La moitié des ambulances hors service, des embarcations de secours inutilisables, des casernes vétustes : en Guadeloupe, les pompiers ne sont plus sûrs de pouvoir répondre à leurs missions.
Comme dans l'Hexagone où les pompiers sont appelés à une mobilisation nationale à compter de mardi pour demander des moyens financiers, matériels et humains, ceux de l'archipel antillais alertent sur leurs conditions d'exercice. « Nous avons aussi lancé un appel à la grève dans nos rangs », explique à l'AFP Sylvain Barvaut, secrétaire général du syndicat FO au Service départemental d'incendie et de secours (Sdis) de la Guadeloupe.
En juin déjà, les pompiers avaient fait grève devant le conseil départemental de Guadeloupe pour protester contre des manques criants de moyens : casernes vétustes, ambulances obsolètes, manque de formation et manque de moyens financiers.
Sur place, le constat est unanime. En prenant ses fonctions de directeur du Sdis en début d'année, Sylvain Montgénie avait dressé un rapport édifiant. « 52% des VSAV sont hors service », écrivait-il en février, en référence aux ambulances qui servent pour 92% des interventions.
Les « moyens nautiques » ne valent pas mieux : « Nos embarcations les plus importantes », mobilisables « dans le cas d'un naufrage de ferry inter-îles, sont toutes hors service », notait le directeur dans ce document.
Défaillances
« Bien sûr, c'est la faute à un sous-financement chronique sur lequel il convient de tirer la sonnette d'alarme, sous peine d'un naufrage imminent », explique à l'AFP Sylvain Montgénie, juste avant le début du mouvement. Il rappelle un taux d'activité supérieur de « 43% par rapport aux Sdis de France », avec plus de 11 000 interventions par an pour 100 000 habitants.
« On a du mal à assurer nos missions », résume le patron des pompiers guadeloupéens, qui pointe les « défaillances des partenaires, comme le CHU de Guadeloupe où il faut parfois plus de 13 heures » pour pouvoir confier un patient. Autant de temps pendant lequel les véhicules du Sdis restent immobilisés aux urgences.
Cette situation oblige aussi parfois à envoyer un véhicule « de Saint-Claude pour aller secourir quelqu'un à Sainte-Anne », deux communes distantes de 80 kilomètres, détaille le directeur.
En raison de la crise chronique de l'eau en Guadeloupe et des nombreuses bornes d'incendie défectueuses, les pompiers sont systématiquement contraints d'apporter, en cas de feux, une citerne supplémentaire, ce qui les oblige à « doubler les moyens à chaque intervention », déplore Sylvain Montgénie.
Côté préfecture, on se dit « inquiet » d'une telle situation, au point d'avoir demandé en juin à la chambre régionale des comptes d'évaluer la gestion du Sdis et sa capacité à répondre à ses missions de sécurité civile, sur la base notamment du rapport du nouveau directeur.
Séisme
Les finances, elles, sont dans le rouge. « Il faudrait environ 18 millions pour combler les besoins », confirme à l'AFP Henri Angélique, conseiller départemental et président du conseil d'administration du Sdis de Guadeloupe.
Après la grève de juin, le conseil départemental avait promis des versements fixés par un « budget supplémentaire ». Initialement prévu en juillet, le vote devrait advenir d'ici fin septembre. « On a les mêmes problèmes que les autres départements », tempère Henri Angélique, assurant qu' « on avance toutefois ».
Des casernes annoncées de longue date sont en construction, à Pointe-Noire, sur la côte ouest, et à Marie-Galante. Mais l'avancement de travaux est retardé par l'augmentation du coût des matériaux. À Sainte-Rose, dans le nord de Basse-Terre, la réfection d'une caserne particulièrement vétuste, annoncée depuis cinq ans, se fait toujours attendre.
« Après le rapport de l'inspection générale de l'administration, on a remis à jour le schéma départemental des risques qui est en cours de finalisation », ajoute Henri Angélique. Ce rapport, daté de 2021, concluait globalement à un manque de préparation du territoire en matière de risques majeurs auxquels il est soumis.
Au-delà des manques du quotidien, dans un territoire vieillissant et exposé, l'événement majeur que l'on redoute chez les pompiers est un séisme de forte magnitude. Ici, pas de débat sur la capacité des hommes à secourir. Le doute porte sur les murs des casernes car elles ne sont pas aux normes parasismiques.
Avec AFP

