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Climat, diplomatie scientifique, rapprochement avec le CNRS : Valérie Verdier, Présidente-directrice générale de l’IRD, défend la place stratégique des Outre-mer dans la recherche

À l’occasion de son déplacement en Polynésie française et en Nouvelle-Calédonie, du 17 au 30 octobre, Valérie Verdier, présidente-directrice générale de l’Institut de recherche pour le développement (IRD), revient dans un entretien accordé exclusivement à Outremers360 sur le rôle de sentinelle des territoires ultramarins face aux bouleversements climatiques. Recherche scientifique, coopération régionale, diplomatie scientifique : elle défend une science construite avec et pour les territoires. Elle évoque également le rapprochement envisagé avec le CNRS, dans lequel elle voit des perspectives de mutualisation qui participent du rayonnement de la présence scientifique française à l’international.

Les Outre-mer, sentinelles du changement climatique

Montée du niveau de la mer, érosion du littoral, acidification des océans, blanchiment des coraux, évolution des cyclones et des précipitations : les territoires insulaires du Pacifique sont particulièrement exposés aux conséquences du changement climatique.

Pour Valérie Verdier, « la Polynésie française et la Nouvelle-Calédonie sont en première ligne des bouleversements climatiques ». Des « territoires sentinelles » comme elles nomment, où les recherches sur la biodiversité, la santé et les ressources marines permettent d'observer des transformations qui concernent également d'autres régions du monde.

Mais au-delà de l'observation, l'enjeu est d'apporter des réponses concrètes aux populations. « En Polynésie française, l'IRD travaille notamment avec l'Institut Louis Malardé sur des problématiques de santé publique, parmi lesquelles les risques sanitaires liés aux toxines marines et les maladies à transmission vectorielle. »

La recherche concerne aussi l'agriculture, l'accès à l'eau, l'alimentation ou encore la préservation des récifs coralliens. Autant de domaines dans lesquels les scientifiques et leurs partenaires locaux s'attèlent à mieux comprendre les phénomènes et à accompagner l'adaptation des territoires.

CLIPSSA et MaHeWa : des recherches pour anticiper et s'adapter

Le programme CLIPSSA (Climat du Pacifique, Savoirs locaux et Stratégies d'adaptation) dans le Pacifique, associe données scientifiques et savoirs locaux afin de construire des stratégies d'adaptation au changement climatique dans le Pacifique Sud-Ouest.

L'objectif est ainsi de disposer de projections suffisamment précises pour anticiper les transformations à venir. « À une échelle kilométrique ces connaissances peuvent permettre de déterminer où déplacer certaines plantations ou à quelle période les cultiver. » souligne Valérie Verdier. Le projet MaHeWa, est quant à lui consacré à l'étude des canicules marines dont les effets en cascade impactent profondément les coraux et les ressources marines.

Lire aussi : Valérie Verdier, Présidente-directrice générale de l’IRD, attendue en Polynésie française et en Nouvelle-Calédonie à partir du 17 octobre

Les recherches scientifiques dépassent le seul cadre du Pacifique français souligne Valérie Verdier : « Ces recherches intéressent également d'autres pays. Je me suis rendue en Indonésie il y a quelques mois et les Indonésiens se sont montrés très intéressés par les travaux que nous conduisons sur les impacts du changement climatique. Ils souhaitent notamment mieux connaître les recherches menées avec Météo-France pour voir comment elles pourraient être développées chez eux. »

La recherche, un levier de diplomatie scientifique dans le Pacifique

Depuis les implantations de l'IRD en Polynésie française et en Nouvelle-Calédonie des collaborations avec d'autres États insulaires du Pacifique, notamment le Vanuatu et les Fidji se développent.

Cette coopération « repose d'abord sur des relations de confiance », insiste Valérie Verdier. « Nous partageons des savoirs, nous formons des partenaires, nous participons à la transmission des connaissances scientifiques. Tout cela contribue à ce travail de diplomatie scientifique, particulièrement important dans le Pacifique. Je pense notamment aux collaborations développées au Vanuatu, où nous avons participé au lancement d'une première école marine. C'est aussi à partir de nos implantations en Polynésie française et en Nouvelle-Calédonie que nous avons pu développer ces collaborations dans la région. » C’est ainsi qu’au-delà des programmes scientifiques, ces échanges contribuent au rayonnement de la recherche française dans tout le Pacifique.

Mais cette présence scientifique doit surtout permettre aux sociétés de comprendre les transformations auxquelles elles sont confrontées, de les anticiper et de construire leurs propres réponses. « On ne peut pas construire des réponses à partir de l'Hexagone », affirme Valérie Verdier, pour qui, la recherche doit s'appuyer sur les compétences des laboratoires, où qu'ils soient implantés, dans l'Hexagone ou dans les Outre-mer, tout en tenant compte des réalités de chaque territoire.

A travers cette démarche Valérie Verdier entend développer « une science utile », partagée et construite au plus près des besoins locaux.

Rapprochement IRD-CNRS : mutualiser les moyens sans perdre l'ancrage territorial

Ce rapprochement a été engagé à la demande du gouvernement, dans le cadre de la mission « État efficace ». Une mission de préfiguration doit d’ailleurs, proposer aux autorités de tutelle, ministère de la recherche et l’enseignement supérieure et celui de la transition écologique, différentes pistes de rapprochement entre les deux organismes.

La mutualisation est déjà visible sur le terrain précise Valérie Verdier : « Nous disposons de 38 représentations, dont quatre dans les territoires ultramarins, qui sont déjà ouvertes aux acteurs de l’enseignement supérieur et de la recherche. C’est particulièrement le cas en Guyane et en Nouvelle-Calédonie, où nous accueillons notamment nos collègues du CNRS, de l’Ifremer, du Cirad et de l’Institut agronomique néo-calédonien. Ce sont déjà des plateformes qui offrent de très bonnes conditions de travail, avec des équipements et des infrastructures scientifiques accessibles à tous. […] Je trouve que c’est un très bon exemple de ce que nous pourrions faire avec le CNRS, en allant peut-être encore plus loin. Nos représentations à l’étranger pourraient être mutualisées pour permettre à la recherche française de parler d’une seule voix. »

Mais ce qui distingue l’IRD, c’est son empreinte territoriale et sa capacité à construire des solutions avec les acteurs locaux « Je pense que notre ancrage au Sud, dans les territoires d'Outre-mer, est une réelle plus-value », souligne Valérie Verdier. Quant aux conséquences possibles de cette réorganisation dans un contexte budgétaire contraint, Valérie Verdier se montre favorable aux perspectives de coopération, tout en restant prudente sur les résultats : « Je pense qu'on a des choses à y gagner. J'espère qu'on n'aura rien à y perdre. »

Une conviction qui résume la conception de la recherche que Valérie Verdier défend depuis de nombreuses années :« C’est ce sur quoi j’insiste beaucoup : apporter des solutions adaptées aux territoires, qui répondent véritablement aux attentes des acteurs locaux. »