La première assemblée citoyenne à voir le jour en Nouvelle-Calédonie a été installée vendredi 27 mars au Congrès. Vingt-quatre Calédoniens tirés au sort se sont réunis afin de réfléchir au thème retenu, « Transparence de la décision publique et confiance envers les institutions », et proposer des actions. Un sujet de notre partenaire Les Nouvelles Calédoniennes.
« La démocratie représentative est malmenée, parce que les citoyens n’ont plus confiance. Comment soigner ça ? Le seul médicament, c’est celui que nous allons concocter aujourd’hui », pèse Vaimu’a Muliava, élu (Intergroupe Éveil océanien-Calédonie ensemble) et porteur du projet d’assemblée citoyenne aux côtés de Veylma Falaeo, présidente du Congrès, alors que s’installe la première instance du genre dans l’hémicycle du boulevard Vauban, vendredi 27 mars. La concrétisation d’une étude lancée il y a un an, visant à renforcer la démocratie participative.
Co-construire avec l’élu
Depuis, une consultation, en mars, a permis de déterminer la thématique abordée, en l’occurrence « comment améliorer la transparence de la décision publique et la confiance envers les institutions », ainsi que la composition de cette assemblée, à savoir vingt-quatre citoyens tirés au sort et représentatifs de la diversité du pays. Leurs travaux, entamés vendredi 27 et samedi 28 mars, se poursuivront lors d’une deuxième session, les 24 et 25 avril.
L’idée ? Donner un espace à la population, afin qu’elle puisse contribuer à la vie démocratique. Un « choix fort », estime Veylma Falaeo à propos de cette expérimentation. D’autant plus en ces temps troublés, les récentes crises auxquelles le pays est confronté, sanitaire, économique, insurrectionnelle, ayant « fragilisé » le rapport de confiance entre le peuple et ses représentants.
« Des habitants ne comprennent plus comment certaines décisions sont prises, d’autres ont le sentiment de ne pas être entendus, ou doutent que l’action publique soit guidée par l’intérêt général », liste la présidente de l’institution. « Il y a une grande défiance, les gens n’y croient plus. Il faut améliorer le rapport des institutions, des élus avec les habitants, trouver les voies et les moyens pour recréer le lien. »
« Concrétiser certaines propositions en textes législatifs »
Et cela doit passer par la prise en compte des administrés, considère Vaimu’a Muliava. « Ce que nous allons faire, c’est l’avenir du pays, c’est la démarche la plus décoloniale qui existe, faire entrer les citoyens dans les institutions pour co-construire avec l’élu. » Mais aussi par une meilleure compréhension du fonctionnement des institutions, l’accès à des informations claires, concernant notamment l’utilisation de l’argent public, estime Veylma Falaeo, « car on ne fait jamais vraiment confiance à ce qu’on ne comprend pas ».
Les résultats produits par l’assemblée citoyenne n’ont pas vocation à rester lettre morte. Les participants sont là pour « proposer des solutions concrètes et utiles », insiste la présidente du Congrès. Les travaux seront rendus publics, et « nous dirons en toute transparence ce qui sera fait, ce qui ne le sera pas et pourquoi ». Les services juridiques seront en effet consultés en vue de « concrétiser certaines propositions en textes législatifs. C’est essentiel, car la participation citoyenne n’a de sens que si elle est suivie d’effets. »
Si cet essai est concluant, Veylma Falaeo souhaite poser un cadre réglementaire afin de pérenniser cette nouvelle instance.
Jovanka Cherika : « J’espère que ce qu’on va proposer puisse rapprocher la population des institutions »
« Ça a commencé par un questionnaire que le Congrès a mis en ligne, pour avoir l’avis des gens sur la participation citoyenne. Je l’ai rempli, et j’ai accepté de participer au tirage au sort des participants aux deux sessions prévues. Le thème sur la transparence de la vie politique m’a intéressé. Quand je travaillais dans le nickel, à KNS, je ne suivais pas trop les institutions, j’étais plus préoccupée par le travail. Depuis, on a fermé l’usine du Nord, on a arrêté la production, j’ai perdu mon travail en 2024, et c’est tombé en même temps que les émeutes. C’est là où je me suis davantage intéressée à ce que font les institutions. Je me suis rendu compte que ça impacte vraiment beaucoup nos vies. C’est vrai qu’on critique beaucoup ce qui est fait, en plus avec le contexte actuel. Donc j’attends de voir comment est-ce que ça marche. Parce que j’ai l’impression que ce qu’il se passe dans les institutions et la réalité, dans la vie de tous les jours, il y a un grand écart. Donc si on peut collaborer et apporter des améliorations dans leur fonctionnement, pourquoi pas. J’espère que ce qu’on va proposer, les idées, ça puisse peut-être rapprocher la population des institutions. »
Anne-Claire Pophillat pour Les Nouvelles Calédoniennes





















