Parlementaires, élus territoriaux, organisations patronales, bailleurs sociaux, chambres consulaires et professionnels du bâtiment : la Guadeloupe a signé le 3 septembre 2026 une motion commune et interprofessionnelle pour exiger le maintien et le renforcement de la Ligne Budgétaire Unique, principal outil de financement du logement social dans les territoires ultramarins.
La mobilisation est inédite par son ampleur. La motion, adressée à la ministre des Outre-mer dans le cadre de la préparation du Projet de loi de finances (PLF), porte les signatures d'Ary Chalus (Région Guadeloupe), Guy Losbar (Département), des quatre députés guadeloupéens (Christian Baptiste, Élia Oalifer, Max Mathiasin et Olivier Serva), de trois sénateurs (Dominique Théophile, Victorin Lurel et Solanges Nadille), ainsi que de l'Association des maires, de l'UDE-MEDEF, de la CCI des Îles, de la Fédération Régionale du Bâtiment, de l'UMIH et d'une dizaine d'autres organisations professionnelles et sociales.
Le chiffre qui fonde l'urgence : la dotation LBU allouée à la Guadeloupe s'élevait à 28,8 millions d'euros en 2024, à 24 millions en 2025. Les notifications budgétaires 2026 la fixent à 15 millions d'euros, soit une baisse de 40 %. Pour les signataires, cette trajectoire est insoutenable dans un territoire où plus de 16 000 ménages attendent un logement social pour seulement 2 500 attributions annuelles. Plus de 80 % des crédits LBU ( soit 23,4 M€ en 2024) sont orientés vers le locatif social, dont une large part vers le logement très social, dans un contexte où la majorité des ménages guadeloupéens est éligible à ce dispositif.
Au-delà du logement, la motion pointe l'impact économique direct de la coupe budgétaire sur la filière construction. Selon les estimations des organisations professionnelles, la réduction des crédits LBU entre 2025 et 2026 se traduirait par une perte de chiffre d'affaires de 35 à 45 millions d'euros pour les entreprises du BTP et bureaux d'études, ce qui correspond à 400 à 500 emplois directs menacés. La LBU finance en effet non seulement la construction neuve, mais aussi la réhabilitation du parc existant, la résorption de l'habitat insalubre et l'aménagement foncier.
Les signataires formulent sept demandes concrètes au gouvernement : le maintien intégral des crédits LBU, leur renforcement pour répondre aux besoins réels du territoire, une programmation pluriannuelle sécurisée, la réalisation d'une étude d'impact préalable à toute évolution budgétaire, la compensation en LBU de tous les logements sociaux démolis dans le cadre des programmes ANRU, une concertation avec les collectivités, bailleurs et organisations professionnelles, et enfin la remise en place du Comité Départemental de l'Habitat et de l'Hébergement comme instance de dialogue permanent entre l'État, les collectivités, les financeurs (CDC et Action Logement) et les professionnels du bâtiment.

