La coalition Les Loyalistes-Le Rassemblement et l’Éveil océanien ont annoncé ce jeudi 9 juillet avoir scellé une alliance leur permettant d’obtenir une majorité pour diriger le Congrès et le gouvernement. Cet « accord de gouvernance » pour la mandature 2026-2031 prévoit de concilier « l’urgence sociale » et la « relance économique », chacune défendue par ces deux forces politiques, en mettant de côté leurs « divergences » sur l’avenir institutionnel. Explications de notre partenaire Les Nouvelles Calédoniennes.
« L’image est assez atypique », concède d’emblée Milakulo Tukumuli, le chef de l’Éveil océanien, assis, ce jeudi 9 juillet, aux côtés des leaders de la coalition Les Loyalistes-Le Rassemblement, avec qui il a scellé une alliance. De ce « compromis » est né un « accord de gouvernance pour la période 2026-2031 », dévoilé à la presse, en cette veille d’élection de la présidence du Congrès.
« Dès le lendemain du scrutin, j’avais annoncé que nous discuterions avec tout le monde », insiste le « seul survivant du centre » des élections provinciales, pour qui la priorité est désormais de « redresser le pays », en prenant directement part aux décisions prises au plus haut niveau des institutions.
« Notre mouvement considère que le pays est fracturé par des inégalités sociales. Les non-indépendantistes, eux, considèrent qu’il faut relancer l’économie. Ces deux sujets ne sont pas contradictoires, mais plutôt complémentaires », poursuit Milakulo Tukumuli. « Même si on s’est affrontés pendant la campagne, un terrain d’entente a été trouvé, pour s’élever au-delà de nos divergences politiciennes et trouver un compromis afin de gouverner ensemble. »
C’est en associant le social et l’économie que cette alliance proposera une « majorité de projets ». « On ne fusionne pas et on n’abandonne pas nos idées », juge bon de préciser Gil Brial, qui explique « la philosophie » de ce document. « L’accord ne porte pas sur l’avenir institutionnel, mais sur la façon dont on rend attractive l’économie calédonienne, comment on recrée de l’emploi et comment on vient en aide à tous ceux qui sont en difficulté et en urgence sociale. »
Objectif : apporter de la « stabilité » au pays. « On a trop souffert de changements réguliers au sein des institutions dernièrement », estime Virginie Ruffenach, pour qui cet accord permettra de « mettre en place un plan qui donnera un élan à l’ensemble des mesures économiques et sociales que nous pouvons prendre pour améliorer la situation dramatique d’aujourd’hui. »
Quels candidats à la tête du Congrès et du gouvernement ?
Dans le cadre cet accord, Virginie Ruffenach (LR) sera proposée à la présidence du Congrès, dont l’élection est prévue ce vendredi 10 juillet. Puisqu’il faut 28 voix pour décrocher ce siège, grâce à cette alliance, qui apporte pile 28 suffrages (contre 26 pour l’ensemble des élus indépendantistes), le résultat du scrutin fait peu de doute, sauf coup de théâtre. Pour assurer la vice-présidence de l’hémicycle, le nom de Naïa Wateou (Les Loyalistes) a été avancé.
Enfin, c’est la candidature de Milakulo Tukumuli qui est annoncée pour prendre la tête du futur gouvernement, dont l’élection doit avoir lieu d’ici fin juillet au plus tard.
Les divergences sur l’avenir institutionnel mises entre parenthèses
C’est sans doute la base qui a permis cet accord : le sujet de l’avenir institutionnel est mis entre parenthèses pour se concentrer uniquement sur « l’action publique » du Congrès et du gouvernement. « On a essayé d’enlever nos irritants et de concilier nos différences en écartant ce sujet, qui ne rentrera pas en ligne de compte dans ce qu’on va faire, parce qu’on souhaite se concentrer sur le quotidien des Calédoniens et mener des réformes », résume Sonia Backès, qui assume cette alliance alors que par le passé, l’Éveil océanien avait tourné le dos aux non-indépendantistes pour constituer une alliance avec l’UC-FLNKS, en 2019.
« À l’époque, on s’est vite fâchés sur le sujet. Maintenant, on a tous gagné en maturité et on se connaît mieux. On sait qu’on ne sera pas d’accord, ou en tout cas pas tout de suite sur ce sujet, et chacun pourra dire ce qu’il veut, car on garde notre liberté de position, sans remettre en question cet accord de gouvernance », estime la présidente de la province Sud.
Une stratégie, alors que, de l’avis de chacun, les discussions sur l’avenir institutionnel ont peu de chance d’aboutir avec les présidentielles l’année prochaine. « Si on attend 2027, voire 2028, le temps que tout se mette en place en Métropole, et qu’ici, on continue à ne pas avoir de majorité au Congrès et avec un gouvernement un peu bancal, on va continuer d’aggraver la situation », estime Nicolas Metzdorf, qui réfute la notion d' « alliance de circonstance », en dépit de la fibre de « gauche et sociale » de l’Éveil océanien, qui se percute à la ligne « libérale et de droite » de la coalition Les Loyalistes-LR.
« Une chose nous rassemble, c’est la volonté de réformer et de porter des politiques publiques en dehors de l’avenir institutionnel, bien que cela reste un sujet majeur. Et donc si ce compromis doit tenir dans le temps, cela se fera sur notre capacité à trouver des équilibres sur ce qu’on doit mener au niveau économique, fiscal, social et sanitaire », ajoute le député Renaissance.
Il est à noter qu’une « clause de revoyure » est prévue dans l’accord vers la mi-mandat pour, selon le document, « confirmer, réorienter ou, le cas échéant, mettre fin à la coopération ».
Quelles sont les priorités affichées ?
Quatre axes de travail qui « seront détaillés dans les prochains jours » ont par ailleurs été présentés par la coalition : reconstruire le modèle économique et social calédonien, donner un avenir à la jeunesse, retisser la cohésion calédonienne, transformer la manière de gouverner.
Anthony Tejero pour Les Nouvelles Calédoniennes

