Face au vieillissement rapide de la population et aux difficultés de prise en charge des personnes âgées en Martinique, la CTM, l'ARS et la Cour des comptes se sont réunies à Fort-de-France pour définir des pistes d'action concrètes. Un sujet de notre partenaire RCI Martinique.
Pas assez de places en EHPAD, des établissements fragilisés financièrement… En Martinique, la prise en charge des personnes âgées montre aujourd'hui ses limites. C’est le constat alarmant dressé par la Chambre régionale des comptes dans son rapport publié en octobre dernier. Une situation critique sur un territoire confronté à un vieillissement rapide de sa population.
Une nécessité d'agir sur l'attractivité territoriale
Pour faire face à ces besoins grandissants, la Collectivité Territoriale de Martinique (CTM), l’Agence régionale de santé (ARS) et la Cour des comptes se sont réunies ce mercredi matin à Fort-de-France. Autour de la table, Amélie de Montchalin, Première présidente de la Cour des comptes, Yves Servant, directeur général de l’ARS, et Serge Letchimy, président du conseil exécutif de la CTM, ont cherché à transformer ce diagnostic en solutions concrètes.
Présent lors des échanges, le président du conseil exécutif de la CTM a souligné la nécessité d'agir sur l'attractivité territoriale et l'accueil des aînés pour anticiper le choc démographique : « On aura pratiquement, dans les 10 à 15 ans qui viennent, 50% de la population à plus de 60 ans et ça va s'accélérer. Donc il faut à la fois mener une grande politique familiale, c'est très important pour essayer de stabiliser. On a mené une action qui s'appelle les "Migrations retours" : le bilan, c'est à peu près 1 000 personnes revenues, 404 familles. On a dessiné un plan Martinique 2050 pour créer de la richesse, de l'activité, de l'emploi, de la valeur ajoutée. Et on est face au vieillissement quantitatif, c'est 12 000 personnes prises en charge chaque année à travers les EHPAD et les SAD. C'est un peu l'enjeu que nous avons d'une prise en charge complète, cohérente, qui ne déséquilibre pas le fonctionnement des SAD et des structures d'hébergement. On a aussi le besoin de formation des personnes qui sont en charge, c'est un enjeu extrêmement important pour ne pas créer de déséquilibres, et un besoin en système de contrôle, d'organisation et de territorialisation pour qu'on n'ait pas trop de mobilité ».
Présente lors de cette rencontre, Amélie de Montchalin, Première présidente de la Cour des comptes, a insisté sur la nécessité de bâtir une trajectoire pluriannuelle et d'adapter l'offre de soins aux réalités du terrain : « Le rapport de la Chambre régionale des comptes trace le besoin d'avoir une vision pluriannuelle pour se préparer, ainsi qu'un modèle de financement équilibré. Il y a des sujets de compensation nationale, des sujets de mobilisation de fonds au niveau de la Martinique, et la question cruciale du reste à charge pour les familles et les personnes. Le troisième enjeu, c'est l'efficacité. Tout le monde ne peut pas ou n'a pas besoin de rester à domicile, et tout le monde n'a pas vocation à aller en EHPAD. L'enjeu d'efficacité, c'est d'organiser des structures adaptées à chacun pour que le niveau de service public soit le plus pertinent et le moins coûteux possible, sans gaspillage. La clé n'est pas à nous, Chambre régionale et Cour des comptes, de la trancher : nous proposons une trajectoire, et c'est le cœur de notre mission démocratique ».
Des actions concrètes déjà engagées par la CTM
Face à ce défi du grand âge, la CTM mène d'ores et déjà un effort sans équivalent en tant que chef de file des solidarités. En 2025, la collectivité a ainsi accompagné plus de 12 000 bénéficiaires de l'APA et plus de 4 000 bénéficiaires de la PCH, représentant 118,4 millions d'euros de dépenses. Le soutien à domicile, assuré par 58 services autonomie couvrant 95% du territoire, a bénéficié à 8 264 personnes, pour un montant supérieur à 60 millions d'euros.
Sur le plan de l'offre et de l'accompagnement des professionnels, plusieurs chantiers ont été initiés : Le tarif horaire des services d'aide à domicile a été rehaussé à 25 euros en 2026 (contre 23,50 euros en 2024), tandis que 8,44 millions d'euros ont été consacrés sur quatre ans à la revalorisation salariale (avenant 43) au bénéfice de 25 services ; Un calendrier d'appels à projets conjoints avec l'ARS a été publié en juillet 2026 pour cibler les zones déficitaires (Nord Atlantique et Sud) afin de créer de nouvelles places et diversifier les modes d'accueil ; Une contractualisation pluriannuelle a été amorcée avec trois premiers contrats d'objectifs et de moyens pour soutenir les EHPAD en grande difficulté financière.
RCI Martinique

