Créée en 2024, Douce. aurait pu n’être qu’une nouvelle marque de cosmétiques naturels. Mais sa fondatrice, la Guadeloupéenne Maëva Jacquet, 35 ans, a choisi d’aller bien au-delà du produit. Vente en ligne, protocoles de soins, massages, événements, ateliers, collaborations avec des établissements et bientôt retraites autour du bien-être : elle développe progressivement un écosystème à 360°, nourri par les rituels et la transmission familiale qui ont bercé son enfance. Pour Outremers360, elle revient sur la naissance de Douce., sa vision du bien-être et ce modèle hybride qu’elle entend désormais faire grandir.
Quand Maëva Jacquet imagine Douce en 2024, elle traverse une période de bouleversements personnels et professionnels. Dans ce moment de rupture, une image rassurante revient avec insistance : « Tout ce à quoi je pensais, c’était de rentrer en Guadeloupe, être près de ma grand-mère, être en famille, pouvoir prendre soin les unes des autres », raconte-t-elle.

Elle cherche alors une manière de se rapprocher de ce qui l’a construite : « Je me suis demandé comment je pourrais me rapprocher de cet héritage, de cette transmission. J’ai pensé à tout ce qui me faisait du bien dans la vie : le retour à la terre, le temps passé entre femmes, les rituels de soin. »

De la transmission familiale à l’entrepreneuriat
Professeure d’anglais de formation, elle avait un temps envisagé de poursuivre un doctorat en Allemagne, pays où elle avait déjà vécu. Sa vie familiale la conduit finalement à rester à Paris. Elle rejoint ensuite le projet entrepreneurial du père de sa fille, une marque de prêt-à-porter inspirée de la diaspora africaine. Elle se forme alors à la communication, à l’événementiel et à la création de contenus. Une expérience qui nourrit encore aujourd’hui son activité de conseil en branding, marketing et stratégie digitale, qu’elle mène en parallèle de Douce., auprès d’autres entrepreneurs.
La période personnelle qu’elle traverse marque alors un tournant et la pousse à porter son propre projet. Douce. trouve ses racines dans ce qu’elle connaît de plus intime : les gestes transmis au sein de sa famille et une certaine conception du soin. D’abord pensée en direction des femmes, la marque porte aussi une réflexion sur la place qu’elles accordent à leur propre bien-être. « Les femmes ont tendance à tout donner pour le couple, pour la famille, pour les enfants. Je voulais aller au-delà de ça », explique-t-elle.
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Le produit comme porte d’entrée
Pour mettre au point ses premiers soins, Maëva Solange Jacquet se tourne vers un laboratoire spécialisé : « Nous travaillons aujourd’hui avec un laboratoire européen qui dispose déjà des certifications nécessaires, notamment pour des produits vegan, ce qui facilite beaucoup les choses pour une petite structure comme la nôtre. »
Maeva arrive avec ses références, notamment des huiles et beurres végétaux guadeloupéens, et échange avec les formulateurs sur ce qu’il est techniquement possible d’intégrer. « Je ne suis pas chimiste. Mais, j’avais l’idée des ingrédients que je voulais utiliser. On a alors travaillé avec le laboratoire pour voir ce qu’il était possible de faire. »
Les soins sont pensés pour être naturels, sensoriels et adaptés notamment aux besoins d’hydratation des peaux afro-caribéennes, sans pour autant leur être exclusivement destinés. Dans ses campagnes, Maëva Solange Jacquet choisit d'ailleurs de représenter une diversité de peaux et de corps, souvent à travers des femmes issues de son entourage, de sa famille ou de ses amies.
Mais très vite, la fondatrice réalise que Douce. ne trouvera pas nécessairement sa singularité dans une course à l’actif cosmétique le plus performant. « Il y a des marques qui font très bien, avec des actifs beaucoup plus puissants pour l’anti-âge ou d’autres problématiques. Moi, je voulais que chaque produit soit très sensoriel, qu’il apporte du bien-être et un effet positif à la peau. Mais le cosmétique, ce n’était pas tout ce que je voulais faire. »
Cette réflexion va progressivement façonner un modèle beaucoup plus large.
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Des cosmétiques à l’expérience : le virage stratégique
Maëva Solange Jacquet se forme à différentes techniques de massage et aux pratiques holistiques. Les produits Douce. deviennent les supports de rituels qu’elle conçoit elle-même. À la vente des produits sur Internet viennent ainsi s’ajouter leur référencement dans différents établissements, mais aussi des protocoles de soins utilisant la gamme.
Cette dimension immersive prend une autre ampleur dès la première année de la marque lorsqu’elle obtient une carte blanche dans le cadre d'un événement lié au Centre Pompidou. Maëva imagine alors un espace entièrement consacré au bien-être, avec des ateliers, des discussions et différents intervenants.
Une expérience fondatrice qui donnera naissance aux Douce. Conversations, un format ouvert au public sur plusieurs jours, conçu comme un rendez-vous autour du bien-être auquel participent des professionnels, des artistes et des influenceuses. Certains échanges ont réuni jusqu’à une soixantaine de personnes.
En parallèle, Maëva développe les Douce. Sessions, des rendez-vous plus intimistes d’environ deux heures, réunissant une dizaine de participantes.
Un business model construit à 360°
C’est sans doute là que le projet de Maëva devient particulièrement innovant. Douce. ne cherche plus seulement à vendre davantage de produits mais à proposer différents points d’entrée vers un même univers. « On m’orientait beaucoup plus vers le produit parce que, pour tout le monde, c’était l’aspect le plus pertinent. Sauf qu’en réalité, une fois qu’on réussit à trouver le modèle économique, l’aspect immersif et les événements sont pour moi ce qu’il y a de plus pertinent et ce que je réussis le mieux à faire. »
Une prise de conscience qui constitue à ses yeux autant un changement de stratégie qu’une affirmation personnelle. « À certains moments, j’avais l’impression qu’on essayait de pousser la marque dans une direction qui n’était pas forcément la mienne. J’ai tenu à mon idée et à faire en sorte qu’elle puisse faire ses preuves. »
Maëva bénéficie également de plusieurs accompagnements, « Je fais partie de la promotion des Premières Île-de-France et j’ai également été certifiée HEC Stand Up. Cela m’a permis de rencontrer d’autres femmes entrepreneures, de me sentir moins seule, de mieux structurer mon projet et d’ouvrir de nouvelles perspectives. »
Elle a également bénéficié d’une dotation du Fonds Inclusif Pinterest, qui lui a notamment permis de développer son site internet, dont elle signe elle-même l’ensemble des photographies.
Les prochaines étapes
Le modèle Douce. continue de s’élargir, avec en perspective des retraites entièrement dédiées au bien-être et l’ambition de se développer au-delà du marché français. À 35 ans, Maëva Solange Jacquet pilote encore une structure à taille humaine. Pour construire l’identité visuelle de la marque, elle collabore avec le directeur artistique Simon Calvet.
Mais la prochaine étape pourrait aussi ramener Douce. au plus près de ses racines. La dirigeante envisage de travailler avec un laboratoire en Guadeloupe, y faire fabriquer l’un de ses prochains produits et renforcer son sourcing en ingrédients locaux. Une façon de prolonger jusque dans le modèle économique cette transmission qui a donné naissance à la marque. « La Guadeloupe est dans tout ce qu’on fait », résume-t-elle.

