Wallis et Futuna : une évaluation stratégique à améliorer dans le cadre de la programmation pluriannuelle de l’énergie, selon l’Autorité environnementale

Wallis et Futuna : une évaluation stratégique à améliorer dans le cadre de la programmation pluriannuelle de l’énergie, selon l’Autorité environnementale

Les articles du Code de l’énergie définissent le cadre d’élaboration ainsi que le contenu des programmations pluriannuelles de l’énergie (PPE), applicables aussi bien à l’Hexagone qu’aux territoires d’Outre‑mer. Pour chaque plan ou programme soumis à évaluation, l’Autorité environnementale (AE) désignée par la réglementation doit donner son avis et le mettre à disposition de la personne publique responsable et du public. Un avis adopté le 21 mai a évalué la qualité de l’évaluation environnementale stratégique (EES) et la manière dont ces enjeux ont été intégrés dans la deuxième PPE de Wallis‑et‑Futuna, élaborée conjointement par l’État et la collectivité territoriale. Cette PPE couvre deux périodes : 2024‑2028 et 2029‑2033. Synthèse.

« Le projet de PPE 2024-2028 et 2029-2033 (qui date de janvier 2024) contient un état des lieux mêlé à un « bilan » de la PPE précédente avec des données en général récentes mais parcellaires », observe l’AE. Pour l’électricité par exemple, Wallis dispose de six à sept groupes électrogènes, représentant une puissance totale de 6,25 à 7,53 MW. En pratique, quatre à cinq groupes fonctionnant au gazole sont réellement utilisés, pour une puissance installée de 6,25 MW et une puissance garantie de 4,28 MW. À Futuna, le parc comprend quatre groupes électrogènes, pour une puissance totale de 1,73 MW et une puissance garantie de 0,66 MW.

La pointe de consommation a fortement augmenté : elle a atteint 3,54 MW à Wallis et 0,685 MW à Futuna en 2022, soit une hausse de 40 % entre 2018 et 2022. Le critère de défaillance retenu est de 3 heures par an, mais le dossier ne précise pas les durées de défaillance effectivement constatées. Aussi, « L’AE recommande d’actualiser et mettre en cohérence le dossier sur les capacités électriques thermiques fossiles et renouvelables installées, ainsi que sur les coupures et défaillances observées ».

Deux orientations pour développer les énergies renouvelables thermiques

En ce qui concerne les émissions de gaz à effet de serre (GES), ce point n’est pas traité dans l’état des lieux de la PPE, alors qu’il devrait l’être conformément au Code de l’énergie, qui fait de la réduction des émissions de gaz à effet de serre le premier objectif de la politique énergétique. L’étude d’impact environnemental aborde toutefois la question dans son annexe I, mais en s’appuyant sur des données anciennes : un diagnostic datant de 2017, fondé sur des chiffres de 2014‑2015 et des projections à 2023. Des informations plus récentes existent pourtant et auraient pu être mobilisées, et l’avis préconise d’actualiser le dossier sur les GES.

Sur la question des énergies renouvelables (ENR), l’ambition en photovoltaïque semble faible par rapport à la forte dynamique observée lors de la première PPE. L’AE recommande ainsi d’expliciter les choix sur le photovoltaïque. En outre, « Au regard des études lancées lors de la précédente période de la PPE, il est proposé de renoncer à ce stade au développement de biomasse et de biogaz à Wallis », souligne l’avis. Deux orientations principales ont été retenues pour développer les énergies renouvelables thermiques : rendre obligatoire l’installation d’un chauffe‑eau solaire, notamment lors du remplacement d’un équipement, et interdire les ballons d’eau chaude électriques ; et analyser la faisabilité d’un système de climatisation utilisant l’eau de mer pour l’hôpital de Wallis.

Des problématiques spécifiques à Wallis‑et‑Futuna

Concernant l’environnement, Le dossier (procédures relatives à la PPE 2024-2033) propose une synthèse des enjeux propres à Wallis‑et‑Futuna. Ceux‑ci sont jugés forts en ce qui concerne la technicité des emplois et les paysages. Ils sont considérés comme moyens pour les dépenses publiques locales, la biodiversité, la qualité de l’eau, la qualité des sols et des milieux, les risques technologiques, la qualité de l’air, les nuisances sonores et le patrimoine. Les autres composantes environnementales sont, quant à elles, évaluées comme présentant des enjeux faibles. « Pour l’AE, les principaux enjeux environnementaux du programme sont : les consommations d’énergie et les émissions de gaz à effet de serre, notamment dans le domaine des transports, le stockage d’énergie et l’autonomie énergétique, l’eau, les milieux naturels et les déchets », précise l’avis.

Sur le climat et le changement climatique, Wallis‑et‑Futuna bénéficie d’un climat équatorial, chaud, humide et relativement stable. Toutefois, la proximité de la zone ENSO (El Niño–Southern Oscillation) entraîne des variations. Entre 1971 et 2015, les températures maximales annuelles de l’air ont augmenté en moyenne de 0,25 °C par décennie, soit +1,1 °C sur l’ensemble de la période. Concernant les précipitations, l’état des lieux consacré au changement climatique indique une faible variation, tandis que la partie du dossier relative à la gestion de l’eau mentionne une « baisse généralisée de la pluviométrie depuis 1990 » « Cette contradiction est à corriger. La température de l’eau de mer augmente : le blanchissement des coraux est observé depuis 2015. Le changement climatique a donc des effets perceptibles, un programme d’adaptation a été élaboré, mais il n’existe pas encore de plan climat-[air]-énergie territorial », déplore l’AE.

Deux enjeux importants : le traitement des eaux usées et des déchets

Dans le cas de la biodiversité, les écosystèmes marins de Wallis‑et‑Futuna sont particulièrement diversifiés. Autour de Wallis se succèdent des zones littorales et récifales, abritant des herbiers, des coraux et de nombreuses espèces d’oiseaux marins qui trouvent refuge sur les îlots du lagon. À Futuna, les récifs et les formations coralliennes dominent. La flore terrestre primaire (indigène ou endémique) compte 351 espèces, tandis que la flore secondaire (introduite, cultivée, naturalisée ou envahissante) en regroupe 338. La flore marine est également riche. Cependant, environ 150 espèces envahissantes ont été recensées, principalement des plantes et des insectes, avec une présence plus marquée à Wallis qu’à Futuna. L’AE « relève que des développements plus récents ont permis l’établissement d’une liste d’espèces intégralement protégées à Wallis-et-Futuna, ce qui pourrait être mis à jour dans le dossier ».

Pour la problématique sanitaire, « Il n’existe pas de réseau d’assainissement collectif à Wallis ou Futuna mais quelques installations semi- collectives (hôpital) ». Le traitement des eaux usées est un enjeu important. Les déchets sont majoritairement enfouis dans un centre d’enfouissement technique (CET), encore à améliorer pour prévenir les pollutions. Peu sont valorisés ou traités », relève l’avis. Par ailleurs, les décharges sauvages sont nombreuses sur le territoire. Les nuisances sonores et les problèmes de qualité de l’air restent limités et se concentrent principalement à proximité des centres d’enfouissement technique (CET), des sites de stockage d’hydrocarbures et d’installations similaires. L’état sanitaire général est satisfaisant, mais les dysfonctionnements du réseau d’eau potable à Futuna génèrent un risque non négligeable, ajoute l’AE. 

PM