Alors que les pêcheurs et le parti indépendantiste sont vent debout contre la création de 500 000 km2 d’Aires marines protégées supplémentaires dans la ZEE polynésienne, la Communauté de communes des Marquises appelle à ce que les soutiens de ces réserves « soient entendus ». Elle rappelle que les élus et associations locales portent un projet de grande aire marine autour des Marquises depuis près de 15 ans, et que le zonage proposé aujourd’hui par l’exécutif était le fruit de « compromis importants ». Un sujet de notre partenaire Radio 1 Tahiti.
Les Hakaiki (maires en Marquisien, ndlr) au secours de Moetai Brotherson ? La communication diffusée ce jeudi par la Communauté de communes des îles Marquises (Codim) devrait en tout cas aider l’exécutif, qui a transmis à l’assemblée un projet de délibération consultatif sur la création de 500 000 km2 supplémentaires d’aires marines protégées dans la ZEE, dans les futurs débats à l’Assemblée territoriale.
Car depuis l’annonce du projet, salué à l’international, les critiques s’accumulent localement. De la part des pêcheurs hauturiers, d’abord, qui ont fait part de leur incompréhension face à cette « multiplication » des AMP, dans une zone « absolument pas surexploitée », qui viennent priver les palangriers d’une partie de leur zone d’activité.
Du côté politique, ensuite, avec le Tavini huiraatira qui y voit une hypothèque inutile sur le potentiel économique du Pays. Même Édouard Fritch, chef de file des autonomistes, qui avait lui-même proposé le classement courant 2022 et à horizon 2030 de vastes espaces de la ZEE, s’est étonné de l’empressement du gouvernement sur ce dossier : en comptant les nouvelles annonces, 1,5 million de km2 ont été classés en réserve depuis l’Unoc de Nice voilà un an.
Toutes ces critiques, à couvert ou pas, voient dans l’action du Pays l’influence croissante des ONG conservationnistes, qui ont promis 1,5 milliard de francs -dont les modalités d’utilisation restent troubles- pour participer à des actions de gestion et de protection dans la zone.
Les Hakaiki regrettent qu’une telle place aient été accordée aux « oppositions » à ces nouvelles AMP. Et rappellent que ces zones ne sortent pas de nulle part. Dès 2012, les élus Marquisiens soutenaient la création de Te tai nui a hau, un projet de grande Aire Marine Protégée des Marquises, pour « préserver durablement et faire resplendir le patrimoine naturel et culturel de cet archipel ». Ce projet, qui avait été un temps travaillé avec des associations polynésiennes et des ONG, a été longuement débattu sous la mandature d’Édouard Fritch, et est revenu dans le débat ces trois dernières années, avec les projets de zonage du gouvernement Brotherson.
Les projets présentés aujourd’hui sont donc « avant tout » et en partie « une démarche marquisienne, construite depuis plusieurs années avec les communes, les élus, les pêcheurs, les associations, les habitants et les forces vives de l’archipel », précisent les maires.
Et ils sont aussi le fruit « d’ajustements et de compromis importants ». « Le zonage initialement souhaité par les Hakaìki a notamment été réduit, afin de rechercher un équilibre entre les enjeux de préservation et les réalités économiques » précise la Codim.
Dans les plans de l’exécutif, qui a déjà acté l’extension des protections côtières à certains monts sous-marins à proximité des Marquises, seule une bande suivant la frontière Nord de la ZEE – qui s’ajoute à celle, plus vaste, située au large des Australes – est classée en réserve intégrale. Les 470 000 mètres carrés de mer qui entourent les Marquises sont classés en « aire marine gérée ».
Chez les pêcheurs hauturiers, on regrettait, il y a quelques semaines, que ce projet de protection large des eaux marquisiennes se soit formé autour de la fausse idée que « les bateaux tahitiens pillent les eaux marquisiennes ». Alors que « tout le monde devrait plutôt se mobiliser contre les senneurs étrangers » qui pêchent aux limites extérieures de la ZEE.
Les Hakaiki, eux, rappellent que « les décisions concernant les Marquises doivent être construites avec les Marquisiens ». Ils réaffirment leur soutien à Te tai nui a hau et « appellent les habitants, les associations, les pêcheurs, les acteurs économiques et culturels, ainsi que l’ensemble des soutiens de la démarche, à se mobiliser publiquement ».
Charlie René pour Radio 1 Tahiti

