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Avec le stage NATÉ, le général Haouchine, commandant de la gendarmerie de Nouvelle-Calédonie, veut redonner confiance aux jeunes

Convaincu que l'avenir de la Nouvelle-Calédonie se construit avec sa jeunesse, le général François Haouchine a lancé le stage NATÉ. Pour cette première édition organisée au Mont-Dore, dix adolescents, ont appris à vivre ensemble, à prendre confiance en eux et à s'engager dans la vie collective. Portée par la gendarmerie, avec le soutien du vice-rectorat, des collectivités et des autorités coutumières, cette initiative repose sur la conviction que chaque jeune a du potentiel et mérite qu'on lui ouvre des perspectives : « Tu es quelqu'un, tu comptes ». Pour Outremers360, le commandant de la gendarmerie de Nouvelle-Calédonie revient sur ce dispositif qu'il souhaite désormais étendre à l'ensemble du territoire.

« Tu es quelqu'un, tu comptes »

C'est autour de cette conviction que le général François Haouchine, commandant de la gendarmerie de Nouvelle-Calédonie, a imaginé le stage NATÉ. Organisé pendant les vacances scolaires d'avril, ce dispositif s'adresse aux adolescents de 14 à 16 ans avec un objectif simple : développer leur confiance en eux, leur sens de l'engagement et leur citoyenneté.

Arrivé en Nouvelle-Calédonie en juillet 2025, cet officier d'origine martiniquaise, qui a déjà exercé dans plusieurs territoires ultramarins, a rapidement identifié ce qu'il considère comme la principale richesse du territoire : « La jeunesse calédonienne a un potentiel. C'est un territoire qui a un avenir pour peu que sa jeunesse soit bien mobilisée », affirme-t-il.

Pour le général, l'enjeu dépasse largement la prévention de la délinquance. Il constate qu'au sein d'une société où la parole est souvent portée par les adultes, les jeunes disposent de trop peu d'espaces pour s'exprimer et se projeter dans l'avenir. Alors lui leur répète ce mantra : « Tu es quelqu'un, tu comptes »

Cinq jours pour apprendre à croire en soi

C'est de cette réflexion qu'est née l'idée du stage NATÉ. Une première session a été organisée au Mont-Dore, commune particulièrement marquée par les violences de 2024. Dix adolescents, issus à parts égales des tribus et des quartiers urbains, ont accepté de vivre ensemble pendant cinq jours dans un cadre à la fois exigeant et bienveillant.

Le programme est dense. Lever matinal, vie collective, entraide, respect des règles communes, ateliers sur le cyberharcèlement et les dangers du numérique, découverte des métiers de la sécurité, rencontres avec des chefs d'entreprise, des personnalités calédoniennes, des pompiers, des policiers municipaux ou encore des réservistes de la gendarmerie.

Chaque activité vise à ouvrir des perspectives : « Développer leur confiance en eux, leur dire que tout est possible, leur montrer qu'on peut réussir dans un cadre exigeant et bienveillant », résume le général.

Discipline, respect et citoyenneté

Au fil des jours, les adolescents évoluent : « Souvent réservés à leur arrivée, ils apprennent progressivement à travailler ensemble, à prendre la parole, à se responsabiliser et à respecter les autres. » précise le général.

À la fin du stage, ils deviennent eux-mêmes les acteurs du collectif. « En cinq jours, on voit la transformation. Ils prennent confiance, ils soutiennent le regard, ils s'expriment davantage et trouvent leur place dans le groupe », observe François Haouchine.

Pour ce militaire, l'objectif n'est pas de formater les jeunes, mais de leur transmettre des repères. « Pour être respecté, il faut être respectable », leur rappelle-t-il.

Une cérémonie riche en émotions

Le stage débouche également sur une formation PSC1 de premiers secours. Lors d’une cérémonie, les dix participants ont reçu leur certification.  Un moment chargé d’émotions comme se le remémore le général : « La cérémonie de remise des certifications m'a beaucoup marqué. Pour contextualiser, le Mont-Dore est une commune qui a été très fracturée, avec notamment des tribus qui ont parfois fait l'objet de rivalités. Ce jour-là, des familles sont arrivées ensemble et ont posé ensemble le geste coutumier. Puis, à la fin, les jeunes ont pris l'initiative de réaliser une danse traditionnelle wallisienne devant leurs aînés wallisiens et kanak, « le soamako ». Ces gamins de 14 ans ont dansé ensemble, naturellement. Je peux vous dire qu'il y avait des larmes dans les yeux, les leurs, ceux des familles, ceux de la mairie et les miens aussi. Finalement, ce sont eux qui nous ont donné une belle leçon. »

Les diplômes officiels, récemment arrivés de l'Hexagone, leur seront prochainement remis.

Un accompagnement qui se poursuit après le stage

L'aventure ne s'arrête pas au terme des cinq jours de stage. Chaque participant est désormais accompagné par un parrain issu de l'équipe d'encadrement.

Les jeunes sont invités à participer aux cérémonies patriotiques, aux activités des cadets de la gendarmerie ainsi qu'à différentes actions citoyennes organisées sur le territoire. « L'objectif est simple : ne perdre aucun d'entre eux en chemin », insiste le général.

« Moi, je veux être geek »

Contrairement à ce que l'on pourrait penser, NATÉ n'a pas vocation à recruter de futurs gendarmes. Si certains envisagent effectivement une carrière dans les armées, l'aviation, la gendarmerie ou les métiers de la sécurité, d'autres se projettent dans des univers totalement différents. « L'un d'eux m'a dit : "Moi, je veux être geek". » Une phrase qui a fait sourire les encadrants mais qui résume parfaitement l'esprit du projet : aider les jeunes à découvrir l'étendue des possibilités qui s'offrent à eux.

Numérique, artisanat, entrepreneuriat, fonction publique ou métiers techniques : l'essentiel est qu'ils trouvent leur voie, qu’ils prennent confiance en leur avenir, qu’ils soient acteurs du développement de leur territoire.

Victime de son succès

Le succès de la première édition a dépassé toutes les attentes. Pour recruter les participants, la gendarmerie s'est appuyée sur les mairies, les coutumiers, les classes défense et les familles. Un appel à candidatures a également été publié sur les réseaux sociaux : « Nous avons reçu près de 150 candidatures en quelques minutes. Nous avons dû retirer l'annonce. »

Une preuve supplémentaire que les jeunes sont demandeurs de ce type d'initiatives.

Des stages NATÉ dans toute la Nouvelle-Calédonie

Fort de cet engouement, le dispositif va désormais changer d'échelle.

Soutenu par le Haut-Commissariat, les communes, les dispositifs de prévention de la délinquance, le vice-rectorat et plusieurs partenaires locaux, NATÉ devrait être déployé dans plusieurs régions dès les prochaines vacances scolaires d'avril. Des sessions sont déjà envisagées à Koumac, dans le Nord, mais aussi à Houaïlou sur la côte Est.

L'objectif est que chaque territoire puisse décliner le stage en s'appuyant sur les élus locaux, les autorités coutumières, les établissements scolaires, les associations et les gendarmes de proximité. Si les collectivités sont appelées à s'approprier le dispositif, celui-ci demeure piloté par la gendarmerie, garante de sa philosophie, de son encadrement et de son suivi.

Façonner la Nouvelle-Calédonie de demain

Pour François Haouchine, NATÉ est avant tout un investissement dans l'avenir : « Si nous parvenons à inspirer quelques dizaines de jeunes chaque année, alors nous aurons déjà réussi quelque chose d'important. »

À travers ce dispositif, la Nouvelle-Calédonie fait le pari de sa jeunesse. Un pari fondé sur la conviction que chaque adolescent a une place à prendre et qu'il peut contribuer à écrire l'avenir de son territoire.

Retour en images sur le premier stage NATÉ au Mont Dore :