La directrice de l’Agence française anticorruption (AFA), Isabelle Jégouzo, est en Martinique depuis le 13 octobre afin de sensibiliser les élus, les agents publics, et renforcer la prévention contre les détournements de fonds, dans un contexte où le trafic de drogue international touche particulièrement les Antilles. Elle était l'invitée de notre partenaire RCI Martinique.
Insularité, narcotrafic ou népotisme, nombreux sont les facteurs qui favorisent la prise illégale d’intérêts ou le détournement de fonds publics en Martinique.
Le territoire y serait deux fois plus confronté que le reste de l’Hexagone. Un bilan qui incite la directrice de l’Agence française anticorruption (AFA) Isabelle Jégouzo à se rendre sur place, pour rencontrer notamment les élus locaux, mais aussi les entreprises, les agents des collectivités territoriales et de l'Etat. «Entre 2018 et 2025, 22 affaires sur le territoire martiniquais ont abouti à la condamnation de 32 personnes, très majoritairement des élus locaux et des agents des collectivités territoriales. En Martinique, le taux de détournements de biens publics est particulièrement élevé. C'est une vraie préoccupation. L'argent public est rare et il doit être absolument utilisé pour la communauté, pour l'intérêt général. C'est la raison pour laquelle je vais voir tous les élus de Martinique et leur passer un certain nombre de messages sur les précautions à prendre, les lignes rouges, pour que cela n'arrive pas», explique-t-elle au micro de RCI Martinique.
Un chiffre qui s’expliquerait notamment par l’insularité de la Martinique et son réseau de proximité. Elle poursuit : «Il est important que les liens personnels soient bien identifiés par rapport à l'action que l'on fait au titre de sa fonction. Par exemple, on n'embauche pas soi-même un proche. Cela peut être constitutif d'une infraction pénale. On n'attribue pas une subvention ou un marché public à un organe dans lequel on a un intérêt personnel, soi-même, ses proches, ses parents».
Une société sous-terraine
Autre paramètre qui favorise la corruption : la recrudescence du narcotrafic. Estimé à 7 milliards d’euros par an, ce marché noir accroît le risque d’atteinte à la probité des agents de l’état. Isabelle Jégouzo poursuit : « Les narcotrafiquants vont chercher des moyens logistiques, c'est la raison pour laquelle les ports, les aéroports vont être particulièrement touchés, parce qu'ils permettent de transporter et de stocker la marchandise. Donc ils vont chercher des complicités ces lieux de transits pour embarquer ou débarquer leurs marchandises. Ils vont également cibler les agents de l'État, la puissance publique, les policiers, les gendarmes, les douaniers, les magistrats, les greffiers, les surveillants pénitentiaires, pour avoir des informations sur les enquêtes en cours, pour savoir s'ils sont recherchés, s'il y a des opérations prévues et puis s'ils sont incarcérés, pour continuer de gérer leur trafic de l'intérieur de la prison.»
Par RCI Martinique

