Face à des difficultés de recrutement majeures, la commission médicale d'établissement du CHPF tire la sonnette d'alarme. Faute d'un statut attractif pour les praticiens hospitaliers, la pénurie critique de spécialistes menace directement la continuité des soins et l'accès à la santé en Polynésie française. Précisions avec notre partenaire TNTV.
La situation est bien connue au fenua : difficile de recruter et de garder les médecins, en particulier les spécialistes. Cette semaine, la commission médicale d’établissement de l’hôpital de Taaone tire la sonnette d’alarme. Dans un courrier, son président Tony Tekuataoa, prévient : « les difficultés de recrutement et de fidélisation des médecins menacent déjà la continuité des prises en charge et exposent les patients à des risques de perte de chance ». Une pénurie « critique » de praticiens qui menace en particulier les secteurs de l’oncologie, la radiothérapie, la chirurgie thoracique et vasculaire, la néphrologie, la radiologie, l’ORL, et la cardiologie.
Selon le Dr Tekuataoa, « 57 % des postes n’ont pas été pourvus au dernier concours de praticien hospitalier en Polynésie française, et jusqu’à 87 % à la direction de la Santé. En 2025, 215 contrats de praticiens hospitaliers dits « hors-sol » ont été recensés, contre 93 en 2023. Au CHPF, sur 229 postes de praticiens hospitaliers, 21 sont vacants et 95 occupés par des non-titulaires ».
Les conséquences sont multiples : une continuité des parcours de soins fragilisée pour les pathoologies graves, une activité dégradée dans certains services comme en radiothérapie, mais aussi des consultations interrompues dans les iles. La prise en charge de certaines urgences vitales est également menacée du fait des difficultés de recrutement en chirurgie thoracique et vasculaire.
Ces difficultés concernent le CHPF mais aussi les autres structures de santé du Pays. En avril dernier, les praticiens de Taravao menacaient de faire grève. Le directeur de la Santé Francis Spaak expliquait alors que la problématique de recrutement dépasse le fenua.
Un avis partagé en partie par le Dr Tekuataoa, pour qui le défi pour le service public polynésien est double : « il lui faut convaincre des médecins de venir ou de revenir exercer en Polynésie française, mais aussi leur offrir les conditions nécessaires pour qu’ils s’y inscrivent durablement. C’est sur ce second impératif que l’enjeu est le plus fort. La fidélisation n’est pas un objectif secondaire : c’est une condition structurelle de la qualité des soins. Un médecin qui connaît ses patients, leur histoire médicale, les contraintes liées à l’insularité, n’est pas interchangeable. »
Depuis 2003, plus de 300 médecins polynésiens ont été formés. En 2026, seuls 14 exercent au CHPF en tant que praticiens hospitaliers, souligne le Dr Tekuataoa qui estime qu’il faut faire évoluer le statut des praticiens hospitaliers polynésiens. Un statut peu attractif qui « n’a pas connu d’évolution substantielle depuis près de vingt-cinq ans. Cette immobilité prive le service public des leviers nécessaires pour attirer, retenir et faire revenir les médecins dont la population a besoin. En l’absence de réforme, la trajectoire actuelle ne peut que s’aggraver ».
« La CME appelle à une réforme immédiate des statuts des praticiens hospitaliers et des médecins publics. Un cadre statutaire adapté n’est pas une faveur accordée aux médecins : c’est une condition indispensable pour garantir à la population polynésienne un accès durable à des soins spécialisés de qualité, sur l’ensemble du territoire, aujourd’hui et dans les années qui viennent. »
Un nouveau statut avait été rédigé en 2024 mais il nécessite une délibération à l’Assemblée de la Polynésie. Délibération qui n’est toujours pas à l’ordre du jour.
La Commission a alerté l’institution et ses élus par courrier. Une rencontre doit avoir lieu vendredi après-midi entre A ti’a i mua anesthésistes, le syndicat des praticiens hospitaliers et la ministre de la Fonction publique Vannina Crolas pour discuter de ce statut.
Par TNTV

