En cette rentrée scolaire 2026, Outremers360 donne la parole aux recteurs d’académies dans les territoires ultramarins. En Guyane, l’académie doit répondre à des réalités territoriales différentes avec des distances importantes, des communes isolées et des zones accessibles uniquement par voie fluviale ou aérienne. Le recteur, Guillaume Gellé, revient sur cette spécificité guyanaise et sur les nouveautés de 2026.
Outremers360 : En cette rentrée scolaire 2026, comment se porte l’enseignement guyanais ?
Guillaume Gellé : Dès ces premiers jours de rentrée, j’ai souhaité aller sur le terrain pour rencontrer celles et ceux qui font vivre notre école au quotidien. J’ai rencontré les équipes éducatives et pédagogiques, accueilli de nouveaux enseignants, échangé avec les élèves et leurs parents. Et je dois vous dire que j’y ai passé de très bons moments.
Ce que je retiens de ces premiers jours, c’est une école vivante, portée par l’engagement de ses personnels, l’envie d’apprendre des élèves et les attentes légitimes des familles. Bien sûr, nous connaissons les nombreuses difficultés auxquelles notre académie est confrontée : les distances, l’isolement de certains territoires, les difficultés sociales, le plurilinguisme ou encore les besoins en personnel.
Mais une rentrée doit aussi être l’occasion de regarder ce qui fonctionne, ce qui progresse et ce qui change concrètement pour les élèves. Cette rentrée 2026 s’organise autour de quatre grandes priorités : instruire, protéger, unir et prévoir. Cela signifie renforcer la maîtrise des savoirs fondamentaux, accompagner au mieux les élèves et les personnels, travailler avec nos partenaires et anticiper les grandes transformations auxquelles notre territoire est confronté.
Combien d’élèves ont fait leur rentrée cette année ?
90 654 élèves ont fait leur rentrée dans l’académie cette année, dont 6 101 élèves scolarisés dans l’enseignement privé, avec plus de 7 500 enseignants mobilisés à leurs côtés. Ce chiffre est en légère hausse par rapport à l’année dernière, qui comptait 90 053 élèves. Mais cette évolution doit être analysée avec recul. Cette rentrée 2026 marque en effet un point de bascule démographique pour la Guyane. Dans le premier degré, les effectifs devraient progressivement diminuer au cours des prochaines années sous l’effet de la baisse des naissances. À l’inverse, les effectifs du second degré continueront à progresser.
Ces évolutions nous obligent à anticiper dès maintenant les besoins en personnel, l’évolution de l’offre scolaire, le bâti nécessaire et les parcours que nous proposons aux jeunes Guyanais.
Quelles sont les nouveautés et spécificités pour cette année ?
Notre académie doit répondre à des réalités territoriales extrêmement différentes et à une concentration exceptionnellement élevée des difficultés dans les apprentissages fondamentaux, en particulier en lecture et en maîtrise du français.
Nos réponses ne peuvent donc être identiques partout mais doivent intégrer l’ensemble de ces facteurs et notre ambition doit rester la même pour chaque enfant. Quelles que soient les difficultés qu’il rencontre, chaque élève doit pouvoir aller au bout de ses potentialités. C’est dans cet esprit que plusieurs nouveautés importantes marquent cette rentrée 2026.
Lesquelles ?
D’abord, trois nouvelles circonscriptions ont été créées afin de renforcer l’accompagnement de proximité des écoles et des équipes pédagogiques. Cette volonté de mieux répondre aux réalités territoriales se traduit également par l’ouverture d’un collège à Trois-Sauts, dans le Haut-Oyapock.
Nous poursuivons le déploiement de « Guyane connectée : combler les écarts », avec notamment l’ouverture d’une classe de cinquième à Kayodé. Grâce à l’enseignement à distance et au soutien d’un assistant pédagogique, ce dispositif permet de renforcer l’accès aux enseignements dans les territoires les plus isolés.
Pour lutter contre la grande difficulté scolaire concernant les apprentissages fondamentaux, en particulier en lecture et en maîtrise du français, nous poursuivons dans le premier degré le déploiement du plan lecture pour la troisième année consécutive en l’étendant maintenant après le CP et le CE1, aux élèves de CE2.
Nous complétons aussi nos moyens par un dispositif spécifique de remédiation pour les élèves arrivant au collège non-lecteurs ou très faibles lecteurs. Cette expérimentation déployée sur trois de nos collèges en progrès est basée sur une sixième organisée sur deux ans, par groupes limités à 12 élèves et un accompagnement personnalisé. Elle vise à permettre à ces élèves de réintégrer la cinquième avec un niveau suffisant de maîtrise du français pour pouvoir progresser dans leur scolarité.
Au total, huit collèges bénéficient par ailleurs du dispositif « Collèges en progrès », avec un accompagnement renforcé. Nous poursuivons également nos efforts pour développer le goût des sciences, avec l’ouverture de deux classes à horaires aménagés mathématiques et sciences et la poursuite du déploiement de « Pionniers des Maths », qui concerne désormais 42 classes.
Y a-t-il des nouveautés en cette rentrée pour l’enseignement supérieur ?
Deux avancées majeures sont à souligner : l’ouverture de la première CPGE BCPST au lycée Léon-Gontran Damas et l’accueil de la première promotion de la licence professorat des écoles.
Cette rentrée voit également se développer de nouvelles formations, en adéquation avec les besoins et les spécificités de notre territoire. Le lycée de Saint-Georges-de-l’Oyapock propose ainsi un CAP opérateur de scierie, en lien avec les métiers de la filière bois. De son côté, le lycée Raymond Tarcy ouvre un certificat de spécialisation « Encadrement du secteur sportif », avec une option « Multiactivités physiques ou sportives pour tous ».
Rencontrez-vous des problèmes liés aux effectifs enseignants ?
Au 9 septembre, nous comptabilisons encore des postes vacants dans le premier degré, principalement dans l’Ouest guyanais, ainsi que dans le second degré. Cette situation concerne plus particulièrement certains territoires isolés, où le recrutement et la stabilisation des personnels titulaires constituent un défi majeur.
La réduction des vacances de postes reste une priorité. Les recrutements et les affectations se poursuivent afin de répondre au plus vite aux besoins identifiés. Au-delà de cette réponse immédiate, nous travaillons également sur l’attractivité de l’académie et sur celle des territoires les plus isolés, afin d'encourager l’installation durable de personnels titulaires et de renforcer la stabilité des équipes éducatives.
Il faut également regarder cette situation dans sa globalité. L’académie bénéficie cette année de moyens supplémentaires : 38 postes d’enseignants en plus, trois postes d’inspection, un psychologue de l’Éducation nationale, quatre infirmiers, une assistante sociale et dix AESH (accompagnement des élèves en situation de handicap) supplémentaires.
Dans certains territoires, la question ne relève d’ailleurs pas uniquement des ressources humaines. À Saint-Laurent-du-Maroni, notamment, l’un des enjeux majeurs est également celui du bâti scolaire et de notre capacité à accueillir les élèves dans de bonnes conditions.
Nous devons donc travailler simultanément sur les recrutements, la stabilisation des équipes et l’adaptation de nos infrastructures aux besoins du territoire.
Quelles sont les problématiques spécifiques dans l’Ouest Guyanais ?
L’Ouest guyanais est un territoire en très forte évolution, avec des besoins importants et des réalités parfois très différentes d’une commune à l’autre. Nous avons donc renforcé notre présence sur le terrain. La création d’une nouvelle circonscription à Saint-Laurent-du-Maroni et l’arrivée de deux nouvelles inspectrices du premier degré permettent de renforcer l’accompagnement des écoles et des équipes. La livraison du lycée Sonia Francius constitue également une excellente nouvelle pour les Saint-Laurentais et répond à une évolution démographique et à des besoins qui continueront à progresser.
L’accessibilité est aussi un problème majeur. De nombreux élèves rencontrent des difficultés pour rejoindre leur établissement ou leur école. Quelles sont les communes les plus concernées ?
L’accessibilité à l’école est, en Guyane, un enjeu absolument majeur. Notre académie doit répondre à des réalités territoriales extrêmement différentes, avec des distances considérables, des communes isolées et des zones accessibles uniquement par voie fluviale ou aérienne.
Les territoires situés le long des fleuves sont particulièrement concernés, notamment dans le Haut-Maroni et le Haut-Oyapock, où l’accès à certains villages et établissements scolaires ne peut se faire qu’en pirogue. Autour de Grand-Santi, par exemple, de nombreux campus constituent le bassin de recrutement du collège. Pour certains élèves, le trajet quotidien peut représenter jusqu’à une heure trente, entre la marche jusqu’à l’embarcadère et la navigation.
Ces réalités nous rappellent que garantir le droit à l’éducation en Guyane suppose aussi de garantir, très concrètement, la possibilité pour les élèves de rejoindre leur établissement dans de bonnes conditions. C’est pourquoi le transport scolaire nécessite une mobilisation collective. L’Éducation nationale travaille avec la collectivité territoriale de Guyane, les collectivités concernées et les services de l’État afin d’apporter des réponses adaptées aux réalités de chaque territoire.
Les parents sont confrontés aux problèmes de la vie chère, avec des fournitures scolaires qui coûtent toujours plus cher en raison de l’inflation. Comment l’académie répond à cette problématique ?
La question de la vie chère est une réalité pour de nombreuses familles guyanaises et nous devons naturellement y être attentifs. La compétence en matière de fournitures scolaires relève principalement des collectivités et des familles. Nous pouvons néanmoins agir sur nos propres pratiques en recommandant aux enseignants de limiter les listes de fournitures au plus juste des besoins réels de l’année scolaire.
Quels sont les principaux enjeux à venir pour l’académie de Guyane ?
Notre priorité reste d’abord la maîtrise des savoirs fondamentaux. En Guyane, cet enjeu est particulièrement important. Nous sommes une académie plurilingue et, pour certains élèves, le français n’est pas la langue première. Nous connaissons aussi de fortes disparités sociales et territoriales, qui peuvent très tôt se traduire par des écarts scolaires.
Nous mettons en œuvre des dispositifs pour aider ceux qui ne maîtrisent pas encore la lecture à leur entrée au collège ou au lycée. L’objectif est de consolider les savoirs fondamentaux, de prévenir l’absentéisme et le décrochage, et surtout de sécuriser les parcours. Dans une académie comme la nôtre, c’est une manière très concrète de faire vivre l’égalité des chances sur tous les territoires.
L’autre grand enjeu est démographique. La rentrée 2026 constitue un véritable point de bascule pour la Guyane : les effectifs du premier degré devraient diminuer dans les prochaines années, alors que ceux du second degré continueront à augmenter.
Enfin, prévoir, c’est aussi préparer l’école aux grandes transformations qui sont déjà à l’œuvre. L’intelligence artificielle est désormais présente dans le quotidien de nos élèves. Notre responsabilité n’est ni de l’ignorer ni de la subir, mais d’apprendre à en faire un usage responsable et utile aux apprentissages. La cybersécurité est également un enjeu majeur, tout comme l’adaptation de notre système éducatif aux évolutions environnementales et climatiques.
Le changement climatique a déjà des conséquences très concrètes en Guyane. La crise de l’eau que nous avons connue nous l’a rappelé avec force. Nous devons désormais nous préparer à ce que ce type de crise puisse se renouveler périodiquement, notamment dans les prochains mois sous l’influence du phénomène El Niño. Cela signifie que nous devons renforcer notre capacité d’anticipation et notre résilience, notamment pour garantir la continuité du service public d’éducation quelles que soient les circonstances.
Au fond, c’est cela, prévoir : préparer les transformations de demain tout en continuant, chaque jour, à donner à chaque élève les moyens de réussir aujourd’hui.

