Une juge d'instruction de Nouméa a tenu à présenter ses excuses à au moins deux militantes kanak pour les conditions de leur transfert en France hexagonale lors des émeutes de 2024 en Nouvelle-Calédonie, une démarche très inhabituelle, a appris l'AFP de sources concordantes.
Printemps 2024 : l'archipel connaît une vague d'émeutes qui fera 14 morts et conduira le président Emmanuel Macron à déclencher l'état d'urgence.
En juin, Christian Tein, leader de la Cellule de coordination des actions de terrain (CCAT, collectif citoyen à l'origine de la mobilisation), devenu aujourd'hui président du Front de libération kanak (FLNKS) et dix autres personnes sont arrêtés. Sept seront envoyés en métropole, par avion militaire, pour y être détenus.
Trois mois plus tard, la juge d'instruction Isabelle Ardeeff, en poste à Nouméa, les reçoit au tribunal de Lyon. A au moins deux femmes, elle a tenu à présenter des excuses, consignées sur procès-verbal, a appris l'AFP de sources proches du dossier.
« Je veux vous adresser là mes excuses au nom de l'institution judiciaire comme j'ai pu le faire auprès des autres personnes mises en examen pour les conditions de votre transfert qui ne correspondent pas à notre façon de travailler. De même, pour les conditions de votre garde à vue », déclare alors la magistrate à Frédérique Muliava.
Cette femme aujourd'hui âgée de 48 ans venait de clamer son innocence et de lui raconter comment elle avait été « enlevée à (ses) proches », avant d'être envoyée par avion militaire spécialement affrété vers l’Hexagone. Un transfert qu'elle dit « inhumain », menottée pendant 30 heures de vol, « même pour aller aux WC ».
Trois jours plus tôt, une autre militante, Brenda Wanabo, avait fait un récit comparable et reçu les mêmes excuses. Le traitement subi « est inadmissible dans un État de droit (...) Les excuses des juges d’instruction sont précieuses, mais l’État devra rendre des comptes », a réagi leur avocat François Saint-Pierre, interrogé par l'AFP.
L'information judiciaire sur la CCAT, dépaysée à Paris en janvier 2025, touche désormais à sa fin, pour 14 mis en examen, dont Mmes Wanabo et Muliava, visées pour plusieurs chefs et à qui la justice reproche d'avoir participé à l'élaboration du plan d'action de la CCAT pour « déstabiliser » l'archipel.
Le parquet doit rendre ses réquisitions puis le juge décidera, ou non, de les renvoyer devant un tribunal.
Avec AFP





















