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Économie : des évolutions contrastées pour la zone franc Pacifique en 2025, observe l’IEOM
Vue du port de Nouméa ©DR

L’Institut d’émission d’Outre-mer (IEOM) a publié le 23 juin son rapport d’activité 2025 pour les collectivités d’Outre-mer (COM) du Pacifique. Ces territoires connaissent différentes trajectoires économiques. Globalement, l’inflation s’est contractée, les crédits d’investissement ont progressé, mais les défaillances d’entreprises et surtout le surendettement ont augmenté. Si la conjoncture économique demeure dégradée en Nouvelle-Calédonie et indécise à Wallis et Futuna, elle est par contre bien orientée en Polynésie.  

Les missions de l’IEOM en bref : L’Institut d’émission d’Outre-mer (IEOM) est la banque centrale des collectivités d’Outre-mer (COM) françaises ayant pour monnaie le franc Pacifique : Nouvelle-Calédonie, Polynésie et Wallis-et-Futuna. Cet établissement public est chargé des missions de stratégie monétaire (mise en circulation de la monnaie fiduciaire, conduite de la politique monétaire), de stabilité financière (surveillance des systèmes et moyens de paiement scripturaux, production d’informations relatives à la communauté bancaire), de services à l’économie et à la société (accompagnement des entreprises, services pour le grand public), et de suivi économique des territoires ultramarins (balances des paiements, études, expertise auprès de décideurs publics).

Lutte contre l’inflation : L’inflation dans la zone franc Pacifique (CFP) se replie durant le dernier trimestre de l’année dernière, de 1,6% en décembre 2024 à 0,5% en décembre 2025. Après une forte augmentation des prix alimentaires en 2024, ils baissent de 0,5% en Nouvelle-Calédonie mais ils augmentent de 2,5% en Polynésie française en 2025. Les prix de l’énergie sont en hausse d’environ 1,4% pour ces deux territoires. À Wallis et Futuna, la relative stabilité des prix de l’alimentation, de l’énergie et des services implique notamment la stabilité de l’inflation relevée en 2025. Cependant, les tensions internationales pourraient engendrer une accélération de l’inflation dans les mois qui viennent, avertit l’IEOM. 

Mise en circulation de la monnaie fiduciaire : En 2025, les trois agences de l’IEOM du Pacifique ont perçu, en versement de billets des établissements de crédit locaux destinés à être triés et authentifiés, 61 millions de billets soit un total de 272,7 milliards de francs Pacifique. Par géographie, le montant des versements et des prélèvements cumulés enregistrés aux guichets des agences s’apprécie à la hausse. La Nouvelle-Calédonie et la Polynésie représentent respectivement 50% et 49% des flux de billets, contre 1% pour Wallis-et-Futuna.

Stabilité financière : « En 2025, la contraction des encours de crédits aux entreprises et aux particuliers se poursuit avec des reculs respectifs de -2,8% et -1,3%, après -4,6% et -2,1% en 2024. À l’inverse, les encours de crédits aux administrations publiques enregistrent une progression marquée de +30,1% en 2025. Leur poids dans l’encours sain total progresse légèrement, passant de 15% en 2024 à 19% en 2025 », observe le rapport. Les crédits d’investissement dans les territoires concernés sont en progression de 13%, soit 39% de l’encours des crédits sains à fin 2025, mais les crédits à l’habitat diminuent (-1,5% après -2,1% en 2024) et représentent 42% des encours sains. En parallèle, l’activité de collecte augmente de 1% en 2025, pour atteindre un encours de 1708 milliards de F CFP.

Défaillances d’entreprises : Leur nombre est en légère hausse (+1,6%) dans les COM du Pacifique (521 jugements en 2025), et se caractérise par une situation contrastée selon les territoires. Les dispositifs d’aides à l’économie mis en place pour atténuer la crise de mai 2024 ont permis de contenir l’augmentation des défaillances en Nouvelle-Calédonie, qui s’établissent à 385, un niveau inférieur avant la crise COVID, mais toutefois en hausse de 11,3% sur un an. En 2025, grâce entre autres à des baisses importantes dans la construction et le commerce, le nombre de défaillances en Polynésie se réduit de 18,6% sur un an. « Cette baisse est tendancielle depuis trois ans ; le nombre de défaillances depuis 2022 a reculé de 30% », souligne l’IEOM.

Surendettement : En 2025, 507 dossiers ont été déposés auprès des commissions de Polynésie et de Nouvelle-Calédonie, soit une augmentation de 78% sur l’année précédente. La Nouvelle-Calédonie représente 52% des dépôts, contre 18% en 2019. La majorité des dossiers découle d’une situation où le surendettement est subi (perte d’un emploi, changement de situation familiale ou contraintes de santé). La forte hausse des dépôts en Nouvelle-Calédonie (+159% sur un an) résulte essentiellement des conséquences des émeutes de mai 2024, « en lien avec la fin des mesures de soutien mises en place par le Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie (chômage partiel, chômage exaction, etc.), la fin des reports des échéances de prêt par les établissements de crédit et l’absence d’amélioration sur le marché de l’emploi », précise le rapport. Le dispositif national de traitement du surendettement à Wallis et Futuna n’est pas opérationnel faute d’arrêté fixant la composition de la commission de surendettement.

Conjoncture économique : En 2025, la Nouvelle-Calédonie demeure dans un climat économique dégradé, dû à la crise du nickel, aux conséquences des émeutes de mai 2024 et aux incertitudes politiques. L’emploi privé est en repli (-2,1% entre le 3e trimestre 2024 et le 3e trimestre 2025 et -18,4% en deux ans), alors que la consommation des ménages stagne. Au quatrième trimestre 2025, un tiers des entreprises interrogées par l’IEOM déclarent une activité inférieure à 50% à celle d’avant la crise. L’activité de la filière nickel a affiché des signes de reprise en 2025, mais les deux opérateurs encore en activité (SLN et Prony Resources) restent confrontés à des difficultés structurelles importantes, aggravées par la chute des cours internationaux.

En Polynésie, l’indicateur du climat des affaires (établi sur la base des chefs d’entreprise interrogés) est en 2025 supérieur à sa moyenne de longue période. Plusieurs indicateurs économiques sont en effet bien orientés. Dans le secteur touristique, « l’année 2025 constitue ainsi la troisième année record consécutive en matière de fréquentation, avec 281 277 visiteurs, soit une progression de 7% par rapport à 2024. Ce niveau historique concerne à la fois les touristes de séjour et les croisiéristes », relève l’IEOM. Le marché du travail emboîte le pas à cette dynamique. L’emploi salarié marchand est en hausse de 2,9% sur la période (+2,6% par rapport à la moyenne des cinq années précédentes). Les croissances les plus fortes se situent dans les filières construction (+4,4%) et de l’industrie (+3,5%).

Enfin, l’économie de Wallis et Futuna est contrastée à la fin de 2025. L’inflation augmente, particulièrement sous l’effet de la progression des prix de l’alimentation. Toutefois, l’emploi présente des signaux positifs, avec une croissance annuelle relativement forte dans le BTP (soutenu par une forte hausse des importations de ciment), l’industrie, les services et le commerce. Les importations en général se redressent nettement au dernier trimestre 2025, bien qu’elles demeurent inférieures à leur niveau de l’an passé.

PM