En cette rentrée scolaire 2026, Outremers360 donne la parole aux recteurs d’académies dans les territoires ultramarins. En Guadeloupe, 83 000 élèves ont retrouvé le chemin de l’école mais une partie des établissements sont en très mauvais état, dénonce le recteur de l’académie, Gabriele Fioni, qui plaide pour une rénovation générale du bâti scolaire.
En cette rentrée scolaire 2026, comment se porte l’enseignement guadeloupéen ?
Gabriele Fioni : Cette année, ce sont 83 000 élèves qui ont fait leur rentrée en septembre. La rentrée s’est bien passée à part quelques petits problèmes ponctuels, nous avons par exemple encore des établissements inondés. Nous rencontrons aussi toujours de petites difficultés historiques liées au territoire comme le manque d’eau dans certains établissements liés à l’état vétuste du réseau de distribution d’eau en Guadeloupe.
Ce nombre d’élèves pourrait-il encore chuter dans les prochaines années ?
Cette année, nous avons perdu environ 1 681 élèves, dont 1 100 dans le second degré. On dénombre une baisse de 22 000 élèves en dix ans, ce qui fait 21 % de nos effectifs. La Martinique et la Guadeloupe sont toutes les deux concernées. Les prévisions du Ministère donnent une baisse probable de 12 000 à 13 000 élèves à l’horizon 2035. L’adaptation de nos établissements à la nouvelle réalité et à la réalité à venir est l’enjeu principal sur notre territoire. On doit mener un travail complet dans ce sens.
L’état du bâti scolaire est-il un autre sujet essentiel pour l’avenir ? Le syndicat des enseignants du second degré dénonçait en 2025, « des fuites, infiltrations d’eau, bâtiments en préfabriqués détériorés, plafonds menaçant de s’effondrer, espaces fermés pour cause de dangerosité ». Où en est-on aujourd’hui ?
Évidemment l’état du bâti scolaire est un sujet essentiel pour l’avenir de l’école guadeloupéenne. Nous avons sur notre territoire des établissements en mauvais état et plus de la moitié des établissements ne sont pas conformes aux normes sismiques alors que la Guadeloupe fait face à tous les risques majeurs : un volcan actif, un risque cyclonique fort (surtout en fin de saison), un risque de tsunamis, un risque énorme de tremblement de terre car on est au bord d’une faille active. Aujourd’hui on se retrouve avec des établissements au trois-quarts vides dans des états de vétusté importants pour certains. Je pense qu’il faut vraiment réfléchir à une stratégie avec moins d’établissements mais en bien meilleur état. Nous accompagnons les maires dans cette direction, pour leur faire comprendre qu’il faut changer de logique.
Le syndicat des enseignants du second degré parle aussi des conditions de travail dans ces établissements. « Les fortes températures, combinées à une humidité élevée, dégradent les conditions de travail des personnels comme les conditions d’examen des élèves », rappelaient-ils. Les écoles guadeloupéennes sont-elles équipées pour faire face aux conséquences du changement climatique ?
La Guadeloupe est en canicule 365 jours par an alors que nos établissements sont vieillissants et manquent d’isolation. L’après-midi ce sont des cocottes-minute, les brasseurs d’air sont très vieux et très bruyants. Cette situation nécessite un véritable plan. Autant l’État et la Préfecture poussent dans ce sens, mais il y a aussi des aspects plus politiques, surtout au niveau local, à prendre en compte.
Fermer des écoles entraînera la suppression de nombreux postes…
Cette année, on supprime 89 postes sur les 1 700 enseignants sur notre territoire. La plupart des suppressions ont lieu dans le second degré car la décrue démographique se propage et les élèves sont moins nombreux dans le second degré.
Je tiens à souligner que lorsqu’on a perdu dans le premier degré 1,6 % des élèves, on a baissé seulement de 0,5 % le nombre de professeurs. Dans le second degré, on a baissé de 2,2 % le nombre d’enseignants. Cela maintient l’exception qui est consentie dans ce territoire d’avoir un taux d’encadrement qui est de 30 % supérieur au taux d’encadrement moyen national. Le nombre d’élève dans les classes est entre 10 et 20 % inférieur au niveau national, les conditions de l’île sont prises en compte.
Y a-t-il des débats sur le sujet ?
On en discute avec les syndicats, leur discours est toujours le même : garder plus d’emplois. Concernant les collectivités, c’est très hétérogène. Je veux donner un exemple : à Pointe-à-Pitre il y a quatre lycées, un seul suffirait pour accueillir tous les élèves et les trois autres établissements sont dans un mauvais état.
Quelles sont les nouveautés et spécificités pour cette année ?
Au niveau académique, on va renforcer fortement ce qui tourne autour de la lecture, on a un taux d’illettrisme qui fait froid dans le dos en Guadeloupe. On a des jeunes, surtout dans les filières professionnelles, qui ne savent pas lire. On a un taux de décrochage deux fois supérieur au niveau national.
L’académie apporte aussi une attention particulière aux violences scolaires. L’année dernière, la Guadeloupe figurait parmi les départements avec le plus de meurtres en France. Malheureusement ce climat d’insécurité peut parfois se ressentir dans les écoles. Nous travaillons en collaboration avec la préfecture sur ce point, on mène des contrôles de police à l’intérieur des établissements, on l’a fait à Saint-Martin, on le fait en Guadeloupe. Heureusement, ces violences concernent une infime partie des jeunes.
Les parents sont confrontés aux problèmes de la vie chère, avec des fournitures scolaires qui coûtent toujours plus cher. Comment l’académie répond-elle à cette problématique ?
Avec la préfecture, on va distribuer 722 kits de fournitures scolaires pour les élèves scolarisés en REP + (Réseau d’éducation prioritaire renforcé), du CP au CM2. Le kif comprend un sac, une trousse fournie, des classeurs, des cahiers, des feuilles, etc., de quoi permettent aux enfants de disposer du nécessaire pour travailler en classe. Huit écoles sont concernées par ces distributions.
Le fonds d’action social du rectorat est toujours disponible pour tous les établissements et permet par exemple de financer les repas pour les élèves dont les familles n’ont pas les moyens de payer la cantine. Je le dis à chaque établissement, n’hésitez pas à solliciter le fond, on a de l’argent pour cela. Ce n’est pas de la charité mais de la solidarité et c’est le fondement de notre république. Pour certains enfants, surtout dans les Outre-mer, le repas à la cantine est parfois le seul repas de la journée, donc s’ils ne mangent pas à l’école, ils ne mangent pas de la journée, ce n’est pas acceptable.
Quels sont les principaux enjeux à venir pour l’académie de Guadeloupe ?
L’énorme enjeu à venir pour l’académie de Guadeloupe est l’adaptation de l’offre de formation et d’aider au développement économique du territoire. On a lancé une refonte de l’enseignement en lien avec la filière maritime, avec des nouvelles formations ouvertes à la rentrée. Cela concerne la formation professionnelle pour pouvoir obtenir le brevet afin de travailler sur l’eau. On doit adapter les formations aux besoins locaux.
Il faut aussi développer davantage le lien économique pour donner des possibilités à nos meilleurs élèves de revenir sur le territoire après être parti pour les études par exemple. Il faut essayer, surtout aujourd’hui ou grâce aux nouvelles technologies on peut travailler en distanciel, de développer à l’échelon local des activités économiques qui permettraient de faire revenir nos meilleurs étudiants dans des domaines scientifiques, techniques et d’ingénieries.
Aussi, comme on le disait précédemment, la rénovation et la mise aux normes des établissements guadeloupéens sont des enjeux importants pour l’avenir.

