Jean-Noël Barrot, ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, a déposé au Sénat le 22 octobre 2026 un « Projet de loi autorisant l'approbation de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République des Fidji concernant la coopération en matière de défense et le statut des forces ». Le texte définit notamment les modalités d’actions de formation, d'entraînement, de soutien logistique ou encore la fourniture d'aide humanitaire internationale.
L’article, unique, reprend la formulation du projet de loi. Une procédure accélérée a été engagée par le gouvernement le jour même du dépôt du texte, mais ce dernier est à ce jour en première lecture au Sénat. L’accord qu’il s’agit d’approuver entre la France et les Fidji avait été signé à Nouméa le 6 décembre 2023 par le ministre français des Armées de l’époque, Sébastien Lecornu, et le ministre des Affaires intérieures et de l'Immigration de la République des Fidji, Pio Tikoduadua.
L’accord comporte vingt-trois articles. « Le préambule fait référence aux intérêts partagés des Parties dans le Pacifique Sud et rappelle leur commune volonté de faciliter leur relation de défense et de sécurité », indique l’exposé des motifs. Dans le Pacifique, les Fidji occupent une place singulière à la croisée des espaces mélanésien et polynésien, relève l’étude d’impact associée au projet de loi. Accueillant de nombreuses représentations diplomatiques, dont celles de la France et de l’Union européenne, ainsi que des organisations internationales, non gouvernementales et de grandes entreprises, les îles Fidji constituent un acteur régional de premier plan.
Une importance stratégique pour la France
Leur engagement en faveur du maintien de la paix et leur proximité avec la Nouvelle-Calédonie, située à seulement 1400 kilomètres, renforcent leur importance stratégique pour la France. À ce titre, les Fidji s’imposent comme un partenaire essentiel en Océanie, tant pour leur position géographique que pour la coopération menée dans les domaines de la défense et de la sécurité.
« Le développement d'une relation de proximité avec les militaires fidjiens permettra : de renforcer notre influence militaire régionale en application de la stratégie française en Indopacifique ; de nous afficher aux côtés de nos partenaires des « Five Eyes » (alliance qui lie les services de renseignement du Royaume-Uni, des États-Unis, de l'Australie, du Canada et de la Nouvelle-Zélande, ndlr) dans la lutte d'influence qui se joue en Océanie et aux Fidji en particulier ; et d'accroître dans le cadre de cette lutte, notre capacité d'anticipation, de réaction et d'appui pour des opérations d'assistance là où les catastrophes naturelles constituent le danger majeur », précise l’étude d’impact.
Des enjeux régionaux communs
La coopération bilatérale repose principalement sur l’action des Forces armées de la Nouvelle-Calédonie (FANC), qui regroupent près de 1500 militaires. Elle s’articule autour d’enjeux régionaux communs tels que la sécurité maritime, la lutte contre la pêche illicite, l’assistance humanitaire en cas de catastrophe naturelle et le renforcement de la stabilité des États insulaires du Pacifique Sud. Cette synergie se traduit notamment par le déploiement régulier de bâtiments et d’aéronefs des FANC au soutien des intérêts fidjiens. Un projet d’accord de coopération maritime a par ailleurs été soumis aux autorités fidjiennes afin d’approfondir le partenariat de défense et de soutenir le renforcement des capacités nationales de surveillance de leur zone économique exclusive.
« En ce qui concerne la formation, les forces armées fidjiennes ont envoyé de jeunes officiers et sous-officiers aux nouveaux stages organisés par les FANC, intitulés « Leadership training course », en octobre et novembre 2023, dans le cadre de l'Académie du Pacifique » souligne l’étude d’impact.
Il est envisagé d’approfondir cette coopération à travers la mise en œuvre de nouveaux programmes de formation, portant notamment sur l’utilisation de drones à des fins d’assistance humanitaire, la sensibilisation aux enjeux cyber, la sécurité incendie ainsi que la gestion de crise. Cette dynamique s’inscrit dans un contexte de renforcement des besoins en surveillance maritime, lié à l’essor des activités illicites comme le narcotrafic dans le Pacifique et aux défis croissants en matière de sécurité régionale.
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