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En Guadeloupe, les lycéens racontent leur « boucle infernale » à Naïma Moutchou
©Facebook Naïma Moutchou

« On veut être entendus » : dans une salle comble du rectorat de Guadeloupe, aux Abymes, une trentaine d'élus lycéens ont exposé mercredi soir leurs doléances à la ministre des Outre-mer Naïma Moutchou, qui a tenu à consacrer sa première séquence à la jeunesse et aux problématiques rencontrées. 

Près de Pointe-à-Pitre, le cœur économique de l'île, ces porte-parole de 20 établissements ont pris place en grand cercle, dossiers sur les genoux. Face à l'écran reliant en visioconférence leurs camarades de Saint-Martin, ils ont échangé avec la ministre, le préfet, le recteur Gabriele Fioni, des élus et des proviseurs.

Après un mois d'octobre marqué par des blocages de lycées sur l'archipel pour réclamer des conditions d'étude décentes, le micro circule dans le calme. Élu au Conseil de la vie lycéenne (CVL) du lycée Yves-Leborgne de Sainte-Anne, Yannis Selbonne, élève de terminale de 17 ans, se pose en « médiateur entre l'administration et les élèves ».

Pour lui, l'enjeu est « que notre grève soit vue à sa juste valeur, avec des recommandations, des demandes lycéennes, des élèves qui se préoccupent de leur avenir ». À ses côtés, Mély, 18 ans, élue à Port-Louis en terminale coiffure, pense aux suivants : « J'espère que d'autres auront ce que je n'ai pas eu pour pouvoir travailler correctement ».

« Boucle infernale »

Dans son lycée du Nord Grande-Terre, Mély décrit des classes de 33 élèves aux fenêtres bloquées. « On demande de l'aération parce qu'il n'y a ni ventilateur ni clim, on ne demande pas la clim partout », explique-t-elle. En atelier, « on demande de changer les bacs de coiffure parce que ça coule », et « seuls cinq ordinateurs sur quinze fonctionnent ».

À cette vétusté s'ajoute l'épuisement des transports dès l'aube pour débuter les cours à 07h, une « boucle infernale » qui pèse sur le moral, dénonce un élève. Au lycée de Ducharmoy à Saint-Claude (Basse-Terre), qui accueille des élèves de tout l'archipel mais est dépourvu d'internat, Kétoura raconte ses journées à rallonge : « Je pars de chez moi à 05h, je prends mon bus à 05h30, je rentre chez moi il est 17h ».

Depuis Saint-Martin, île franco-néerlandaise où l'anglais prédomine, un lycéen rappelle en visioconférence que l'île voisine de « Saint-Barth n'a pas de lycée », contraignant les collégiens à partir vers l'Hexagone, « pour ceux qui peuvent ».

Le député de Guadeloupe Christian Baptiste (apparenté PS) écoute et note sur son carnet ces témoignages, avant de pointer à son tour ce qui lui remonte du terrain comme « la surcharge des classes et le manque de personnel médical et social dans les établissements ».

« Feuille de route »

Ces récits font écho à la consultation lancée en octobre sur la plateforme gouvernementale Agora, à l'issue d'une demi-journée de débats par lycée. Le 13 octobre à l'Assemblée nationale, le ministre de l'Éducation nationale Édouard Geffray relevait que 50% des 200 à 250 contributions guadeloupéennes ciblaient la vétusté du bâti.

S'appuyant sur un tableau de suivi, le recteur Gabriele Fioni assure que « pour chaque demande, il y aura une réponse, quelle qu'elle soit », en attendant de « trouver mieux que Parcoursup en 2028 ». Après avoir longuement écouté les élèves, Naïma Moutchou a jugé leurs demandes « totalement légitimes », annonçant pour fin novembre une « feuille de route de la jeunesse » incluant la santé mentale et l'ouverture de BTS locaux.

Pour ceux qui partent étudier dans l'Hexagone, elle indique travailler avec l'Agence de l'Outre-mer pour la mobilité (LADOM), qui finance les billets d'avion, afin de « rendre ces prix plus attractifs ». La ministre rappelle enfin l'enveloppe de « quatre milliards d'euros de prêts bonifiés » mobilisable pour le bâti régional et promet un « Plan sargasses 3 » aux moyens triplés.

« Je m'inspire du terrain, de ce que j'entends, de ce que vous me dites », a-t-elle assuré en promettant un suivi des doléances dès son retour à Paris. En clôture, un lycéen résume l'état d'esprit général : « On ne veut pas être sauvés, mais on veut être entendus. »

Avec AFP