ÉCOUTEZ OUTREMERS 360 RADIO

Outremers 360°
Toute l'actualité des Outre-mer à 360°
Nouvelle-Calédonie : avant un scrutin décisif, une campagne traversée par la colère sociale
©Images Facebook : Kanaky pour tous, Les Loyalistes et l'Éveil océanien

Sous les chants du soamako, danse traditionnelle wallisienne, une quinzaine d'hommes ouvrent la soirée de clôture de la campagne de l'Éveil océanien, dans le Grand Nouméa, à quelques jours d'élections provinciales décisives pour l'avenir de la Nouvelle-Calédonie.

Au premier rang, les autorités coutumières wallisiennes et futuniennes, en sulu, assistent à la cérémonie, qui s'ouvre comme les grandes réunions coutumières par une prière.

Près de 2 500 personnes ont répondu à l'appel, dans la plus grande salle du territoire, l'Arène du Sud. Les provinciales constituent le scrutin le plus important de la vie politique calédonienne : une partie des conseillers élus siégeront également au Congrès, qui élit le gouvernement collégial et participera aux futures discussions sur l'avenir institutionnel.

Créé en 2019 pour représenter la communauté wallisienne et futunienne, forte d'environ 22 000 personnes, l'Éveil océanien veut dépasser ce socle et a ouvert sa liste à d'autres communautés, dont des indépendantistes alors que le mouvement défend une voie médiane entre maintien dans la France et indépendance.

Son cofondateur, Vaimu'a Muliava, exhorte les autres communautés du Caillou, Tahitiens, Vanuatais ou Vietnamiens, à se structurer et à le rejoindre. « C'est la voie du milieu, la voie de la paix, la voie de Moïse. Celui qui ouvre la mer Rouge au milieu et qui sauve tout un pays », lance-t-il au public de l'Arène du Sud.

Son président, Milakulo Tukumuli, place la question sociale au centre. « Notre ennemi n'est pas (les chefs de file loyalistes) Backès, Metzdorf, (le dirigeant indépendantiste) Christian Tein ou qui que ce soit. Notre ennemi, c'est la pauvreté et ce sont les inégalités sociales dans notre pays », affirme-t-il.

« Faire pays » contre les provinces 

À une dizaine de kilomètres de là, quelques jours plus tôt, l'ambiance est tout autre. Sous son habituel chapeau de cow-boy -signe distinctif des éleveurs de la brousse calédonienne-, le député Nicolas Metzdorf accueille les militants des Loyalistes et du Rassemblement à l'hippodrome de l'Anse-Vata, bastion de la droite non-indépendantiste dans les quartiers sud de Nouméa.

Le site affiche complet, 700 personnes selon les organisateurs. Réunis sur une liste commune, les deux partis défendent le bilan de la province Sud, le principal centre économique calédonien, dirigé par les non-indépendantistes depuis 1989, et font campagne sur la sécurité, l'ordre et le maintien dans la France.

Les émeutes de 2024, qui ont fait 14 morts et deux milliards d'euros de dégâts, sont dans tous les esprits. Pour Sonia Backès, présidente sortante de la province Sud, « la meilleure réponse que nous pouvons envoyer aux terroristes qui ont détruit notre pays » est de conserver la collectivité et de conquérir le Congrès.

D'autres formations cherchent à capter le mécontentement qui traverse le territoire depuis ces émeutes et la crise économique qui a suivi. Lors d'un débat le 14 juin à la Baie-des-Citrons, Robert Kakué, de la liste Faire Pays, s'en prend au système provincial lui-même. « Ce modèle de province, qu'est-ce qu'il a produit ? Il a produit des petites chapelles », lance-t-il, dénonçant des élus qui « placent » leurs proches, « la corruption » et « le trafic d'influence ».

Dans les quartiers populaires du Grand Nouméa, à majorité kanak, les indépendantistes du FLNKS mènent eux une campagne de proximité. Sous des tivolis dressés sur des parkings, autour de quelques chaises en plastique, ses colistiers ont tenu près d'une cinquantaine de réunions pour mobiliser un électorat très abstentionniste.

Mardi à Auteuil, un quartier de Dumbéa, les interventions portent sur le chômage, le logement, les transports, le décrochage scolaire et la vie chère. Le mouvement indépendantiste, critiqué pour son manque de renouvellement, a écarté ses élus sortants et rajeuni son équipe d'une dizaine d'années.

Une candidate reproche à la majorité sortante d'avoir réduit les aides sociales depuis les émeutes, forçant selon elle des familles à choisir « soit de se loger dignement, soit de s'alimenter dignement, soit de se transporter dignement ». Dans un territoire déjà très inégalitaire avant les émeutes, la pauvreté a encore progressé avec l'explosion du chômage, sans être précisément mesurée.

Assis dans le public, Dick Saihu écoute sans briguer le moindre mandat. À bientôt 75 ans, l'un des cofondateurs du syndicat indépendantiste USTKE, résume la conviction d'une partie de l'assistance. « C'est le système colonial qu'il faut combattre. C'est le système qui nous opprime, qui nous méprise, qui nous tue », dit-il.

Avec AFP