des régions françaises soumises à des contraintes spécifiques », rappelle le président de CCI France, en premier lieu l’éloignement. Une réalité qui pèse fortement sur la formation et la logistique. « Vous pouvez avoir un centre de formation très bien équipé, mais le délai d’approvisionnement de certains composants peut aller jusqu’à deux mois », illustre-t-il. « Cela signifie que former et produire en Outre-mer demande beaucoup plus d’anticipation que dans l’Hexagone. »

À cette contrainte structurelle s’ajoute une forte exposition aux aléas climatiques. Une situation qui génère « des surcoûts, de l’inertie et des délais dans l’application de certains dispositifs », et justifie une déclinaison spécifique des politiques publiques.

Enfin, plusieurs enjeux majeurs nécessitent des réponses adaptées, à commencer par l’économie de la mer, la transformation locale et la gestion des déchets. « Quand on voit des fruits mourir sur les arbres faute de capacités de transformation, on comprend l’ampleur du défi », observe-t-il. « La gestion des déchets est aussi l’un des sujets les plus prégnants dans les Outre-mer », à la fois contrainte environnementale et levier de développement.

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Post-crise : diagnostics rapides, trésorerie et mise en réseau

Émeutes en Nouvelle-Calédonie, choc post-événement à Mayotte, cyclones : le président de CCI France revendique une méthode, éprouvée aussi lors d’aléas dans l’Hexagone, mais renforcée en Outre-mer. Elle repose sur des diagnostics rapides et individualisés, l’appui à la trésorerie, l’accompagnement sur les déclarations, le recours à des expertises d’assurance, et surtout le soutien à la reprise d’activité.

Autre point clé : la mise en réseau. Mettre autour de la table entreprises et autorités locales, fluidifier la communication, organiser un relais entre les réalités du terrain et la gouvernance nationale. Dans cette logique, Alain Di Crescenzo évoque une enveloppe d’environ un million d’euros d’aides d’urgence mobilisée depuis 2021 pour appuyer des actions concrètes, via les outils de soutien du réseau des chambres consulaires.

Une stratégie d’influence auprès de Matignon et de l’Élysée

Alain Di Crescenzo joue également un rôle d’influence en faisant remonter les réalités du terrain, en formulant des propositions et en transmettant des « notes d’étonnement » aux conseillers chargés des Outre-mer auprès du Premier ministre et du Président de la République.

Rencontre en janvier avec les conseillers politiques du President de La République et les CCI des Outre-mer ©DR

L’objectif de sa démarche est d’accélérer les réponses publiques, débloquer des dispositifs, fluidifier les circuits. Il cite notamment la Nouvelle-Calédonie, où des interventions ont permis d’accélérer certains dossiers et de travailler sur les entreprises en difficulté, en particulier sur des sujets de délais de paiement et d’attribution d’aides.

Logement, sécurité, eau, commande publique : priorité zéro

Le président de CCI France place d’abord la reconstruction notamment après des événements destructeurs. Et, au cœur de cette reconstruction : le logement, jugé indispensable au développement de l’activité, en particulier touristique. Sans logements sûrs, difficile de recruter, de stabiliser les équipes, de faire tourner l’hôtellerie-restauration.

Vient ensuite la sécurité, dans un contexte où les tensions et la lutte contre les trafics, dont le narcotrafic, pèsent sur la confiance, l’investissement et la vie économique. Troisième axe : l’accès aux ressources essentielles, notamment l’eau, avec un exemple explicite en Guadeloupe.

Le président de CCI France insiste aussi sur un constat lourd : les difficultés des entreprises ultramarines seraient deux fois plus importantes qu’en moyenne dans l’Hexagone. En cause, notamment, une exposition accrue à la commande publique et à ses délais de paiement, mais aussi une accumulation de complexités : fiscalité, normes, assurance, transport, coûts d’exploitation et logistique.

En Guadeloupe en 2025

Octroi de mer, normes et approvisionnement : « il faut s’autoriser des dérogations »

Face à ces contraintes, Alain Di Crescenzo plaide pour une évolution des règles. « Nous devons nous autoriser des dérogations en matière de normes et d’approvisionnement », affirme-t-il, afin de mieux intégrer les territoires ultramarins dans leur environnement régional. Aujourd’hui, rappelle-t-il, certaines situations relèvent de l’absurde : « Nous faisons parfois venir des produits de France hexagonale pour ensuite les livrer en Outre-mer, alors que des pays voisins pourraient fournir les mêmes produits, à moindre coût et plus rapidement ».

Pour le président de CCI France, l’enjeu est clair, il suggère de « traiter les Outre-mer dans leur économie régionale ». Une approche qui permettrait de réduire les délais, de contenir les coûts et de renforcer la compétitivité des entreprises locales, tout en tenant compte des réalités économiques et logistiques propres à chaque bassin. Ces dérogations, insiste-t-il, ne visent pas à affaiblir les standards, mais à « adapter les règles aux réalités du terrain », condition indispensable pour permettre aux économies ultramarines de pleinement jouer leur rôle de plateforme régionale. Il appelle aussi à remettre sur la table les débats fiscaux, notamment sur l’octroi de mer, sujet qu’il décrit comme complexe mais incontournable.

Avec Pierrick Robert, président de la CCI Réunion

L’économie informelle : « ne pas ignorer », mais encadrer

Sujet sensible, qu’il aborde avec prudence : l’économie informelle. Alain Di Crescenzo la décrit comme un phénomène qu’on ne peut « ignorer » car il touche aux équilibres sociaux, mais qui fragilise aussi la protection sociale et les retraites. Sa ligne : mettre sous contrôle et améliorer progressivement, en évitant une bascule brutale « du tout au rien » qui créerait de nouvelles précarités.

Continuité territoriale : mobilité, fret, et marges sous pression

Autre fil rouge : la continuité territoriale, qu’il revendique comme une mission essentielle. Il cite les réalités quotidiennes de mobilité et d’accès aux services, mais aussi la logistique du fret, avec des marges d’entreprises déjà faibles. Il rappelle l’explosion du prix des conteneurs durant la crise Covid, multiplié par trois, et alerte sur la hausse des coûts d’assurance et de transport, qui se répercute mécaniquement sur les prix et sur la solidité des entreprises.

Vers des « assises économiques » et une méthode : prioriser

Pour sortir d’une accumulation de diagnostics sans cap commun, Alain Di Crescenzo annonce vouloir porter une démarche structurée : des "assises économiques des Outre-mer", territoire par territoire, avec un état des lieux des risques, menaces, opportunités et pistes de diversification. Façon SWOT. Objectif : identifier des trajectoires concrètes de retour à la compétitivité, à l’image de la Nouvelle-Calédonie où il évoque l’idée d’un pôle de maintenance aéronautique.

Merci à la CCI Mayotte à son président Mohamed Ali Hamid

Mais, selon lui, la clé reste la même : la priorisation. Il plaide pour un alignement des acteurs sur quelques choix clairs, et souhaite que chaque territoire retienne trois priorités économiques portées collectivement par l’écosystème entrepreneurial, avec un haut niveau d’engagement de l’État et des collectivités. Faute de quoi, prévient-il, certains territoires pourraient atteindre « un point de non-retour » en matière de croissance.

« Les Français seront toujours aux côtés des Français ultramarins »

Alain Di Crescenzo appelle à poursuivre l’action « avec intensité », sans attentisme, et à faire des Outre-mer un laboratoire de solutions sur des sujets structurants comme l'autonomie énergétique, la digitalisation et l'IA, la décarbonation, le traitement des déchets et le tourisme.

Dans cette logique, le président de CCI France annonce plusieurs déplacements. Il se rendra à La Réunion dès le dimanche 1er février, puis une tournée Martinique, Guyane, Saint-Martin, Saint-Barthélemy, avant Saint-Pierre-et-Miquelon, afin de « montrer concrètement » l’action du réseau consulaire et de porter les messages au niveau national.