La ministre des Outre-mer Naïma Moutchou a inauguré, ce mardi 15 septembre, la salle Eugénie et Félix Éboué au sein du ministère, donnant désormais à l’ancienne parlementaire et résistante une place aux côtés de son époux. Une « réparation de l’histoire » pour la ministre, qui entend également porter le combat en faveur de la panthéonisation d’Eugénie Éboué-Tell.
Au ministère des Outre-mer, la salle qui portait jusqu’ici le seul nom de Félix Éboué porte désormais celui d’Eugénie et Félix Éboué. La ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, a inauguré ce mardi 15 septembre cette salle rénovée, souhaitant ainsi remettre en lumière la trajectoire d’Eugénie Éboué-Tell, résistante et figure politique majeure de l’après-guerre. « C’est une réparation de l’histoire » a déclaré la ministre.
« Nous avons souhaité rendre hommage à Eugénie Éboué-Tell, qui est une grande, grande figure de l’histoire. Il a fallu du temps, mais c’est tombé à maturité », a expliqué Naïma Moutchou à Outremers360. « Nous sommes nombreux à être réunis pour rappeler l’histoire, pour rappeler ses combats et pour dire que les femmes aussi sont de grands hommes ».
Née à Cayenne en 1891, institutrice de formation, Eugénie Éboué-Tell rejoint la France libre et devient infirmière à Brazzaville pendant la Seconde Guerre mondiale. Condamnée à mort par contumace par le régime de Vichy, elle entame après-guerre une importante carrière politique. En octobre 1945, elle est élue députée de la Guadeloupe et devient l’une des 33 premières femmes à siéger à l’Assemblée nationale et la seule femme noire parmi elles. Elle sera ensuite sénatrice puis membre du Conseil économique et social.
« C’est la seule femme aujourd’hui encore à avoir siégé au sein des trois assemblées de la République, puisqu’elle a été députée, sénatrice, membre du Conseil économique et social », souligne Guillaume Villemot, délégué général de la Fondation du service militaire adapté, biographe d’Eugénie Éboué et passionné par son parcours.

Une mémoire « effacée et oubliée »
Pour Guillaume Villemot, cette nouvelle dénomination vient aussi réparer un déséquilibre mémoriel entre les deux époux. « C’est la première fois qu’il y a un bâtiment public qui, finalement, réunit Eugénie et Félix », souligne-t-il. Car si de nombreux lieux portent aujourd’hui le nom de Félix Éboué, gouverneur du Tchad qui rallia le territoire à la France libre dès août 1940 et dont les cendres reposent au Panthéon depuis 1949, les hommages publics à son épouse restent beaucoup moins nombreux. Guillaume Villemot cite notamment le collège Eugénie-Tell-Éboué de Saint-Laurent-du-Maroni, une impasse à Paris, une rue à Asnières-sur-Seine ou encore, plus récemment, une crèche à Bordeaux. « La trace d’Eugénie dans la République a été un peu effacée et oubliée », déclare-t-il.
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Deux portraits d’Eugénie et Félix Éboué réalisés par le street artist C215 encadrent désormais l’entrée de la salle. Des photographies présentées à l’occasion de l’inauguration proviennent également de Marie-Françoise Éboué, épouse de Charles, le plus jeune fils du couple.
« Le dossier est à l’Élysée »
L’hommage pourrait désormais aller beaucoup plus loin. Naïma Moutchou a profité de cette inauguration pour afficher clairement son soutien à l’entrée d’Eugénie Éboué au Panthéon, où elle rejoindrait ainsi son époux. « Je souhaite moi aussi porter ce combat de la panthéonisation d’Eugénie Éboué-Tell désormais, avec d’autres bien évidemment, parce que sa place est aussi parmi ces hommes et ces femmes qui ont fait la nation française », affirme la ministre.
Une demande déjà portée notamment par les élèves du collège Eugénie-Tell-Éboué de Saint-Laurent-du-Maroni, qui ont écrit au président de la République. Le dossier avait également été défendu par Sébastien Lecornu lorsqu’il était ministre des Outre-mer. « Le premier à avoir porté le sujet de la panthéonisation, finalement, c’était Sébastien Lecornu, lorsqu’à l’époque il était ministre des Outre-mer, puisqu’il avait fait passer une note au président de la République », rappelle Guillaume Villemot. « Aujourd’hui, le dossier est à l’Élysée. Maintenant, ça reste la décision du président de la République, et du président seul ».

Le biographe estime qu’une entrée d’Eugénie Éboué au Panthéon aurait une portée particulière. « Ça aurait énormément de sens qu’une des dernières panthéonisations dans le calendrier du président de la République soit celle d’Eugénie Éboué, parce que c’est un hommage ultramarin qui n’a jamais été rendu » au cours de sa présidence, plaide-t-il. Et à ceux qui citent l’entrée de Joséphine Baker au Panthéon en 2021, Guillaume Villemot répond : « Joséphine Baker n’était pas ultramarine, elle était américaine. Certes, elle a été résistante, mais je trouve que le message d’Eugénie, qui est un message, par les temps qui courent, d’accès à la culture, d’égalité de traitement pour tout le monde, d’ouverture vers les autres, est un message qui est d’une modernité absolue et qui prendrait totalement sa place dans ce lieu symbolique qu’est le Panthéon ».
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« Réunir les époux »
Un souhait également partagé au sein de la famille Éboué. Présente lors de l’inauguration, Marie-Françoise Éboué, épouse de Charles Éboué, le plus jeune fils d’Eugénie et Félix, a rappelé que cette demande était ancienne. Une entrée au Panthéon « c’était le souhait de ma belle-sœur Ginette », fille du couple, a-t-elle expliqué. « Ça fait un moment qu’on le demande, non pas pour faire une grande histoire, mais réunir les époux. »
Pour Naïma Moutchou, cette reconnaissance participe plus largement à une meilleure transmission de l’histoire ultramarine. « Ça n’est jamais trop tard que de regarder ce qui s’est passé hier et de le reconnaître aujourd’hui », estime la ministre. « Je crois que c’est important de faire cette pédagogie, notamment auprès des plus jeunes, pour leur apprendre ce qui s’est passé, pour leur dire aussi qu’il y a des femmes venues des territoires ultramarins qui ont participé à la conquête de la liberté, qui ont participé aux grands combats sur l’égalité (…) C’est une histoire qui n’est pas assez connue, qui devrait être davantage enseignée », déclare-elle.
Cette mise en lumière se poursuivra dès le 24 septembre, avec la projection, dans la salle nouvellement renommée, du documentaire Eugénie Éboué-Tell, une héroïne française, a annoncé Naïma Moutchou.

